François Druel, PhD

‘identité

En cherchant dans les posts de ce blog, je viens de m’apercevoir que je ne vous ai jamais parlé de Diam’s. J’avais du en parler dans un blog précédent… enfin, au delà du personnage, j’apprécie les albums de Diam’s pour leurs textes dont les aspects sociologiques en disent plus long que les études soi disant scientifiques dont le style pontifiant et condescendant est à vômir et aussi pour l’exemple que cette petite banlieusarde a pu donner, y compris aux français et autres gouères.

Naturellement, comme tout un chacun, j’ai d’abord été surpris d’apprendre sa récente conversion à l’Islam. Et puis, comme toujours, j’ai cherché à comprendre : Diam’s épouse un musulman et donc rien de plus de normal qu’elle se convertisse à l’Islam. Sans être une obligation de la Charia, on peut comprendre qu’il est dans l’ordre des choses qu’une femme embrasse la religion de son mari. D’ailleurs, cela s’est déjà vu (Suzanne Moubarak, ou l’épouse de Moktar Ould Daddah, toutes deux chrétiennes, se sont converties à l’Islam en épousant leurs maris). On aurait pu en rester là, sur une affaire de pure forme. Après tout, c’est une chose courante, dans les mariages mixtes et souvent, une fois réglées les questions de droit canon, la vie reprend son cours.

La conversion de Diam’s, cependant, est plus qu’une sorte de convention de forme, c’est une démarche profonde de recherche d’identité. Et là commencent les vraies questions, d’ailleurs soulevées par les médias, dont la journaliste B. Charles dans Marianne2 qui, comme nombre de ses confrères, y voit une sorte de régression.

En effet, Diam’s avait tout pour être une fille de France, un exemple que la République laïque, libre, égalitaire et fraternelle aurait pu donner à des enfants qui auraient été fiers d’une réussite méritée et gagnée à force de travail et d’abnégation (ce dont, toutes choses égales par ailleurs, je ne doute pas dans le cas de Diam’s)… mais non. Ce n’est pas dans la République que Diam’s se reconnait, ce n’est pas là qu’elle va chercher son identité. C’est dans une religion qu’elle se réfugie, qu’elle cherche à se trouver.

A bien y réfléchir, je pense que ce n’est pas étonnant. Parce que la fracture sociale est bien là, et profonde, entre des centres villes qui cherchent des réponses dans le passé et des banlieues qui, face à leurs questions, interrogent un avenir incertain. Les banlieues sont redevenues des friches. Des friches républicaines. Des terreaux propices à l’enracinement d’un grand nombre de mouvements religieux en tous genres.

Dans ce contexte, par une sorte de capillarité, Mélanie la française d’origine chypriote et de culture européenne (voire chrétienne) ne trouve pas de réponse dans le modèle d’une France nostalgique de sa 3eme République, nostalgique d’un modèle qui a permis l’ascension sociale de citoyens de toutes les cultures et de toutes les origines de Louis Pasteur à Léon Blum, de René Monory à Pierre Bérégovoy… de Marie Curie à Suzanne Lenglen et tant d’autres hommes et tant d’autres femmes.

Bref, la République patine. Elle est frileuse et ne pratique rien d’autre que la politique de l’autruche. D’ailleurs, au delà du court termisme électoraliste, le débat national, forcément grand qu’un gouvernement opportuniste utilise comme un cache sexe de problèmes graves et profonds ne fera que de verser des bidons d’huile sur des feux déjà bien nourris. En effet, non seulement la question posée (« Pour vous, qu’est-ce qu’être français ? ») est mauvaise, mais les réponses ne peuvent que créer des affrontements entre des anciens nécessairement nostalgiques et des modernes forcément frustrés de ne pouvoir avancer.

Ce qu’il faut se demander, c’est quelle France nous souhaitons construire tous ensemble, car l’identité non seulement cela se construit mais surtout, cela se construit pour l’avenir et cela se construit en cherchant le consensus… et pas en mettant encore une fois les français dos à dos. Tous les citoyens doivent chercher à regarder ensemble dans la même direction et pas une fois encore se regarder dans le blanc des yeux en se cherchant des noises, que diable !

Dans ce contexte, en cherchant à se construire une identité, Diam’s a certainement choisi la voie la plus difficile, qui va là pousser à des grands écarts schizophréniques entre une morale personnelle religieuse rigoriste et la vie dans un pays devenu multi-culturel qui fait de la laïcité le ferment d’un consensus difficile mais nécessaire.

