François Druel, PhD

Catégorie : Politique Page 5 of 8

Arrêtez ce débat !


Ce matin, Libération a relayé une pétition lancée par SOS Racisme. Lecteurs assidus de ce blog, vous savez que l’identité est un de mes sujets fétiches (j’en ai d’ailleurs parlé assez récemment).

Pourtant, le débat, en forme de rideau de fumée, lancé par l’abject ministre de l’Immigration (quel que soit son nom, ce ministre est abject par nature) pour dynamiser une campagne électorale dont les résultats s’annoncent catastrophiques pour la majorité parlementaire, me donne des hauts-le coeur !

Comme on pouvait s’y attendre, ce n’est pas le l’occasion d’un dialogue constructif mais au contraire d’un exercice assez incongru : sous couvert de dialogue et à l’invitation des corps constitués (!), ce sont l’intolérance et le racisme qui s’affichent au grand jour sans la moindre pudeur. Tout le monde s’y met, y compris des ministres de la République ! Cet anti-débat est à vomir.

J’ai signé cette pétition. Je ne peux que vous engager en faire autant.

‘identité

En cherchant dans les posts de ce blog, je viens de m’apercevoir que je ne vous ai jamais parlé de Diam’s. J’avais du en parler dans un blog précédent… enfin, au delà du personnage, j’apprécie les albums de Diam’s pour leurs textes dont les aspects sociologiques en disent plus long que les études soi disant scientifiques dont le style pontifiant et condescendant est à vômir et aussi pour l’exemple que cette petite banlieusarde a pu donner, y compris aux français et autres gouères.

Naturellement, comme tout un chacun, j’ai d’abord été surpris d’apprendre sa récente conversion à l’Islam. Et puis, comme toujours, j’ai cherché à comprendre : Diam’s épouse un musulman et donc rien de plus de normal qu’elle se convertisse à l’Islam. Sans être une obligation de la Charia, on peut comprendre qu’il est dans l’ordre des choses qu’une femme embrasse la religion de son mari. D’ailleurs, cela s’est déjà vu (Suzanne Moubarak, ou l’épouse de Moktar Ould Daddah, toutes deux chrétiennes, se sont converties à l’Islam en épousant leurs maris). On aurait pu en rester là, sur une affaire de pure forme. Après tout, c’est une chose courante, dans les mariages mixtes et souvent, une fois réglées les questions de droit canon, la vie reprend son cours.

La conversion de Diam’s, cependant, est plus qu’une sorte de convention de forme, c’est une démarche profonde de recherche d’identité. Et là commencent les vraies questions, d’ailleurs soulevées par les médias, dont la journaliste B. Charles dans Marianne2 qui, comme nombre de ses confrères, y voit une sorte de régression.

En effet, Diam’s avait tout pour être une fille de France, un exemple que la République laïque, libre, égalitaire et fraternelle aurait pu donner à des enfants qui auraient été fiers d’une réussite méritée et gagnée à force de travail et d’abnégation (ce dont, toutes choses égales par ailleurs, je ne doute pas dans le cas de Diam’s)… mais non. Ce n’est pas dans la République que Diam’s se reconnait, ce n’est pas là qu’elle va chercher son identité. C’est dans une religion qu’elle se réfugie, qu’elle cherche à se trouver.

A bien y réfléchir, je pense que ce n’est pas étonnant. Parce que la fracture sociale est bien là, et profonde, entre des centres villes qui cherchent des réponses dans le passé et des banlieues qui, face à leurs questions, interrogent un avenir incertain. Les banlieues sont redevenues des friches. Des friches républicaines. Des terreaux propices à l’enracinement d’un grand nombre de mouvements religieux en tous genres.

Dans ce contexte, par une sorte de capillarité, Mélanie la française d’origine chypriote et de culture européenne (voire chrétienne) ne trouve pas de réponse dans le modèle d’une France nostalgique de sa 3eme République, nostalgique d’un modèle qui a permis l’ascension sociale de citoyens de toutes les cultures et de toutes les origines de Louis Pasteur à Léon Blum, de René Monory à Pierre Bérégovoy… de Marie Curie à Suzanne Lenglen et tant d’autres hommes et tant d’autres femmes.

