François Druel, PhD

Auteur/autrice : François Page 26 of 39

François Druel, PhD.
Consultant, enseignant, auteur
rédacteur de ce site

Suicide « corporate » ?

Bien que j’aie quitté l’entreprise depuis presque 3 ans, ce qu’il faut bien appeler l’affaire des suicides chez France Telecom m’ intéresse beaucoup : d’abord parce que j’ai moi aussi été dans le type de situation ubuesque que les médias ont décrit (j’ai passé un an en « télétravail », payé à ne rien faire)… et parce que loin de me mener au suicide, cela a eu pour effet direct de déclencher mon inscription en thèse, puis, indirectement, mon départ de France Télécom et enfin la création de ma boite. Avant d’aller plus loin, en particulier pour les anciens collègues qui me liraient, je tiens à préciser que je ne nourris ni rancoeurs ni regrets envers France Telecom. Mais je pense que je peux livrer ma vision des choses.

A bien y regarder, France Télécom est une entreprise qui marche sur la tête : la plupart des salariés sont des fonctionnaires qui ont un réel sens du travail bien fait mais qu’il ne faut pas trop bousculer parce qu’ils sont venu chercher dans le service public une situation stable et au service des usagers. Je pense que c’est là, sur les fondamentaux, qu’il faut commencer la réflexion : ce que sont les gens qui composent la main d’oeuvre de France Télécom. Des gens bien, des gens qui ne cherchent pas la cupidité ou la performance, mais la stabilité et la tranquillité d’esprit. Cette population compose la grande majorité des employés.

On trouve également chez France Télécom une deuxième population, celle des « loups » : polytechniciens de l’ex corps des télécommunications (maintenant fusionné avec le corps des Mines), naturellement, mais également tout un tas de cadres recrutés depuis la privatisation et dont la culture, les références, les ambitions, l’âge moyen et le gout du défi n’ont rien à voir avec ceux des fonctionnaires. Naturellement la population 2 est bien moins nombreuse et bien plus gradée que la population 1.

En dépit d’une co-existance parfois très intime, tout différencie ces deux populations et comme elles ne communiquent que peu et très mal, la situation est bancale. C’est un cas d’école connu dans toutes les armées du monde: quand les chefs et la troupe ne communiquent plus, l’armée court à sa perte.

Naturellement, cette co-existance a toujours existé et constitue un terreau favorable mais tant que le paquebot France Telecom (car une entreprise de plus de 150.000 personnes est un paquebot) filait un train de sénateur sur une mer d’huile, tout le monde s’en accommodait : les chefs changeaient, les objectifs restaient peu ou prou les mêmes et chacun finissait par trouver son petit confort.

Alors évidemment quand, à partir de 1995 (date de la privatisation et des derniers recrutement sur concours) l’entreprise a voulu danser la gigue et adopter le rythme endiablé des vedettes hors-bord, le feu qui couvait s’est peu à peu développé.

La privatisation s’est faite dans une ambiance euphorique : croissance, bulle télécom, salaires en hausse (en fait les fonctionnaires perçoivent le complément France Telecom, qui, contrairement au traitement qu’il complète, n’est pas indexé sur le point d’indice), achats d’actions… tout concourrait à faire avaler la pilule de changements aussi sournois que profonds. La présence rassurante d’un patron plein de componction (M. Bon) finissait d’éteindre des inquiétudes rampantes. C’est à cette période que j’ai intégré France Telecom et il y avait dans cette intégration un réel plaisir à venir travailler dans une entreprise qui passait du service public au service du public.

Mais en 2002, au fond du gouffre, les choses se sont accélérées : les réorganisations on succédé aux réorganisations. Elles n’étaient que peu expliquées et parfois totalement incompréhensibles. Un exemple : en 2000-2001, la mode était à la filialisation et, subitement, en 2002, changement de cap : France Telecom a réintégré toutes ses filiales. Naturellement, cet exemple pris au niveau le plus « macro » de l’entreprise en cache des dizaines d’autres et les réorganisations se sont succédées à un rythme frénétique. Quand on fait plusieurs réorganisations par an et qu’on change de stratégie comme de chemise, il faut bien s’attendre à payer un prix humain élevé.

