François Druel, PhD

Catégorie : Papotage(s)

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Mare liberum

Note : j’ai rédigé cette petite réflexion du temps où le débat sur l’Hadopi faisait rage… et je le publie à nouveau car le sujet est plus que jamais d’actualité.

Depuis son irruption dans le grand public, concomitante de l’arrivée du web – c’était au milieu des années 1990 – l’internet s’est imposé comme un phénomène planétaire majeur. Tout (ou presque) a été dit sur ce réseau des réseau : adulé par les uns, vilipendé par les autres, Internet a donné lieu à une littérature pléthorique sur ses enjeux économiques, ses impacts sociologiques, ses implications techniques et plus encore. Bref, dans notre vie, il y a un avant et un après Internet.

Malgré une maturité certaine, ce réseau de réseaux continue de poser certaines questions, rampantes depuis des années. Deux en particulier ne sont toujours pas tranchées : l’internet doit-il être cantonné à un simple réseau neutre de transport (position que j’ai eu l’occasion de défendre et que je pense juste) ? L’internet est-il un puissant réseau décentralisé ou bien un simple Minitel 2.0 (ce que Benjamin. Bayart a démontré avec maestria dans une conférence restée célèbre) ?

La France jacobine du Minitel s’oriente à grands pas vers des réponses erronées à ces questions fondamentales : en se dotant de l’arsenal de l’Hadopi, notre pays admet que l’internet n’est pas un simple réseau neutre de transport et favorise l’émergence de services centralisés, prétendument plus faciles à mettre sous contrôle. Ce qui, dans certains cas, peut-être une nécessité, ne doit pas être une généralité. Ce mouvement est d’ailleurs renforcé par la communication imaginée par Orange avec sa campagne internet et Internet par Orange. Je suis estomaqué de voir des spécialistes des réseaux se laisser prendre dans un tel piège.

Parallèlement la position américaine semble prendre le chemin inverse : en proposant le concept de net neutrality par la voix du président Obama, les USA prônent un réseau libre et ouvert à tous. Barack Obama avait pris cet engagement dans sa campagne et ne s’en est pas détourné.

Etant donné le poids pris par l’internet dans l’économie américaine, étant donné que les USA ne lâchent pas prise quand leurs intérêts économiques sont en jeu, il y a fort à parier qu’un jour le torchon brûlera entre les USA et le reste du monde à propos de l’internet.

Et la question sera simple : l’internet est-il libre ? Les USA faisant de la Liberté le véhicule de leur impérialisme, il serait surprenant qu’ils changent facilement leur fusil d’épaule (quel que soit le président en fonction, d’ailleurs).

Comme souvent, pour comprendre ce débat il faut revenir en arrière, à 1604 exactement. C’est-à-dire à l’année où Grotius (un juriste néerlandais) publiait Mare Liberum, un ouvrage consacré au droit de la mer et qui, à la suite d’une controverse entre britanniques et néerlandais, posait le principe de la liberté de la haute mer. A la suite de cet ouvrage, le droit maritime n’est pas revenu sur ce principe : la haute mer n’appartient à personne en particulier et la circulation en haute mer est libre. Entre autre conséquence, cela a permis le développement des échanges et du commerce. Ce principe a d’ailleurs été également choisi pour le droit aérien (Convention de Varsovie, 1929).

De ce point de vue, l’internet est un espace : un espace de communication et d’expres- sion, mais surtout un espace de commerce. Et donc un espace qui doit rester libre, pour permettre le développement du commerce.

La neutralité des réseaux sera-t-elle un effet de bord de l’impérialisme américain? Chacun à égalité de chances et Dieu pour tous (in God we trust, dit-on outre Atlantique). L’avenir le dira peut-être !

Tout est relatif

Depuis quelques temps, cet article met en émoi la communauté universitaire. Je vous invite à en prendre connaissance.

Il y a longtemps,en 4ème, j’étais un cancre en maths (et je le suis toujours, comme vous savez). Un jour dans un devoir j’avais écrit “comme le démontre le graphique…” et dans la marge, en rouge comme il se doit, le prof avait commenté “un graphique ne démontre pas, il illustre”.

La vertu de cet article scientifique cité par Le Monde me semble finalement être la même : les statistiques ne démontrent pas, elles illustrent. Ce qui prime en sciences c’est le raisonnement. Les chiffres ne sont là que pour le confirmer.

Evidemment, comme il est toujours plus facile de se jeter sur les outils informatiques plutôt que de réfléchir et poussés par l’épidémie de “publicationnite aigüe” qui fait des ravages actuellement, un grand nombre de chercheurs ne réfléchissent plus réellement : ils se jettent sur les outils statistiques, crachent des tonnes de données en tous genres, appliquent vaguement deux ou trois lois par là dessus et roule ma poule !

