François Druel, PhD

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Rire

Qu’il s’agisse de rire ou d’humour, le sujet a passionné les philosophes depuis des millénaires. Henri Bergson, y a consacré un ouvrage magistral et, finalement, le rire constitue un des personnages centraux du Nom de la rose dont Jean-Jacques Annaud a fait un film resté célèbre.

Si le sujet fascine tant, c’est certainement parce qu’il s’agit d’une de ces composantes qui font le propre de l’homme (selon le bon mot de Rabelais).

Le rire a également cette caractéristique d’être à la fois totalement intraduisible ou totalement universel selon la forme qu’il prend. C’est ce qui lui donne une dimension unique qui permet de transcender les cultures et les époques. En cela, le rire rassemble.

Rire est le plus court chemin d’un homme à un autre

Georges Wolinski

Mais surtout, le rire permet de relativiser les choses et les situations. Un peu comme on donne un coup de pied dans un téléviseur avec l’espoir que cela améliorera la réception, l’humour nous permet de remettre les choses à leur place. Un bon mot ou un trait d’esprit, quelque soit la forme qu’ils prennent, peuvent se révéler salvateur.

C’est exactement ce que font les Goguettes en trio (mais à quatre) dans cette chanson parodique qui pousse l’humour jusqu’à détourner une chanson qui, en sont temps, été interdite d’antenne car jugée trop séditieuse.

Prenons quelques minutes pour rire, cela nous aidera à porter le fardeau des réalités.

À demain, 21 heures

Silence

Un fameux proverbe chinois affirme qu’il faut trois ans pour apprendre à parler et une vie pour apprendre à se taire. En quelques mots, tout est dit : le silence s’apprend. Le silence n’est pas une absence ou un vide mais un espace à habiter et un outil à maîtriser.

Quand le monde est bruit et mouvement, le silence est un apaisement qui incite à la réflexion et à l’introspection. Quelque soit la forme qu’on lui donne, c’est pour cela que la méditation se fait en silence. Ici le silence est un outil de vérité car rechercher l’apaisement et la sérénité, c’est en quelque sorte chercher à être vrai avec soi même.

Vue de la planète mars

Le silence peut aussi se faire contemplation. Ici le silence devient matière première, en quelque sorte. Contempler en silence, ce n’est pas rester passif. C’est s’ouvrir à a beauté.

La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence.

Miles Davis

Le philosophe Emmanuel Kant a démontré (dans l’analytique du beau) que ce qui est beau procure une satisfaction désintéressée. Pas la peine de s’extasier, ce qui est beau se suffit à lui même. Et Miles Davis ne dit pas autre chose. Le silence contribue à donner à ce qui est beau une dimension d’universalité.

Mais surtout, le silence nous apprend la sobriété. Il y a des silences qui en disent plus que des longs discours. Garder le silence et s’exprimer en peu de mots, avec sobriété, permet bien souvent de donner plus de poids au message qu’on fait passer. Le silence devient une énergie qui permet de rayonner.

Dans un monde d’abondance et de futilité, garder le silence permet de se concentrer sur l’essentiel et de se suffire à soi même, en quelque sorte. Cet appel au dépouillement est en réalité une véritable discipline.

Le silence est un appel à transcender la réalité. Le silence est un appel à se dépasser soi même.

À demain, 21 heures

Nostalgie

C’était mieux avant… combien de fois n’avons nous pas entendu ce poncif de la philosophie de comptoir. Cette réflexion, en effet, est un vrai mouvement perpétuel : à l’heure des zazous, c’était mieux du temps des années folles, à l’heure des hippies, c’était mieux sous l’Occup’. Quand le rap faisait son apparition, certains regrettaient le bon vieux rock des années 1960… et encore aujourd’hui, certains pensent que c’était mieux dans les années 1980. Bref, c’était toujours mieux avant.

Était-ce vraiment mieux avant ?

Quand tout semble s’effondrer sous nos pieds, la nostalgie est une tentation facile. Un peu comme le sucre adoucit le café, la nostalgie se rappelle à nous dans les moments de petite forme. Et cet état d’esprit prend parfois une dimension fractale. La nostalgie envahit alors la société… et la mode est alors au néo-rétro car en réalité, la nostalgie est une plus une inspiration qu’un réel — et impossible — retour en arrière.

D’ailleurs la nostalgie envahit aussi parfois la politique. À l’heure des auto-entrepreneurs et de l’uberisation du travail, certains se souviennent avec nostalgie du bon vieux temps de la lutte des classes. On est souvent tenté d’opposer nostalgie et optimisme. Face au temps qui passe, inexorablement, on manque parfois d’énergie. C’est d’ailleurs ce que fait Michel Serres dans C’était mieux avant (Le Pommier, 2017).

Meux ? Vraiment ?