Quand j’étais vendeur on disait « pour bien vendre il ne faut pas se poser de questions »… et je pense que c’est vrai de beaucoup de tâches salariées : une brave fille fonctionnaire de 53 ans qui est entrée au service de l’encaissement des chèques à 18 ans avec le certificat d’études, elle a du mal à accepter de changer de bureau pour la 4eme fois en 2 ans et de changer de chef (ou de nom de service) tous les 6 mois. Dans ces situations, non seulement la productivité baisse mais comme personne ne sait lui donner d’assurances de long terme, cette brave fille, elle finit par tourner en bourrique. Idem avec ce type qui a été aux lignes pendant des années (et à qui on a demandé de faire de la qualité, en prenant son temps) et qui se retrouve du jour au lendemain vendeur en boutique. Il doit faire avant tout du chiffre et il est en compétition avec des vendeurs de 25 ans qui ont été recrutés dans la distribution : au bout d’un moment, le brave type fonctionnaire, il est perdu. Idem avec les « procédures qualité » : comment un fonctionnaire de l’Etat, qui a prêté serment, peut-il voir les sempiternels contrôles autrement que comme du flicage ? Comment peut-il comprendre le contrôle quand, précisément, dans son serment il s’est engagé à l’intégrité ?

Je pourrais continuer longtemps cette litanie d’exemples ! En écrivant ces lignes, je revois des visages et des conversations reviennent à mes oreilles. Oh, pas des conversations avec mes pairs (jeunes, diplômés et ambitieux) mais des conversations avec des gens normaux, des assistantes, des techniciens, des agents…

Aujourd’hui, ce qui m’étonne surtout, c’est la myopie des dirigeants (en 7 ans chez France Telecom, j’ai vu défiler 3 présidents qui ont tenu des discours à l’opposé les uns des autres). Ils devraient savoir, ces beaux esprits, que parfois il vaut mieux avoir une mauvaise certitude qu’une bonne incertitude ! Ils devraient relire Descartes ! Apparemment les consultants cravatés embauchés à grand prix n’ont pas pris la peine de le leur dire. Deux mondes clos, deux cultures antinomiques… belle situation de schizophrénie.

Au delà de ces pauvres gens, c’est l’entreprise elle-même qui se suicide !

Le siècle de la mixité ?

Depuis une formule d’André Malraux restée célèbre, on ne se posait pas beaucoup de questions sur la nature du XXIeme siècle : il sera religieux ou ne sera pas… d’ailleurs, depuis quelques années, les analystes ne se sont pas privés de noter, si ce n’est de stigmatiser, la montée de toutes les formes de spiritualités, ce qui n’a fait que souffler sur les braises d’altérités d’autant plus difficiles à accepter qu’elles sont nouvelles.

Par ailleurs, de même que historiens ont fait débuter le XXeme siècle en 1914, je pense qu’on pourra faire débuter le XXIeme siècle en 2008, année marquée par deux événements majeurs : l’élection du premier président noir des USA (qui, signe supplémentaire, a nommé une femme hispanique à la Cour Suprême) et la crise financière mondiale, qui, je le crois, va marquer les esprits (à défaut de changer les pratiques immédiates, qui suivront à une génération de distance).

En 2009, pour répondre à la crise et dans l’esprit de l’assertion de Malraux, les dirigeants ont, assez unanimement appelé à une moralisation de l’économie mondiale et, plus largement, le facteur humain se rappelle au bon souvenir des gestionnaires (parfois douloureusement, comme c’est le cas chez France Telecom actuellement). On pourrait voir dans ces phénomènes une corrélation des deux propositions que je viens de rappeler.

