François Druel, PhD

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Cycles

Le nouveau confinement me donne l’occasion de reprendre la plume. Chaque soir, tant que le confinement durera, je m’efforcerai de publier un billet sur ce site. Je vous souhaite une bonne lecture.

Alors que le temps est et passe tout à la fois (voir cet article), la vie, elle, est souvent cyclique. Jour après jour, mois après mois, année après année, les mêmes évènements s’enchainent. En septembre c’est la rentrée, puis arrivent les fêtes de fin d’année, puis on tend vers les beaux jours qui permettent de partir en vacances avant de rentrer à nouveau.

Et d’ailleurs, alors que nous venions de célébrer le premier anniversaire du confinement, un autre s’impose ! La pandémie serait-elle cyclique, elle aussi ? La Covid nous ferait-elle revenir au temps des des romains qui — jusqu’à Jules César — faisaient démarrer leur calendrier le 1er mars.

Du temps de la Révolution, avec l’avènement du calendrier républicain, l’année commençait à l’équinoxe d’automne, ce qui permettait de mettre d’accord les astronomes et les révolutionnaires car la première République a été proclamée le 22 septembre (1792).

Allégories du calendrier républicain

Les révolutionnaires cherchaient à tout changer par principe mais il est amusant de constater qu’en matière de calendrier, ils ont gardé une très classique approche cyclique. Après tout, le système cosmique dans lequel nous vivons l’est également… ceci explique certainement cela.

Une montre affichant l’heure internet

Cycliques, donc, les calendrier sont aussi très liés à la nature et bien souvent ils sont le reflet des saisons, qui influent peu sur l’internet. Une remarque qui, à la fin du XXème siècle, donna à l’entreprise Swatch le prétexte à la création d’un temps internet aussi amusant qu’éphémère et dont l’ambition était de faire abstraction des fuseaux horaires et donc, en toute modestie, d’abolir les notions de jour et de nuit !

Mais surtout, chacune et chacun de nous sait bien que les cycles ne sont pas des cercles. On ne revient jamais réellement au point de départ. On ne repart jamais de zéro. Chaque cycle constitue une itération qui s’ajoute aux autres et qui modifie la construction toute entière. Contrairement aux métallurgistes qui procèdent par enlèvement de matière à chaque révolution de la pièce qu’ils travaillent sur leur tour, les cycles du temps ajoutent des couches d’expériences les unes sur les autres.

Les cycles du temps nous font avancer en spirale et nous font donc progresser… inexorablement.

À demain, 21 heures.

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Dans son Essai sur le don (Puf, 1924), le sociologue Marcel Mauss démontre que le don implique une réciproque (ce qu’il appelle le contre-don) qui en réalité permet le développement des relations inter personnelles et, plus largement, la construction de la vie en société.

Bien évidemment, l’approche a vieilli et il convient de la relativiser mais cette proposition classique permet de porter un regard alternatif sur les notions d’échange et de partage.

L’engagement, dont les marketeurs nous rebattent les oreilles !

Exactement comme les économistes le feront quelques années plus tard en étudiant la notion d’équilibre général, le principe du don et du contre don consiste en réalité à construire une dynamique de partage qui ne peut perdurer que si les parties en présence y gardent un intérêt au fil du temps.

Le sociologue Marcel Mauss

Mais surtout, l’approche proposée par Marcel Mauss nous interpelle sur la notion de valeurs. Guidés par la cupidité, certains acteurs économiques proposent des approches commerciales s’appuyant sur le partage de valeurs (ce que les spécialistes appellent le marketing de l’engagement). Avec une telle logique, la consommation éthique se substitue à la recherche d’un optimum économique.

Il ne s’agit pas tant de savoir si c’est mieux ou moins bien, voire si c’est bien ou mal de consommer éthique que de se rendre compte qu’en réalité cela implique de partager des valeurs. Autrement dit, de pouvoir juger de la sincérité des parties en présences. Le marketing de l’engagement oblige les protagonistes de l’échange à bien se connaitre et donc à favoriser la proximité et les relations interpersonnelles.

En proposant de s’appuyer sur le partage, les commerçants post modernes se proposent en réalité de relever le défi de la sincérité. Une question à méditer en confinement…

Depuis sa création cette rubrique s’adapte à l’actualité. Tout comme le confinement, elle va s’assouplir et devenir hebdomadaire. Je vous dis donc à vendredi, 21 heures.

Ressentir

Pour comprendre, il faut avant tout éduquer son intellect et nourrir son esprit. Depuis des millénaires l’humanité confie ces missions à l’enseignement et à l’apprentissage. C’est pour cela qu’ont été créées les écoles, les lycées et les universités.

Or l’éducation ne se limite pas à la transmission des savoirs. Ressentir fait partie de toutes les choses qui peuvent s’apprendre et que l’école ne transmet pas (ou transmet met mal). Ressentir, en effet, ne relève pas de l’intellect. On ressent avant tout avec son corps. Et c’est donc le corps qu’il faut s’approprier.

Il s’agit, en quelque sorte, de sonner juste, tout comme un instrument de musique sonne juste. On entre ici dans le domaine de l’intime et il appartient à chacune et à chacun de trouver comment exprimer son ressenti. L’objectif, en revanche est clair : il s’agit de se mettre en harmonie avec le monde qui nous entoure.

