Prévoir l’avenir, voilà bien une grande question ! Que sera demain ? Bien malin qui peut le dire et pourtant, nombreux sont celles et ceux qui s’y risquent.
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Il arrive que les mots changent de sens au fil du temps. Le mot impact, par exemple. Il n’y a pas si longtemps, cela permettait de qualifier l’effet positif d’un discours ou d’une action.
L’uberisation consiste à partir d’une feuille blanche pour repenser une activité qui ronronne en assemblant des composants numériques de façon créative. Cela permet de proposer un service modernisé tellement pratique qu’il s’impose en un éclair.
La gentillesse consiste à rendre service à quelqu’un qui vous le demande. Telle est la définition que propose le philosophe Emmanuel Jaffelin d’un concept dont on pourrait penser au premier abord, qu’il n’y a pas grand chose à en dire.
Emmanuel Jaffelin a publié plusieurs ouvrages sur le sujet et deux méritent qu’on s’y arrête : le Petit éloge de la gentillesse constitue bien entendu l’ouvrage de référence de l’auteur. Et on lira également avec intérêt sa Petite philosophie de l’entreprise, très utile pour vivre mieux avec ses collègues et donc travailler mieux au quotidien.


Au fil des années, Emmanuel Jaffelin a développé ce que les philosophes appellent une éthique de la gentillesse ; en clair un mode d’emploi. Tout l’intérêt de ses travaux tient au fait que la gentillesse telle qu’il la définit repose sur un rapport de réciprocité. Autrement dit, pour être gentil, il faut être deux. On est pas gentil tout seul.
Mais surtout, la gentillesse nous incite à la bienveillance, qu’on pourrait définir comme une gentillesse réciproque. À première vue, cela peut sembler idiot et même presque niais.
Et pourtant, avouons que cela simplifierait bien les choses en permettant en quelque sorte de vivre au premier degré. C’est-à-dire sans se faire de nœuds au cerveau, ce qui transforme la vie une grande partie d’échec ou de billard à trois bandes. Nous pourrions tous développer une sorte de gentillesse sociale, qui consisterait à s’ouvrir aux autres et à les accueillir sans arrière pensée. Cette démarche est à la portée de chacune et de chacun d’entre nous, car elle commence avec la personne qu’on a en face de soi.
Souvent les hommes se haïssent les uns les autres parce qu’ils ont peur les uns des autres ; ils ont peur parce qu’ils ne se connaissent pas.
Martin Luther King
Il se trouve qu’en France, la gentillesse sociale a un nom. Nous l’appelons fraternité. Et c’est tellement important qu’on en a fait une devise qui trône sur tous les frontons.
La République nous incite à nous accueillir les uns les autres pour construire ensemble un pays en commun.
À demain, 21 heures.
Depuis le Moyen-âge l’argent joue un rôle pacificateur : l’émergence de la bourgeoisie fut un des paramètres qui a permis la construction des pays en Europe. Quand on a du bien, on ne part pas en guerre, au risque de perdre le fruit de son travail.

Cette vision patrimoniale — ou bourgeoise — constitue une sorte de vision par défaut qui a été à son apogée avec la société de consommation des années 1990. Le triomphe de la middle class constituait la réalisation d’une société faisant de l’égalité un grand rêve collectif.

C’était un modèle simple, pour une société issue de la reconstruction et qui, après les privations de la guerre, s’était habituée à la croissance et à la puissance. Pour se rafraîchir la mémoire en matière d’histoire économique, on pourra lire Economix de Dan Burr et Michael Goodwin, un petit livre d’autant plus didactique qu’il s’agit d’une bande dessinée.
Dernière évolution en date : la prise en compte d’un paramètre qualitatif, nous faisant passer du consommer plus au consommer mieux. La logique purement économique est remplacée par une logique éthique. Plus éduqués et pendus à leurs smartphones, les consommateurs sont devenus responsables. On cherche à consommer mieux pour se réaliser soi-même.
Cette évolution permet l’émergence de la sobriété heureuse. Proposé par Pierre Rabhi, ce mouvement pose en réalité un regard aussi alternatif que constructif sur la société de consommation.
Mon verre n’est pas grand mais je bois dans mon verre.
Alfred de Musset
Mais surtout, la consommation de réalisation ne remplace pas les autres, elle cohabite avec les formes classiques de consommation. Pour reprendre l’expression d’Edgar Morin, on passe de l’analyse systémique à l’analyse de la complexité.

Dans un même mouvement, un consommateur peut tout à la fois acheter le moins cher des produits, vu comme une commodité et un produit durable ou éthique, tout simplement parce que cet autre domaine de la consommation est dans le champ de son besoin de réalisation.
On achète un iPhone pour stocker des milliers de photos, des nouilles premier prix et du beurre bio AOC. Il n’y a pas opposition mais complexité.
À demain, 21 heures.