François Druel, PhD

Catégorie : Politique

Vive les temps qui changent

BFACe week-end, les dirigeants français et allemands ont confirmé que l’armée allemande allait stationner en France. Ce n’est pas une première, mais c’est la première fois qu’elle le fait sans intentions belliqueuses. C’est la première fois en presque 10 siècles !

Et bien, ça me la coupe, tiens !

En 1914 (il y a moins de 100 ans), un de mes arrières grand-pères a été tué au champ d’honneur. Parce qu’il avait été tué par l’empereur Guillaume II, ma grand’mère paternelle demanda qu’aucun de ses petits-fils ne s’appelât Guillaume. Parce qu’il s’appelait Jean, un de mes frères porte ce prénom.

En 1939, mes deux grands-pères se sont battus contre les allemands. L’un d’eux a été fait prisonnier, puis s’est échappé. Ils ont souffert de l’Occupation et un de mes grands oncles a passé un certain temps au STO.

En 1993, j’ai moi-même servi en Allemagne pendant mon service militaire dans ce qu’on appelait encore les forces d’occupation. J’ai été stationné dans deux casernes allemandes…

Les forces allemandes (600 hommes, c’est à dire un régiment) appartiennent à la BFA, la Brigade Franco-Allemande. Pendant mon service, on la surnommait la « Brigade Farces et Attrapes » à cause du « bordel couvrez » qui régnait au sein de cette organisation aussi pittoresque que désorganisée. Evidemment ce n’est pas un contingent important, mais il stationnera dans une place symbolique : Illkirch, en Alsace.

Bref, il y a matière à controverse et pourtant je trouve cela très bien, très constructif. J’espère que c’est le signe avant-coureur d’une réelle intégration de la défense européenne. Nous en avons besoin.

En dépit des quelques événements que je viens de rappeler, mon service militaire a, paradoxalement, annihilé chez moi tout ressentiment à l’égard du peuple allemand. Je pensais dès ce temps là que l’intégration totale était inéluctable.

Mais surtout, ce geste symbolique doit être le premier d’une longue série qui permettra de donner à l’intégration européenne des formes tangibles, à l’image de l’Euro ou de la chute des frontières… en attendant la création de Régions autonomes fédérées à la Commission (j’ai déjà expliqué dans ce blog qu’on pourrait proposer cette forme politique à la Flandres ou au Pays Basque).

Quand je vois ces initiatives je suis heureux de voir la définition de Max Weber prendre tout son sens

‘avant…

Les réflexions sur l’identité me passionnent, ça tout le monde le sait. Or, cette semaine deux discussions ont mis ce sujet en lumière. A propos des plaques minéralogiques, d’une part, et de la Belgique, d’autre part.

Pompiers pyromanes

J’ai déjà dit que je trouvais idiot de rendre obligatoire sur les futures plaques d’immatriculation la présence d’un numéro de département et d’un logo de région mais surtout, quand on lit le texte proposé par le ministère de l’Intérieur, cela va permettre à chacun de, je cite : afficher ses racines (cf. le site du ministère). Alors, évidemment les imbéciles heureux qui ont obtenu cette mesure débile se complaisent dans la fange de leur esprit de clocher et font des gorges chaudes du retour de la fierté française…

Cependant, en ces temps où les minorités se font de plus en plus visibles, je suis sûr que certains français ne vont pas manquer de revendiquer des racines étrangères : peut-on indiquer 99 (qui, dans les numéros Insee et de Sécurité Sociale, indique une naissance à l’étranger) comme département à même d’afficher ses racines ? C’est le département de naissance de, entre autres, Valéry Giscard d’Estaing, Edouard Balladur, Carla Bruni, Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et tant d’autres. Peut-on faire apparaître le drapeau italien, polonais, tunisien ou camerounais pour afficher ses racines. Sous quel motif le ministère de l’intérieur refuserait-il à Carla Bruni l’affichage du drapeau italien sur sa plaque d’immatriculation ? Sous quel motif refuserait-on aux français nés à l’étranger d’afficher le drapeau du pays où ils ont leurs racines ? Le pays de leurs parents et de leurs grands parents. D’ailleurs, de nombreux français de naissance ont des racines à l’étranger, à commencer par Nicolas Sarkozy dont le père est hongrois…