Maintenant mariée, elle sera, à n’en pas douter, bientôt maman. Quel avenir espère-t-elle construire pour ses enfants ? Je vais chercher à comprendre. Espérons que S.O.S., son nouvel album, me donne quelques pistes. Le titre même de l’album, cependant, en dit long…

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  1. Isabelle

    Tu nous dis: « Diam’s épouse un musulman et donc rien de plus de normal qu’elle se convertisse à l’Islam. Sans être une obligation de la Charia, on peut comprendre qu’il est dans l’ordre des choses qu’une femme embrasse la religion de son mari. »
    NON NON ET NON. d’où te vient cette idée qu’il n’y a rien DE PLUS NORMAL qu’une femme se convertisse à la religion de son mari.
    La foi est une croyance profonde, au dessus d’une alliance avec un homme.
    Je crois en Dieu et je pense que même si parfois des doutes peuvent survenir, ce n’est pas une raison pour jouer les girouettes.
    Pour se convertir il faut croire en un autre Dieu, d’autres « dogmes », d’autres principes, et on ne balaye pas d’un coup de revers de manche ce en quoi on a cru pendant des années, ce qui a fait le lit de ta façon d’être et de faire pendant des années.
    C’est un « tsunami » intérieur et profond qui peut conduire chacun d’entre nous à un tel changement, et non pas l’attachement à un homme (et on sait tous oh combien il peut être éphémère!)
    Pour autant que je sache d’ailleurs le mari de Diam’s a laissé tomber sa femme (et sa petite fille) et n’en n’a même pas divorcé pour épouser sa dulcinée!
    Et si tant est qu’une conversion à une quelconque religion soit la solution, pourquoi le mari ne devrait-il pas se convertir à la religion de sa femme???
    Quelle est cette religion qui se place au dessus des autres, des lois et de la laïcité, et qui impose aux femmes une prison mobile et sordide appelée niqab, burka,ou hijeb? une allégeance complète à un homme au point de renier tes propres fondements et ce qui t’a fait être ce que tu es? Qui t’interdit, à Paris, de passer sur le trottoir devant une mosquée lorsque tu n’es pas voilée au prétexte que tu perturbes les croyants!!!
    pour ce qui est de la polémique sur la politique qui « patine », qui met la tête dans le sable, ou qui est opportuniste, je me garderai bien de faire des commentaires, tu sais ce que j’en pense!
    Alors aux questions:
    Pour vous, qu’est-ce qu’être français?
    ou bien
    quelle France nous souhaitons construire tous ensemble?
    je répondrai qu’être français c’est de respecter les autres, dans l’esprit LAÏQUE et républicain, respecter la culture et les traditions du pays qui T’ACCUEILLE ou dans lequel tu es né.
    La France que je souhaite pour ceux que j’aime est une France d’amour et de paix civile ou chacun puisse trouver sa place sans suprématie d’aucun sur les autres et ou je n’entende plus jamais dire par mes neveux « ce pays est un pays de merde et je veux en foutre le camp ».
    Un pays ou PERSONNE ne pense que la religion est au dessus des lois et ou seules les lois de la république prévalent.
    Un pays ou l’on n’a pas peur de faire grandir ses enfants et ou l’on sait qu’il trouveront chacun leur place.
    Un pays ou, quand on vit des subsides de l’état et donc des sous de ses concitoyens (ceux qui payent des impôts),on dit « MERCI » et non pas « donnes moi encore » et ou on ne roule pas en grosse cylindrée avec l’argent d’on ne sait quel trafic.
    Un pays ou « on ne nique pas ma mère » et on ne « fuck pas la police »
    Alors oui S.O.S la France, nos anciens ne reconnaitraient plus le pays qu’ils nous ont légué et faisons en sorte d’être fier de celui que nos allons léguer à nos enfants.

  2. En matière de conversion, j’aurais aussi bien pu parler de Dany Boon qui s’est converti au judaïsme avant d’épouser sa femme actuelle… cela a du lui sembler normal, c’est à dire dans l’ordre des choses. Les cas ne manquent pas…

    Sur le pays à construire, je n’ai pas de réponse… qui ne peut être le fruit que d’un consensus, qui doit commencer par la compréhension et le dialogue.

    F

  3. isabelle

    De la part d’Alain à qui je viens de lire ta réponse, et pour relever le débat! (comme il sait si bien le faire) consensus = mariage malheureux

  4. Oui, certainement dans le mariage… mais la République (et la Nation) ne sont ni des couples ni des mariages, mais le fruit d’une volonté… et donc nécessairement consensuelles. En démocratie, la loi du plus fort ne peut pas avoir court, voire, ne doit pas avoir court 😉

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