Or, je pense qu’il en n’est rien : je crois qu’il ne s’agit avant-tout que du signe avant-coureur d’une mutation très profonde des nations, la mutation de la mixité. Les vastes mouvements de populations que le Monde a vécu depuis les 60 dernières années (c’est à dire, faut-il le rappeler, 3 générations, à l’échelle humaine) ont changé radicalement la nature même des nations. Aux Etats-Unis, les statisticiens ont montré que les blancs seront minoritaires dès 2042 environ : à partir de cette année là (et sans doute avant) les blancs (qui aujourd’hui représentent environ 60 % de la population) seront minoritaires, les autres races (hispaniques, noirs, asiatiques, multi-raciaux) représentant 54 % de la population. L’Europe (dont la France) connaissant des mouvements démographiques comparables, elle va elle aussi prendre une tendance équivalente.

Naturellement, la nature humaine ayant horreur du changement, cette évolution inéluctable ne se fera pas sans heurts : les communautarismes en tous genres se sont déjà installés et ils vont durer. Les racismes aussi. La cohabitation de ces deux mouvements ne se fera pas dans l’harmonie (les propos abjects de Brice Hortefeux en sont la preuve vivante). La poussée aux extrêmes est même prévisible, les deux positions se radicalisant.

Un mouvement de métissage va, lui aussi, inéluctablement se produire : des individus de toutes ces races vont se mélanger, créant une population nouvelle. C’est dans ce nouveau groupe de population que je place mon espoir : elle n’aura d’autre choix, en effet, que d’avoir son identité devant elle. Elle devra regarder vers l’avenir pour construire une nation et un pays neufs.

De 1789 à 1914, il aura fallu 125 ans (c’est à dire presque 7 générations) à notre pays pour construire la nation qui a connu son apogée dans les 30 glorieuses : la France chrétienne-démocrate du gaullisme triomphant. Des métissages ethniques naitra une vraie mixité sociale et partant la construction d’une nation nouvelle, avec des règles nouvelles, des pratiques nouvelles, une vie nouvelle. Combien de temps faudra-t-il pour construire cette nation ? Sans doute moins car le rythme est plus soutenu. De plus il est entretenu par des initiatives courageuses, d’ailleurs actuellement surtout publiques (qui aurait imaginé de voir un jour des noires ou des beurettes ministres ?). De ce métissage nécessaire, naitront des Fourier, des Rousseau des Godin et des Le Corbusier… qui par petites touches, dans un mouvement de bas en haut, feront naître la société nouvelle.

Depuis la révolution industrielle, la technique et le progrès ont porté l’humanité. Avec l’irruption des technologies de l’information, c’est la société toute entière qui est entrée dans une sorte de folie technologique. N’en déplaise aux prospectivistes et autres futurologues, je pense que les choses sont maintenant trop engagées et que ce qui doit arriver arrivera. D’ailleurs le cinema d’anticipation nous en donne régulièrement une vision poétique qui touche parfois à l’angoisse : les méga-réseaux feront naître une citoyenneté électronique et nous vivrons dans l’ubiquité. Les technologies, nano ou autres, nous permettront de repousser toujours les limites de la connaissance et des capacités. La Terre va continuer à vivre à son rythme (étalon de mesure du rythme terrestre : le million d’années) et s’adaptera…

L’homme, face à son destin, a devant lui le défi du progrès social, sans quoi rien n’est possible.

Francois

PS : les données démographiques viennent du Dessous des cartes émission diffusée sur Arte.

PS 2 : A regarder également, Architectures, toujours sur Arte.

3 bons films

Les coaches sont à la mode. Rien d’étonnant donc à ce que le cinéma s’empare du sujet pour le tourner en dérision. Le Coach est un film réjouissant et divertissant. Evidemment, on reprochera à ce film de jouer sur les sempiternelles mêmes grosses ficelles, usées jusqu’à la corde : un duo d’acteurs que tout oppose ou quelques poncifs sur la société moderne. Ceci dit, les acteurs sont bons et jouent juste. Le résultat est sympathique. Le Coach mérite ses 2 étoiles.