Dans un billet précédent, je prédisais que les imbéciles heureux qui ont obtenu cette obligation idiote allaient se retrouver dans la situation de l’arroseur arrosé mais à bien y réfléchir, se sont en réalité des pompiers pyromanes. Ils soufflent sur les braises du communautarisme et vont embraser notre pays.

Le royaume d’Ubu

Tout à fait par hasard, j’ai pu échanger sur le forum du site Chef Simon avec une forumeuse de nationalité belge. Or, je ne sais plus de quoi on parle quand on évoque la Belgique.

Quand je m’en tiens aux faits, je vois une situation totalement ubuesque : la superficie de la Bretagne et la population de l’Ile de France mais 3 communautés linguistiques, 3 Régions (sans recoupements entre communautés et Régions), un district composé de 19 communes dont certaines sont francophones et d’autres néerlandophones, un système de communes « à facilités » totalement surréaliste (que le non belge qui comprend ne serait-ce que le début du commencement de quoi que ce soit à ce dossier me le dise ! ), des revendications de couloirs linguistiques permettant d’établir des continuités territoriales…

Sans compter un gouvernement fédéral inexistant dirigé ad interim depuis des mois par un néerlandophone d’origine wallone qui fredonne l’air de la Marseillaise quand on lui demande de chanter la Brabançonne…

Bref, je suis perdu !

Par dessus le marché, les velléités d’autonomie de la Flandre, communauté qui rassemble 60 % de la population du pays, qui sont réelles et pas dénuées de fondement.

Comme je suis perdu, dans un message sur le forum j’ai essayé de citer les noms des plats dans la langue de la région à laquelle ils appartiennent. Je n’ai aucune raison de privilégier une langue sur les autres, après tout, surtout quand c’est la langue de la majorité de la population.

Pour la petite histoire, la dernière fois que je suis allé à Brugge, j’ai dû m’adresser en anglais à un commerçant : bêtement, je pensais qu’on parlait encore français en « Belgique », mais apparemment on parle flamand en Flandres (ce qui, d’ailleurs, est très respectable).

Je crois que l’Europe entière est en train d’ignorer un problème grave avec un comportement exemplaire d’autruche. Dans d’autres régions du Monde, en s’appuyant sur le légitime droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ce genre de situation s’est transformé en poudrière…

Avoir son identité devant soi

Au travers de ces deux illustrations, se pose la question de l’identité. L’identité n’est pas un héritage mais une volonté. Elle se construit. On est ce qu’on veut devenir. Autrement dit, l’identité ce n’est pas d’où on vient mais où on veut aller. C’est une notion évolutive.

On ne peut pas construire la France en ignorant que 15 à 20 % de sa population a des racines en dehors de notre territoire actuel. On ne peut pas parler de pays sans sentiment national.

Lors d’un référendum resté célèbre, j’avais voté non. Je ne voulais pas d’un projet technocratique pour une structure européenne à la gouvernance incompréhensible. Un plan B existe, ambitieux et constructif : celui d’une Europe fédérale, qui serait conçue en partant de structures nouvelles. Il s’agit, en conscience, de faire table rase du passé, de remettre les compteurs à zéro pour projeter notre continent dans une structure nouvelle et ambitieuse. Un structure qui s’appuie sur des Régions autonomes adhérant à une fédération repensée.

Cela peut paraître utopique, mais après tout, les projets les plus utopiques sont aussi les plus porteurs d’espoir. Je ne doute pas que cela arrive un jour, mais ça va prendre du temps, beaucoup de temps…

Maronnier !

