En cherchant dans les posts de ce blog, je viens de m’apercevoir que je ne vous ai jamais parlé de Diam’s. J’avais du en parler dans un blog précédent… enfin, au delà du personnage, j’apprécie les albums de Diam’s pour leurs textes dont les aspects sociologiques en disent plus long que les études soi disant scientifiques dont le style pontifiant et condescendant est à vômir et aussi pour l’exemple que cette petite banlieusarde a pu donner, y compris aux français et autres gouères.
Naturellement, comme tout un chacun, j’ai d’abord été surpris d’apprendre sa récente conversion à l’Islam. Et puis, comme toujours, j’ai cherché à comprendre : Diam’s épouse un musulman et donc rien de plus de normal qu’elle se convertisse à l’Islam. Sans être une obligation de la Charia, on peut comprendre qu’il est dans l’ordre des choses qu’une femme embrasse la religion de son mari. D’ailleurs, cela s’est déjà vu (Suzanne Moubarak, ou l’épouse de Moktar Ould Daddah, toutes deux chrétiennes, se sont converties à l’Islam en épousant leurs maris). On aurait pu en rester là, sur une affaire de pure forme. Après tout, c’est une chose courante, dans les mariages mixtes et souvent, une fois réglées les questions de droit canon, la vie reprend son cours.
La conversion de Diam’s, cependant, est plus qu’une sorte de convention de forme, c’est une démarche profonde de recherche d’identité. Et là commencent les vraies questions, d’ailleurs soulevées par les médias, dont la journaliste B. Charles dans Marianne2 qui, comme nombre de ses confrères, y voit une sorte de régression.
En effet, Diam’s avait tout pour être une fille de France, un exemple que la République laïque, libre, égalitaire et fraternelle aurait pu donner à des enfants qui auraient été fiers d’une réussite méritée et gagnée à force de travail et d’abnégation (ce dont, toutes choses égales par ailleurs, je ne doute pas dans le cas de Diam’s)… mais non. Ce n’est pas dans la République que Diam’s se reconnait, ce n’est pas là qu’elle va chercher son identité. C’est dans une religion qu’elle se réfugie, qu’elle cherche à se trouver.
A bien y réfléchir, je pense que ce n’est pas étonnant. Parce que la fracture sociale est bien là, et profonde, entre des centres villes qui cherchent des réponses dans le passé et des banlieues qui, face à leurs questions, interrogent un avenir incertain. Les banlieues sont redevenues des friches. Des friches républicaines. Des terreaux propices à l’enracinement d’un grand nombre de mouvements religieux en tous genres.
Dans ce contexte, par une sorte de capillarité, Mélanie la française d’origine chypriote et de culture européenne (voire chrétienne) ne trouve pas de réponse dans le modèle d’une France nostalgique de sa 3eme République, nostalgique d’un modèle qui a permis l’ascension sociale de citoyens de toutes les cultures et de toutes les origines de Louis Pasteur à Léon Blum, de René Monory à Pierre Bérégovoy… de Marie Curie à Suzanne Lenglen et tant d’autres hommes et tant d’autres femmes.
Bref, la République patine. Elle est frileuse et ne pratique rien d’autre que la politique de l’autruche. D’ailleurs, au delà du court termisme électoraliste, le débat national, forcément grand qu’un gouvernement opportuniste utilise comme un cache sexe de problèmes graves et profonds ne fera que de verser des bidons d’huile sur des feux déjà bien nourris. En effet, non seulement la question posée (« Pour vous, qu’est-ce qu’être français ? ») est mauvaise, mais les réponses ne peuvent que créer des affrontements entre des anciens nécessairement nostalgiques et des modernes forcément frustrés de ne pouvoir avancer.
Ce qu’il faut se demander, c’est quelle France nous souhaitons construire tous ensemble, car l’identité non seulement cela se construit mais surtout, cela se construit pour l’avenir et cela se construit en cherchant le consensus… et pas en mettant encore une fois les français dos à dos. Tous les citoyens doivent chercher à regarder ensemble dans la même direction et pas une fois encore se regarder dans le blanc des yeux en se cherchant des noises, que diable !
Dans ce contexte, en cherchant à se construire une identité, Diam’s a certainement choisi la voie la plus difficile, qui va là pousser à des grands écarts schizophréniques entre une morale personnelle religieuse rigoriste et la vie dans un pays devenu multi-culturel qui fait de la laïcité le ferment d’un consensus difficile mais nécessaire.
Maintenant mariée, elle sera, à n’en pas douter, bientôt maman. Quel avenir espère-t-elle construire pour ses enfants ? Je vais chercher à comprendre. Espérons que S.O.S., son nouvel album, me donne quelques pistes. Le titre même de l’album, cependant, en dit long…