Ultimate Game vaut réllement le coup d’être vu : de l’action très bien menée, mais surtout un thème d’actulalité : les nanos technologies et les dérives qu’elles pourraient permettre. Ce film d’anticipation est réellement prenant. 3 étoiles. Allez-y.

Numéro 9 est sans contexte un des films importants de l’été : fort, poétique et initiatique, c’est un grand film. Les références en tous genres sont nombreuses et à propos. Ce film raconte la vie, qui, comme on sait, est un combat pour le bien et l’avenir. Ce très beau film m’a donné une pêche incroyable et il mérite sans conteste ses 5 étoiles.

Prophétique

Un Prophète est LE film de la rentrée, et quel film ! Fort, prenant, formellement très abouti et qui, durant 2h30 exaltantes présente un parcours initiatique aux antipodes de ce que devrait être le rôle que la République dévolue à la prison.

De facture très classique, le film est très abouti et a été visiblement conçu pour durer. Au delà de l’actualité qui en fait un réquisitoire, il restera comme un témoignage le jour où cette prison là sera une époque révolue (c’est du moins ce que j’espère).

Depuis très longtemps, la prison fascine. D’ailleurs la presse s’est répandue en commentaires en tous genres dans le but de savoir si le paysage carcéral dressé était proche d’une réalité qui fait beaucoup fantasmer.

A mon sens, l’important n’est pas là, mais dans le parcours initiatique décrit et dans son issue, funeste : le héros, un brave type sans trop d’histoire découvre le milieu carcéral, s’y installe (au prix d’épreuves qui sont de celles qui forgent le caractère), finit par y nager comme un poisson dans l’eau… puis s’en joue avant, finalement de mettre à profit son apprentissage au point de dépasser son maître.

On pourrait se dire sans doute avec justesse que ce brave type avait en lui le ferment de son parcours et qu’il serait allé vers son destin… mais un Prophète démontre (presque scientifiquement) que la prison n’a pas permis (loin s’en faut) de refouler ces penchants naturels ni de les changer. Au contraire, la prison en a été l’incubateur et l’engrais.

Bref, j’ai adoré ce film. Il a grandement mérité ses 5 étoiles.

Et de quatre !

Inglorious Bastards est le film dont tout le monde parle. Il fallait donc aller le voir. Un tel thème traité par Tarentino vaut assurément le déplacement, me disais-je… Le film est divisé en chapitre et suit, une fois n’est pas coutume, un découpage chronographique. Le premier chapitre est exceptionnel et tellement criant de véracité que j’en suis resté collé à mon siège. Christoph Waltz campe un SS tellement plausible que c’en est glaçant ! Evidemment, comparé à ce départ en fanfare le reste du film semble désespérément plat et s’avère décevant, très décevant. Mais, ne serait-ce que parce qu’il dresse un portrait glaçant de véracité de quelques officiers SS, ce film mérite une étoile.

A la sortie de ce long film, j’ai pris beaucoup de plaisir à regarder Ice Age 3 qui est sans prétention, très bien fait et agréable à regarder en 3D. Ce film divertissant ne dépassera pas un étoile bien méritée mais vaut la peine d’être vu, histoire de se changer les idées.
Voyage sous la mer en 3D m’a attiré car, pour la première fois, il s’agit d’une réalisatio,n en 3D qui n’est pas un film d’animation. Les images sont très belles et parfois impressionnantes. Cependant, le commentaire niais déclamé par une Marion Cotillard en petite forme décrédibilise celui qui n’arrive même pas à la cheville du Monde du silence… n’est pas Cousteau qui veut (le fils, qui sert de caution à ce film, n’a rien de son illustre père) et encore moins Louis Malle. Zéro étoile.
L’abominable vérité est encore une bluette américaine. Encore une fois, à partir d’un scénario tenant sur un timbre poste, des acteurs bien servis par un professionnalisme tout hollywoodien donnent corps à un film très divertissant. 2 étoiles, parce que j’ai bien rit !

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