Chaque 1er mardi qui suit le 1er lundi de novembre de chaque année bissextile (US Constitution, art. 2), les Etats-Unis élisent des grands électeurs qui, nantis d’un mandat impératif, ont la charge d’élire le président de l’Etat fédéral. Sympathique marronnier, resté inchangé depuis 1776, par la magie d’une constitution assez surréaliste aujourd’hui.

Cette année, l’enjeu est de taille car il ne fait pas de doute que le président élu aura, par sa personnalité même, une influence sur la conjoncture mondiale. Le paysage est compliqué et le choix cornélien : le peuple des Etats-Unis va-t-il porter au pouvoir un retraité va-t-en guerre ou un gauchiste noir ? Bien malin qui pourra le dire !

Personnellement, j’espère une victoire d’Obama mais je crains une victoire de McCain…

Imbéciles heureux…

ImmatGeorges Brassens le chantait déjà en 1972, la vie serait plus agréable à vivre si elle était débarrassée des imbéciles heureux qui sont nés quelque part. L’actualité vient encore de nous le prouver : à cause du lobby de ces autruches, les nouvelles plaques d’immatriculation porteront donc un numéro de département ! Voilà bien quelque chose d’incongru autant qu’idiot.

Incongru car les départements sont voués à disparaître. Au regard de l’histoire de France (disons les 2000 dernières années), les départements sont une création récente, ils ont à peine plus de 200 ans. De plus, il ne faut pas oublier le double objectif de leur création : le maintien de l’ordre et la déstructuration de l’Ancien Régime : en établissant une nouvelle division administrative, les législateurs révolutionnaires souhaitaient pouvoir d’une part maintenir l’ordre et d’autre part faire oublier aux citoyens les anciennes Provinces.

Aujourd’hui, la France aurait intérêt à les supprimer et à ne pas les remplacer, ces foutus départements : les communes et les Régions, c’est bien suffisant. On pourrait même faire des régions autonomes et transfrontalières : la Flandres, Le Pays Basque, la Catalogne sont autant d’exemples qui permettraient de mettre en avant des pôles européens sous la gouvernance directe de Bruxelles, avec une représentation au parlement européen. Au lieu de nous bassiner avec des constructions absconses, voilà des projets ambitieux pour l’Union Européenne. Ce que nous devons faire, c’est rester dans l’esprit révolutionnaire et déstructurer une fois encore des constructions archaïques pour nous tourner vers l’avenir avec confiance.

Incongru car cela dénote que l’esprit de clocher n’est pas mort et que les 221 imbéciles heureux qui appartiennent au collectif de défense des départements sont plus attachés à leur petit confort électoral qu’à l’avenir de leur pays. Pas étonnant quand on sait qu’une grande majorité de ces réactionnaires représentent la France bouseuse, celle des petits villages tassés autour de l’église et du boeuf miroton… celle qui regarde l’avenir dans un rétroviseur.

De plus cette décision est idiote car elle va à l’encontre des réalités de la vie d’aujourd’hui. La vie économique d’abord. Les plaques seront attribuées aux véhicules et donc ne changeront pas. Je ris déjà à l’idée d’acheter une voiture d’occasion. En effet, les concessionnaires échangeant souvent les VO, il n’est pas rare de voir une occasion originaire d’Obernai vendue à Morlaix… et voilà un Breton affublé d’une plaque alsacienne. Amusant, n’est-ce pas ? Un cas est connu : la fameuse usine à VO de Citroën (la concession Félix Faure, sise dans le 15eme arrondissement de Paris) alimente la France entière en VO… et les campagnes seront donc couvertes de belles plaques 75 ! Et alors là, j’attends de voir la réaction des culs terreux de Saint Loup sur Semouse (70) quand ils verront arriver le gros Marcel dans une auto d’occasion immatriculée 75 ou 92. Rien qu’à l’idée des ragots que cela ne manquera pas de provoquer, je me marre déjà.