C’est la fameuse méthode “bottom – up” que nous connaissons tous. Quand on manque d’idées ou de temps pour publier, on brasse des chiffres !

Tant qu’on reste dans le champ du marketing et qu’on fait des tests A-B pour valider des IHM de sites web (méthode habituelle de Google et de Facebook), ça peut aller mais évidemment, quand il s’agit de valider une molécule en biotech…

Je terminerai avec cette citation de P.G. de Gennes, qui me guide souvent :

Le vrai point d’honneur n’est pas d’être toujours dans le vrai. Il est d’oser, de proposer des idées neuves, et ensuite de les vérifier. Il est aussi bien sûr, (…) de savoir reconnaître publiquement ses erreurs (…) L’honneur du scientifique est absolument à l’opposé de l’honneur de Don Diègue. Quand on a commis une erreur, il faut accepter de perdre la face.

Faire de l’innovation !

Je suis toujours frappé d’entendre des entreprises et même des individus dire qu’ils font de l’innovation. Et ce, pour deux raisons :

D’une part l’innovation ne se décrète pas, elle se constate

C’est ce que j’appelle le paradoxe de Druel : pour innover, il faut se projeter dans l’avenir et chercher à détecter et travailler des besoins émergeants. Une fois qu’on a proposé quelque chose, c’est le marché qui sert de juge de paix. Si l’idée ou le produit ou le service nouveau est adopté alors on a innové.

Plus largement, l’innovation ne relève pas de décisions politiques ou d’un processus de sélection qui tient plus du concours de beauté ou du comice agricole qu’autre chose !

Il ne s’agit pas tant de sélectionner quelques projets sur des critères abscons que de développer un terreau favorable permettant à tout projet de se lancer.

Là est bien le soucis de la création de valeur en France : Comme nous avons la phobie de l’échec, personne ne veut se planter et un porteur de projet doit donc passer sous d’innombrables fourches caudines. Un porteur de projet va de subventions en subventions, de ronds de jambes en ronds de jambes et de lobby en lobby. C’est presque darwinien au sens propre du terme : seuls les plus forts résistent et se sont tellement épuisés dans des marathons du financement qu’ils n’ont plus d’énergie pour faire avancer leurs idées. Pour un projet qui résiste à cette lessiveuse, dix n’osent pas se lancer.

C’est bien là la différence entre la France et d’autres pays du Monde où la création d’entreprise (qui est consubstantielle de l’innovation) est un modèle en soi. On a une idée, on crée une entreprise. On a sa chance. On se plante ? Même pas mal ! On peut se relever et recommencer…

D’autre part parce qu’on ne fait pas de l’innovation

J’ai l’impression que certains font de l’innovation comme d’autres font la Grèce ou les lacs italiens : en touristes !

Ils visitent tout un tas de sujets, de produits, de services, d’idées et cherchent à remettre à plat. Evidemment, quand on prend l’innovation dans ce sens là on a jamais fini et on innove réellement jamais…. on se fait plaisir en brassant des concepts et en se gargarisant de mots.

Champions toutes catégories de ceux qui font de l’innovation, les porteurs de projets. Ces innovateurs là ne sont rien moins que des imposteurs qui vont de projet en projet, qui pensent qu’l existe des méthodes pour innover mieux ou bien.

Il y a dans l’innovation une dimension initiatique au sens propre du terme : on a une idée, on la sent au plus profond de ses tripes, on fait tout pour la faire émerger, on remue ciel et terre… pas besoin de porteur de projet ou de gestionnaire : quand on a son projet chevillé au corps on met tout en œuvre pour le faire aboutir.

A ce propos, j’aime beaucoup cette citation de Pierre-Gilles de Gennes (prix Nobel de chimie 1991) :

Le vrai point d’honneur n’est pas d’être toujours dans le vrai. Il est d’oser, de proposer des idées neuves, et ensuite de les vérifier. Il est aussi bien sûr, (…) de savoir reconnaître publiquement ses erreurs (…) L’honneur du scientifique est absolument à l’opposé de l’honneur de Don Diègue. Quand on a commis une erreur, il faut accepter de perdre la face.

Je crois que tout est là : l’innovation n’est pas une méthode ou une marotte, c’est avant-tout la volonté de faire émerger une idée, de se confronter au marché en proposant quelque chose de concret.

Pensons à Louis Renault, à Jean Mantelet, à Steve Jobs ou à qui vous voulez : ils ne cherchaient pas à faire de l’innovation mais à résoudre des problèmes avec des produits différents…

Bienvenue dans un monde de progrès

Après quelques temps de silence, je pense reprendre un peu la parole sur les sujets qui me touchent.

La formule reste à trouver mais je vais tenter de m’exprimer à nouveau…

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