Bref, la République patine. Elle est frileuse et ne pratique rien d’autre que la politique de l’autruche. D’ailleurs, au delà du court termisme électoraliste, le débat national, forcément grand qu’un gouvernement opportuniste utilise comme un cache sexe de problèmes graves et profonds ne fera que de verser des bidons d’huile sur des feux déjà bien nourris. En effet, non seulement la question posée (« Pour vous, qu’est-ce qu’être français ? ») est mauvaise, mais les réponses ne peuvent que créer des affrontements entre des anciens nécessairement nostalgiques et des modernes forcément frustrés de ne pouvoir avancer.

Ce qu’il faut se demander, c’est quelle France nous souhaitons construire tous ensemble, car l’identité non seulement cela se construit mais surtout, cela se construit pour l’avenir et cela se construit en cherchant le consensus… et pas en mettant encore une fois les français dos à dos. Tous les citoyens doivent chercher à regarder ensemble dans la même direction et pas une fois encore se regarder dans le blanc des yeux en se cherchant des noises, que diable !

Dans ce contexte, en cherchant à se construire une identité, Diam’s a certainement choisi la voie la plus difficile, qui va là pousser à des grands écarts schizophréniques entre une morale personnelle religieuse rigoriste et la vie dans un pays devenu multi-culturel qui fait de la laïcité le ferment d’un consensus difficile mais nécessaire.

Maintenant mariée, elle sera, à n’en pas douter, bientôt maman. Quel avenir espère-t-elle construire pour ses enfants ? Je vais chercher à comprendre. Espérons que S.O.S., son nouvel album, me donne quelques pistes. Le titre même de l’album, cependant, en dit long…

1989, année charnière

Depuis quelques temps, on en finit pas de célébrer la chute du mur de Berlin. C’est à la une de tous les médias et pourtant, peut-on réduire 1989 à ce seul événement ?

Quand je me tapote le menton (comme disait le pr. Jean Mathiex) et que je me pose ce genre de question, je vais ur le site Herodote.net qui est ma référence en matière d’analyse historique.

Heureusement que j’y suis allé : de la mort d’Hiro-Hito au massacre de la place Tian An Men, j’avais oublié qu’au delà de la chute du mur de Berlin, 1989 peut être considérée comme l’année charnière du XXème siècle.

Vivre avec Hadopi

Ce n’est pas faute de l’avoir dit et répété : la chasse aux site et aux pirates est une illusion !

La loi est à peine adoptée que déjà commencent à fleurir sur les blogs des trucs et astuces en tous genres pour contourner la loi ! Et les réjouissances commencent avec le blog de Korben.

Inutile d’être extra-lucide pour prévoir que ces trucs et astuces en tous genres vont pulluler et que les autorités seront bientôt submergées par la créativité débridée des utilisateurs du net.

Là encore, une longue traine va se créer : dans la droite ligne de l’économie 1.0, les tenants de l’Hadopi vont se concentrer sur les grandes masses alors que le coeur du débat seront les ribambelles d’individus qui téléchargent épisodiquement et qu’il sera très difficile de poursuivre.

Petite leçon de consumérisme scolaire

Rémunérer les classes dont le taux d’absentéisme est faible : voilà l’idée (r)évolutionaire testée depuis quelques temps dans deux lycées difficiles de l’académie de Créteil (le détail de l’information sur le site du Parisien, qui a révélé l’affaire). Cette initiative a été bien marketée : les récompenses sont collectives et les sommes devront être affectées à des actions pédagogiques menées en commun après avoir été choisies démocratiquement par les élèves en concertation avec le corps enseignant.

A première vue le système ne manque pas d’attrait : cela crée de l’émulation entre les élèves d’une classe, responsabilise le groupe et le soude par un objectif commun. Mais surtout, assis sur la présence aux cours, ce système est censé lutter contre l’absentéisme. Ce système, cependant, présente des risques importants et met en danger les fondements mêmes de notre modèle social.

Depuis que l’instruction est publique, l’école est le premier des ascenseurs sociaux : le travail est sanctionné par les diplômes qui sont la récompense et le viatique pour une vie citoyenne libre et responsable. La question de la présence à l’école ne se pose pas : ne pas venir à l’école c’est s’exposer à l’échec. Venir à l’école est la première des actions citoyennes. Vision angélique ? C’est pourtant à l’école que s’apprend la vie en société et son rôle sociétal se doit d’être rappelé car l’école est un des fondements du système républicain. Les risques de la rémunération de la présence en cours, cependant, sont nombreux et profonds.