Je ne parle même pas de ce marseillais qui, par malchance, aura une belle plaque 75. Chauvinisme oblige, je suis certain que certains bas du front fosséens ne manqueront pas lui rappeler leurs rancoeurs à grands coups de batte de base-ball dans le pare-brise.

Idiot parce qu’en 2008 la mobilité géographique est une réalité : il est loin le temps où on naissait dans un village, on y grandissait, on s’y mariait et on y mourrait. Le phénomène est monnaie courante chez les étudiants qui, aidés par la réforme universitaire, passent leur bac à La Flèche (72), leur licence à Bordeaux (33) et leur Master à Lille (59), sans compter les échanges et autres programmes Erasmus… tout ça pour s’installer à Rennes puis déménager à Montpellier et que sais-je encore. Alors, quel numéro de département feront-ils apposer sur leur plaque ?

Idiot car cela va me poser un grand problème : si j’achète une auto en 2009, quel numéro vais-je y faire apposer ? 75, le département où j’habite aujourd’hui ? 49 le département où j’ai grandi ? 28, le département où je suis né ? 56, le département que je trouve joli ? Il serait tellement plus simple de ne rien mettre.

Ceci dit, il y a encore des raisons d’espérer : sur les 920 représentants des deux chambres, les membre du collectif passéiste et réactionnaire ne sont qu’une minorité de 221. Avec un peu de chance, un amendement supprimera l’obligation de référence au département. Et notre pays pourra se tourner vers l’avenir.

Auto-censure

Depuis des années (à vrai dire depuis une discussion avec JN alors qu’il travaillait encore chez Cofica), je suis persuadé que posséder une auto est la pire des choses à faire. L’idéal est de se passer de ce véhicule, la location (ponctuelle, de durée longue ou courte) constituant une solution optimale.

Pourtant, cette industrie a généré une éco-système auto-entretenu et qui perdure car il me semble très pernicieux.

  • Ses symboliques multiples en font un objet de désir ;
  • bien que connu comme polluant, on ne voit pas la pollution dans l’immédiat ;
  • un lobby particulièrement efficace a convaincu tous les peuples du monde entier qu’une auto est indispensable.

Partant, nombre de gens ont organisé leur vie autour de ce véhicule : habiter à la campagne, par exemple, implique d’avoir une auto. Ce phénomène est également observable en ce qui concerne le transport par poids lourds : imagine-t-on de travailler en flux tendu sans le recours au transport routier et aux messageries ?

Moi-même, par le passé, j’ai possédé et utilisé des autos. En dépit de leur caractère indéniablement pratique, le bilan de long terme me semble pourtant assez négatif : sur l’environnement, naturellement, mais également le bilan financier. Une auto est, dans un budget,  un puits sans fond. Par dessus le marché, c’est une source de soucis permanents : mécanique à entretenir (et crainte des pannes), problèmes de stationnement (et craintes pour l’état de la carrosserie), assurance, carburant etc.

Vivre sans auto semble être une gageure : à une époque où l’on ne semble pouvoir se passer d’auto, vivre en piéton intrigue et donne immanquablement une image d’homme préhistorique. Telle était la situation lorsque, en 2004, je me séparais de ma dernière voiture.

Il m’a fallu m’organiser, voir les choses autrement, envisager mon rapport aux déplacements sous un autre angle. Quand on a pris goût au transport individuel, utiliser les transports en commun paraît rustique et mal pratique. J’ai également découvert les joies de la location courte durée : des autos récentes, entretenues, propres et qui fonctionnent tout le temps. Que c’est confortable !

Le bilan est, de très loin, positif : mon budget s’est allégé, un grand nombre de soucis et de tracasseries m’ont abandonné et finalement la sérénité qui en résulte est plus qu’appréciable. La crise pétrolière que le Monde traverse actuellement renforce ces effets bénéfiques.

Si vous ne l’avez pas encore fait, il est temps d’étudier sérieusement un changement profond de mode de vie !

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