François Druel, PhD

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Académique

Dire classique c’est souvent penser musique classique, qu’on oppose généralement à musique populaire, avec parfois un brin de condescendance. Or cette distinction a quelque chose de perturbant car la notion de classique évolue au fil du temps.

Peut-être conviendrait-il de parler de musique académique en ne l’opposant plus à populaire mais à progressive, par exemple. Avec cette approche, on pourrait classer les Beatles dans la musique classique, ce qu’il sont devenus, presque soixante ans après leurs premiers succès. Autrefois rebelle, en effet, la musique des Beatles est aujourd’hui d’un conformisme absolu.

The Beatles, à l’époque de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band

En matière d’éducation on a longtemps opposé les études classiques (qu’on appelle aujourd’hui littéraires) aux études modernes (aujourd’hui scientifiques) alors qu’il peut être d’une grande modernité d’étudier les auteurs classiques et d’un conformisme absolu d’étudier les sciences. D’ailleurs, les universités ont d’ailleurs gardé cette approche en silos, séparant les étudiants de lettres et ceux de sciences, la culture d’un côté, le savoir de l’autre… tant et si bien qu’on finit par former ou bien des cultivés ignorants ou bien des sachants incultes !

Mais surtout, opposer classique et moderne permet de s’interroger sur l’académisme. Depuis l’antiquité, une académie rassemble des savants reconnus par leurs pairs. Bref, qu’il soit littéraire ou scientifique (et même médical), le savoir académique, c’est le savoir officiel, reconnu… fréquentable, en quelque sorte.

Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis

André Gide

Face à toute cette bien pensance académique, il est parfois utile de se souvenir de cette belle citation d’André Gide (par ailleurs prix Nobel de littérature, Gide n’étant jamais à un paradoxe près !) qui nous interroge sur la rapport entre conservatisme et progressisme. Le savoir académique, par sa nature même, est conservateur. Partant, comment peut-il nourrir le progrès ? Pour progresser faut-il commencer par s’approprier le savoir académique avant de mieux s’en détacher ?

« Du passé faisons table rase » chantent les révolutionnaires dans l’Internationale. Peut-être y a-t-il là une leçon plus profonde qu’il n’y parait !

L’Internationale en français

À demain, 21 heures

Résilience

Parmi les mots à la mode actuellement, résilience est certainement le champion ! Il y a encore dix-huit mois, c’était un obscur concept réservé aux amateurs de développement personnel mais le contexte sanitaire actuel a beaucoup changé les choses, tant et si bien que la résilience a envahit notre quotidien.

Édition originale du Tao de Pooh

Naturellement des spécialistes n’ont pas manqué d’apparaître et de courir les médias pour pontifier sur le sujet. Il faut reconnaitre que le concept n’est pas facile à aborder. Pourtant, dans Le Tao de Pooh, Benjamin Hoff propose une approche originale : présenter les principes du Tao en mettant en scène les personnages de Winnie l’ourson. La démarche est étonnante et le résultat aussi amusant qu’efficace. Paru en 1982, ce livre a été récemment retraduit et réédité en français. Bien entendu il est question de Tao mais pas seulement. Ce livre constitue également une excellente introduction au concept de résilience.

Pour aborder la résilience, il faut aussi s’attaquer à l’authenticité. Et c’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y parait car être authentique nous renvoie à nous-mêmes et à nos faux semblants. Être authentique ne consiste pas seulement à tomber le masque mais avant-tout à faire en sorte d’être en phase avec soi-même et, en quelque sorte, de sonner juste.

Mais surtout la résilience invite à nous ancrer dans le concret. La résilience ne s’explique pas, elle s’apprend un pas après l’autre et elle se pratique au quotidien. La résilience se cache dans les détails, somme toute.

Comprendre la résilience ne relève pas de l’éducation mais de l’apprentissage. S’approprier la résilience passe avant tout par le geste et donc par l’exemple.

Alors qu’elle traversait une mauvaise passe, Clémence a pris le taureau par les cornes. Avec beaucoup de pragmatisme, cette Maman économe a cherché des solutions pour s’en sortir.

Clémence a beaucoup d’énergie et prend la vie avec autant d’humour que de philosophie. Clémence nous invite à nous mettre en marche.

La résilience est un road movie sur les chemins de la vie.

À demain, 21 heures.

Circumnavigation

Depuis Magellan, partir autour du monde c’est partir à l’aventure. Après avoir été prétexte au développement du commerce (qui constituait la motivation première du projet de Magellan), et aux découvertes scientifiques (l’expédition de La Pérouse ou le deuxième voyage du Beagle restant des exemples célèbres parmi d’autres) faire le tour du Monde relève avant tout aujourd’hui de l’exploit sportif — le dernier Vendée Globe et ses diverses péripéties le démontrant une fois encore.

Un planisphère ancien

On l’oublie trop souvent, mais que seraient les échanges mondiaux sans tous les navires qui parcourent la terre en tous sens et par tous les temps ? Les marins de commerce ont leurs héros, du capitaine Haddock à Corto Maltese, naturellement. Et les marins ont les ports. Partout dans le monde, les ports sont des lieux particuliers et presque en déphasage d’un monde que, paradoxalement, ils connectent. Jacques Brel en a d’ailleurs fait une de ses plus belles chansons.

Amsterdam, par Jacques Brel (Olympia, 1966)
Joshua, le bateau de Bernard Moitessier

Mais surtout, le tour du monde incite au voyage et à l’évasion. En prenant un pari incensé Philéas Fogg, héros moderniste s’il en est courait — déjà — contre le temps.