Mais il s’agit d’une vision finalement assez réductrice car si la nostalgie permet de mieux accepter l’imparable fuite du temps, elle constitue avant tout un appel à l’introspection. Qu’est-ce que ce bon souvenir nous rappelle ? Qu’est-ce que cette recette de grand’mère faire remonter à notre esprit ? Bien souvent la nostalgie adresse une ambiance ou une époque. En quoi cela permet-il de nourrir le présent ? Nous vivons au présent et nous tendons vers l’avenir mais, pour autant, il ne faut pas oublier que nous venons du passé.

C’est certainement pour cela que la nostalgie se rappelle parfois à notre bon souvenir. La nostalgie est une énergie douce, pour mieux se propulser dans l’avenir

À demain, 21 heures

Authentique

Dans cette vidéo qui dure moins de huit minutes, il est frappant de voir la double inversion des rôles qui se joue entre Herbie Hancock et son jeune fan : dans un premier temps le musicien prend les choses de haut mais l’ado ne se démonte pas, il persiste. C’est pour lui une occasion unique et, après tout, il a tout à gagner.

Partage entre Herbie Hancock et un fan

Un peu excédé Herbie Hancock invite le garçon à se mettre au piano, ce qu’il fait. Et c’est là que les choses changent : Hancock, qui, lui, n’a plus rien à prouver, se prend au jeu. Il se met lui aussi au clavier. Surprise de l’assistance. Et surprise redoublée quand on s’aperçoit qu’en fait il laisse le lead à son invité du jour… qui le prend !

Évidemment, le garçon est un peu dépassé par les événements. On l’aurait été pour moins que ça… et Herbie Hancock de reprendre discrètement la main. D’oublier le rôle qu’il jouait quelques minutes auparavant pour, finalement, être lui-même : un musicien passionné.

Dans un monde qui vit au rythme des fake news et des coups de com’, cette anecdote constitue un véritable plaidoyer pour l’authenticité. Parce qu’ils sont authentiques, les deux protagonistes vivent pleinement l’instant présent et le rendent unique. Être authentique ce n’est tant exister pour soi-même qu’exister par soi-même. Ne pas tricher et ne pas se mentir. C’est une vraie discipline de vie et c’est parfois difficile mais à long terme c’est une démarche salvatrice.

Un mal pour un bien… à l’image du confinement, qui sait ?

À demain, 21heures

Le temps

Le temps est ce dont on dispose le plus puisque le temps est. Et c’est aussi ce dont on dispose le moins, puisque le temps passe. Dans la vie, donc rien n’est une question de temps et tout est une question de priorités.

Prendre le temps c’est donner la priorité au moment présent, parce que ce qu’on fait ici et maintenant est forcément plus important que tout ce qu’on pourrait faire d’autre. Occuper le temps est une affaire de choix. Parce que le temps est ce qu’on en fait, le temps nous met en face de nos responsabilités ; envers nous mêmes et aussi envers la société.

Le temps est devenu tellement important qu’il s’affiche partout : sur les téléphones, les ordinateurs, les fours, dans les stations de métro et les voitures… sur les tickets de caisse et même parfois sur les montres et les horloges. Nous naviguons d’une horloge à l’autre. Une véritable obsession collective.

Chronomètre de marine

En réalité, pour parcourir la terre en tous sens, deux instruments sont nécessaires : le sextant qui permet de s’orienter du nord au sud et le temps qui permet de naviguer d’est en ouest. À partir de la fin du XVème siècle, les premiers navigateurs ont pu partir à la découverte de la terre en s’appuyant sur l’astronomie et l’horlogerie.

Et d’ailleurs, c’est parce qu’il faisait son tour du monde contre le cours du temps que Philéas Fogg finit par gagner son pari.

Encore aujourd’hui pas de GPS précis sans horloge précise ni de navigation sur les site web sécurisés sans synchronisation entre serveurs informatiques.

Le temps est un phénomène de perspectives

Jean Cocteau

On comprend mieux que face à la déferlante d’horloges qui nous entoure, les outils les plus précieux aujourd’hui sont ceux qui permettent de s’organiser pour optimiser le présent.

Un minuteur Pomodoro

La méthode Pomodoro est aussi simple et ludique qu’efficace. Cette méthode consiste à diviser le temps en unités de concentration. C’est idéal pour le bachotage et les travaux qui demandent de la concentration. La méthode Pomodoro permet d’alléger (un peu) le travail sous contrainte.

Getting Things Done

Quant à la méthode GTD (Getting Things Done), elle est plus conceptuelle et plus algorithmique. Parue en 2001 cette méthode transforme tout en projets et si elle est assez exigeante, elle se révèle d’une grande efficacité.

Ces deux méthodes sont ludiques et efficaces. À tester d’urgence en confinement, donc !

À demain, 21 heures.

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