Le premier risque est que cette pratique va en fait apprendre le consumérisme et la cupidité aux élèves de ces classes.

C’est un changement profond car c’est la question de l’utilité même de l’école qui va changer : on ne va plus à l’école pour apprendre mais pour gagner de l’argent afin de financer un projet. L’école devient un objet de consommation. On vient en cours donc on a droit à de l’argent qu’on peut ensuite dépenser à sa guise (ou presque).

Ce premier risque va en entrainer un autre, presque mécaniquement, le grand classique de l’analyse économique : les élèves vont inévitablement chercher à faire jouer le principe de l’avantage comparatif. C’est aussi vieux que Ricardo, c’est un des fondements de l’économie de marché. Rémunérer les élèves va mettre en avant la question centrale du commerce : quel est mon intérêt ?

Que la rémunération soit jugée comme faible ou que le projet à financer soit vu comme inintéressant et les élèves ne s’impliqueront pas et ne viendront pas en cours. A quoi bon se casser la tête à aller en cours pour si peu… le système se tire une balle dans le pied, d’autant qu’il porte en lui-même cette dérive. Ce sera le dialogue de sourds entre des autorités scolaires insistant sur le caractère obligatoire de l’école et des élèves appuyant (à juste titre) leur démonstration sur l’économie : l’école veut faire jouer la concurrence, elle se doit donc d’apporter un avantage comparatif fort. Je n’ose pas imaginer les négociations entre des syndicats lycéens et le ministère de l’Education nationale au sujet du montant des rémunérations… avec ce nouveau système, les élèves disposent du levier leur permettant de justifier leur absentéisme !

A ce premier risque, s’en ajoute un autre : cela va créer des générations d’assistés.

Si on admet que certains élèves joueront le jeu, ils viendront en cours et seront donc rémunérés. La rémunération est la récompense et la conséquence. La première assistance sera liée à l’obtention du diplôme : que va-t-il se passer si, étant venus en cours, les élèves n’obtiennent pas leurs diplômes ? Le diplôme, en effet, n’est pas la conséquence naturelle de l’assiduité mais la sanction d’un travail et d’une compréhension efficaces (qu’on repense à nos souvenirs scolaire : on a tous croisé des élèves « doués » qui, travaillant peu – au moins en apparence – réussissent aux examens avec une apparente facilité et dans la décontraction). Du droit à l’argent au droit au diplôme, il n’y a qu’un pas que les élèves franchiront un jour ou l’autre.

En admettant que le système fonctionne, que les classes assidues gagnent de l’argent pour financer des projets choisis en commun et que les diplômes de fin d’études soient obtenus… les élèves auront également appris la cupidité. Si tout travail mérite salaire, aller en classe n’est pas un travail, c’est une formation, un passeport pour une vie adulte et responsable dont une grande partie sera consacrée au travail. Après le droit au diplôme, conséquence d’une assiduité rémunérée et non plus d’un travail personnel et citoyen, ce système expérimental risque de généraliser une logique économique dans la réflexion des élèves qui, puisqu’on le leur aura appris, verront la vie au travers du prisme économique… l’engagement citoyen, associatif, désintéressé, qui est la base même de la vie en société, va chanceler. Aller voter ? A quoi bon si on n’y gagne rien ? Participer à une association ? idem… la fraternité, qui est un des piliers de la République n’est pas possible sans désintéressement.

Reste un dernier point : ce système de rémunération ne s’adresse qu’aux lycées en difficulté. Les bons lycées (et, dans les lycées en difficulté, les bonnes classes) ne seront pas entrainées dans cette spirale infernale. Les bons élèves, ceux qui cherchent à progresser par le travail et l’effort n’ont pas besoin de ce système… en proposant le principe de rémunération aux lycées en difficulté, non seulement on ne les aide pas, mais on enfonce les plus faibles !

Quelle est donc cette cette société, qui renforce les forts et qui affaibli les faibles ? La République ne peut pas être darwiniste. Tout au contraire, elle se doit d’être fraternelle et d’aider les plus faibles. En rémunérant les élèves en difficultés, la République se tire une balle dans le pied.

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