La littérature de voyage compte également de nombreux récits d’anti-héros qui prennent leur temps. Joshua Slocum est le premier de cette série d’aventuriers des temps modernes, aux côtés Bernard Moitessier, qui d’ailleurs nomma son bateau en hommage à son prédécesseur.

Croquis de Damien

L’aventure de Gérard Janichon et Jérôme Poncet, Damien, est particulièrement touchante. Avec une grande économie de moyens et une volonté très affirmée, les deux protagonistes partent vers le nord et le froid pour une navigation qui, au total, durera presque quatre ans.

Il faudrait parler d’Antoine et de quelques autres… au delà de ces quelques exemples, tous les récits de voyages sont autant d’Odyssées fantastiques qui, en réalité, nous révèlent des aventuriers d’eux-mêmes dont les rêves nourrissent nos introspections.

En nous connectant au monde, les aventuriers nous connectent à nous-mêmes.

À demain, 21 heures

John Ludd

Alors que la Révolution industrielle permettait la mécanisation de l’artisanat, John Ludd, ouvrier de légende, tentait de se battre contre les machines, allant notamment jusqu’à exiger qu’on leur applique les mêmes horaires de travail qu’aux tisserands voire, allait jusqu’à détruire les machines.

John Ludd dans l’imaginaire collectif

Force est de constater que plus de deux cents cinquante ans après, les luddites existent toujours. Ils tentent maladroitement de lutter contre le progrès non pas tellement au motif que c’était mieux avant mais que la préservation du statu-quo serait une situation préférable.

Or, lorsqu’une innovation s’impose (de l’automobile à l’aspirateur en passant par le smartphone) rien ne peut la retenir. Et c’est précisément parce qu’elles ont des impacts majeurs que les innovations importantes deviennent des phénomènes de société.

Le chapitre consacré aux prométhéens et aux pastoralistes de l’essai Breaking smart de Venkatesh Rao résume parfaitement les choses pour le numérique mais il est tout à fait possible d’étendre l’analyse à d’autres domaines.

Prométhéens et pastoralistes

La résultante du conservatisme est connue. Ses partisans deviennent dogmatiques et finissent par être laminés par la vague de fond contre laquelle les piètres digues qu’ils tentaient de construire ne peuvent rien. C’est ce qui est arrivé à la tristement célèbre — et pour ainsi dire mort-née — Hadopi il y a quelques années.

Mais surtout, John Ludd et son mouvement nous interrogent sur le progrès et sur l’inexorable fuite du temps que, bien entendu, on ne saurait arrêter. Déjà dans sa fable Le chêne et le roseau Jean de Lafontaine vantait les mérites de l’adaptabilité. Plus près de nous, dans L’origine des espèces, Charles Darwin le démontrait scientifiquement. Dans le même esprit, E. Rogers analysait, quant à lui, la diffusion des innovations et démontrait, dans un ouvrage qui fait encore référence, que ce qui doit s’imposer finit toujours par l’être, s’imposant inéluctablement dans toute la société.

Cycle de diffusion de l’innovation, d’après Everett Rogers

Il est naturellement possible de faire des pas de côté, mais face à une innovation majeure (technologique ou sociétale), la question n’est pas tant de savoir si on va l’adopter, mais quand on l’adoptera.

À demain, 21 heures

Printemps

Hier nous parlions de cycles et, justement, aujourd’hui c’est le printemps ! Plus précisément, c’est l’équinoxe de printemps. Au delà de la définition astronomique du phénomène, il s’agit aussi — et peut-être même avant tout — d’un moment symbolique de l’année.

Pour nombre de croyances et de civilisations en effet, l’équinoxe de printemps est le prétexte à de nombreux et savant calculs qui permettent de fixer la date des fêtes mobiles. C’est le fameux comput de l’Église catholique (oui, oui, c’est bien ce mot qui a permis de forger le computer des anglo-saxons), mais c’est aussi la date de Norouz, le nouvel an persan et de bien d’autres encore. Sans compter les civilisations pré-colombiennes, trop souvent oubliées sous nos latitudes.

Le printemps, tableau de Sandro Botticelli

Plus prosaïquement, cette période de grandes marées et de grands vents a longtemps donné à nos grands mères le prétexte du fameux grand nettoyage : on ouvrait les fenêtres, on retournait les matelas et on vidait les placards pour y faire le tri avant de les ranger mieux. Le vent nouveau souffle partout !

C’est en cherchant à créer des paysages sonores que Jean-Michel Jarre a donné naissance à son deuxième album… Équinoxe (paru en 1978), qu’on pourra (ré) écouter avec plaisir, pour (re) découvrir les ambiances planantes d’une création qui a fait se lever le jour sur des musiques jusqu’alors inconnues et qui nous semblent presque banales aujourd’hui.

https://youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_kCr8MQoq8KCIboAp61hoX0wiIqC2W14yE
L’album Équinoxe de Jean-Michel Jarre

Mais surtout, le printemps est l’occasion de retrouver le sens de la joie. Les sentiments ont cela d’intéressant qu’ils ne se décrivent ou ne s’expliquent pas ; ils se ressentent. Plus que les autres formes d’expression artistique, la musique permet de transmettre des ressentis en faisant abstraction du vocabulaire.

Alors, bien entendu, l’oreille aussi s’éduque mais on pourra écouter Allegria (1982), le deuxième album des Gipsy Kings qui inonde les oreilles d’une joie communicative.

L’album Allegria, des Gipsy Kings

Le printemps nous invite à ressentir la joie simple et vraie du souffle de la nouveauté et nous donne de l’énergie pour aller vers la fin de l’année.

À demain, 21 heures.

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