Qu’il s’agisse de zen ou même de sport, il existe de nombreuses voies, techniques ou méthodes qu’on choisira en fonction de ses goûts ou de ses envies mais qui toutes ont la caractéristique d’être initiatiques, parce que ce qu’elle transmettent ne peut, précisément, pas s’exprimer. Qu’on pense à ces sportifs, transpirants et fourbus, mais heureux, à la fin de leur entrainement. Ou à ses yogis, calmes et apaisés après une séance de méditation…

Mais surtout, avant d’aller chercher de midi à quatorze heures, pourquoi ne pas commencer, tout simplement par la diététique ? Après tout, c’est à la portée de chacune et de chacun d’entre nous. Ici l’objectif n’est pas tant de se mettre au régime que de chercher à bien manger.

Composer des repas sains, équilibrés et nourrissants. Cela parait simple et à la portée de toutes et de tous. Et pourtant, un grand nombre de petits détails permettent souvent de changer radicalement les choses et, finalement, de se sentir mieux.

La chaine Youtube du Dr. Jean-Michel Cohen, pour apprendre à ressentir

Pas la peine de chercher des produits compliqués ou des recettes alambiquées. Simple d’accès, et facile à mettre en œuvre, l’équilibre alimentaire constitue en réalité une démarche du quotidien. C’est le premier pas vers la découverte de ressentis nouveaux. Bien se nourrir est un défi du quotidien.

Pour bien ressentir il faut relever le défi du corps.

À demain, 21 heures

Mesurer

Derrière le mètre, se cache une démarche très profonde et très structurante. Une démarche que seule la Révolution pouvait mener à bien. Au delà de ses aspects historiques et politiques, en effet, la Révolution propageait également une volonté de tout changer. De ce point de vue, la Révolution constitue un virage à cent quatre-vingts degrés par rapport au système pluri-centenaire qu’elle entendait remplacer.

La Révolution a changé l’organisation administrative de notre pays, l’a doté de Lois nouvelles, a proposé un calendrier nouveau et nombreuses autres innovations. La Révolution portait également un projet de modernisation de la société dont fait partie le système de poids et mesures comportant le mètre. Ce système a beaucoup évolué au fil du temps mais nous l’utilisons encore aujourd’hui.

Un des fameux mètre étalon par Chalgrin. Celui-ci est situé 36 rue de Vaugirard à Paris.

Évidemment, en 2020, cela peut sembler étonnant ou saugrenu mais remis dans le contexte de la fin du XVIIIème siècle, cette démarche était très innovante. Disposer d’un système unifié sur tout le territoire a permis le développement du commerce (comme ce fut le cas de la liberté de navigation en haute mer) et a contribué à l’unification de la République.

La confiance n’exclue pas le contrôle

aphorisme bien connu des auditeurs financiers.

Au milieu du XIXème siècle, en s’appuyant sur le nouveau système de mesure, Félix Potin révolutionne le commerce en proposant des quantités mesurées et des prix marqués. Qu’on y pense : sans système de mesure, le commerce — et plus largement la société de consommation — devient compliqué à souhait.

Mais surtout, le mètre est aussi pour chacune et chacun d’entre nous une invitation à évaluer et mesurer. L’objectif n’est pas tant de ranger nos vies dans des cases de feuilles de calcul, mais de chercher à séparer le bon grain de l’ivraie.

Au delà de l’optimisation financière, mesurer permet de se mettre sur le chemin de ce que Pierre Rabhi appelle la sobriété heureuse. Il ne s’agit pas tant de retourner à la terre que de se dépouiller du superflu et de se concentrer sur l’essentiel.

Mesurer constitue le premier pas sur le chemin du bonheur.

À demain, 21 heures.

Pollock

Jackson Pollock est un artiste surprenant. Et tout chez lui est surprenant, de son parcours personnel à sa démarche artistique. Avec ses tableaux les plus connus, il cherche à peindre ses états d’âme. Pas facile quand on on évolue dans un milieu assez académique et qu’on est tiraillé par des tendances antinomiques.

Et pourtant, surprenante à souhait elle aussi, et totalement personnelle, la réponse que propose Jackson Pollock a constitué une des plus grandes innovations du XXème siècle en peinture.

Jackson Pollock Convergence (3,90m x 2,37m), 1952

Que n’a-t-on pas dit de ces immenses toiles multicolores ? Nombreux sont celles et ceux qui aujourd’hui encore les trouvent toujours insensées. Les toiles de Jackson Pollock, pourtant, sont pleines de sens car à un époque (le XXème siècle) où la photographie a supplanté la peinture dans sa fonction représentative, que peut-il rester à cette forme d’art, sinon la matérialisation de l’esprit ?

Aujourd’hui ce raisonnement semble assez évident, mais ce qui n’était pas le cas dans les années 1950. Jackson Pollock s’est prêté à un certain nombre de reportages dans lesquels il explique sa démarche.

Jackson Pollock by Hans Namuth (1950). Ce film est en anglais mais très facile d’accès.
Affiche du film Pollock d’Efd Harris (2000)

En 2000, l’acteur Ed Harris a consacré à l’artiste un film biographique aussi instructif que touchant, qui analyse en détails le cheminement qui a amené Jackson Pollock à proposer au monde une réponse unique.

Mais surtout, Jackson Pollock et ses toiles nous appellent à repenser nos états d’âmes ou, plus exactement, la manière dont nous pouvons les exprimer. Il est habituel de chercher à exprimer ses ressentis par les mots et d’ailleurs cette démarche a permis le romantisme, mais peut-on les exprimer par la peinture ? Peut-on aller au delà des mots ?

En réalisant des toiles insensées à première vue, Jackson Pollock a proposé une réponse mais surtout, il nous propose de faire un pas de côté et de considérer les choses autrement.

Les toiles de Jackson Pollock nous invitent à nous regarder autrement.

À demain, 21 heures

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