Les réflexions sur l’identité me passionnent, ça tout le monde le sait. Or, cette semaine deux discussions ont mis ce sujet en lumière. A propos des plaques minéralogiques, d’une part, et de la Belgique, d’autre part.
Pompiers pyromanes
J’ai déjà dit que je trouvais idiot de rendre obligatoire sur les futures plaques d’immatriculation la présence d’un numéro de département et d’un logo de région mais surtout, quand on lit le texte proposé par le ministère de l’Intérieur, cela va permettre à chacun de, je cite : afficher ses racines (cf. le site du ministère). Alors, évidemment les imbéciles heureux qui ont obtenu cette mesure débile se complaisent dans la fange de leur esprit de clocher et font des gorges chaudes du retour de la fierté française…
Cependant, en ces temps où les minorités se font de plus en plus visibles, je suis sûr que certains français ne vont pas manquer de revendiquer des racines étrangères : peut-on indiquer 99 (qui, dans les numéros Insee et de Sécurité Sociale, indique une naissance à l’étranger) comme département à même d’afficher ses racines ? C’est le département de naissance de, entre autres, Valéry Giscard d’Estaing, Edouard Balladur, Carla Bruni, Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et tant d’autres. Peut-on faire apparaître le drapeau italien, polonais, tunisien ou camerounais pour afficher ses racines. Sous quel motif le ministère de l’intérieur refuserait-il à Carla Bruni l’affichage du drapeau italien sur sa plaque d’immatriculation ? Sous quel motif refuserait-on aux français nés à l’étranger d’afficher le drapeau du pays où ils ont leurs racines ? Le pays de leurs parents et de leurs grands parents. D’ailleurs, de nombreux français de naissance ont des racines à l’étranger, à commencer par Nicolas Sarkozy dont le père est hongrois…
Dans un billet précédent, je prédisais que les imbéciles heureux qui ont obtenu cette obligation idiote allaient se retrouver dans la situation de l’arroseur arrosé mais à bien y réfléchir, se sont en réalité des pompiers pyromanes. Ils soufflent sur les braises du communautarisme et vont embraser notre pays.
Le royaume d’Ubu
Tout à fait par hasard, j’ai pu échanger sur le forum du site Chef Simon avec une forumeuse de nationalité belge. Or, je ne sais plus de quoi on parle quand on évoque la Belgique.
Quand je m’en tiens aux faits, je vois une situation totalement ubuesque : la superficie de la Bretagne et la population de l’Ile de France mais 3 communautés linguistiques, 3 Régions (sans recoupements entre communautés et Régions), un district composé de 19 communes dont certaines sont francophones et d’autres néerlandophones, un système de communes « à facilités » totalement surréaliste (que le non belge qui comprend ne serait-ce que le début du commencement de quoi que ce soit à ce dossier me le dise ! ), des revendications de couloirs linguistiques permettant d’établir des continuités territoriales…
Sans compter un gouvernement fédéral inexistant dirigé ad interim depuis des mois par un néerlandophone d’origine wallone qui fredonne l’air de la Marseillaise quand on lui demande de chanter la Brabançonne…
Bref, je suis perdu !
Par dessus le marché, les velléités d’autonomie de la Flandre, communauté qui rassemble 60 % de la population du pays, qui sont réelles et pas dénuées de fondement.
Comme je suis perdu, dans un message sur le forum j’ai essayé de citer les noms des plats dans la langue de la région à laquelle ils appartiennent. Je n’ai aucune raison de privilégier une langue sur les autres, après tout, surtout quand c’est la langue de la majorité de la population.
Pour la petite histoire, la dernière fois que je suis allé à Brugge, j’ai dû m’adresser en anglais à un commerçant : bêtement, je pensais qu’on parlait encore français en « Belgique », mais apparemment on parle flamand en Flandres (ce qui, d’ailleurs, est très respectable).
Je crois que l’Europe entière est en train d’ignorer un problème grave avec un comportement exemplaire d’autruche. Dans d’autres régions du Monde, en s’appuyant sur le légitime droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ce genre de situation s’est transformé en poudrière…
Avoir son identité devant soi
Au travers de ces deux illustrations, se pose la question de l’identité. L’identité n’est pas un héritage mais une volonté. Elle se construit. On est ce qu’on veut devenir. Autrement dit, l’identité ce n’est pas d’où on vient mais où on veut aller. C’est une notion évolutive.
On ne peut pas construire la France en ignorant que 15 à 20 % de sa population a des racines en dehors de notre territoire actuel. On ne peut pas parler de pays sans sentiment national.
Lors d’un référendum resté célèbre, j’avais voté non. Je ne voulais pas d’un projet technocratique pour une structure européenne à la gouvernance incompréhensible. Un plan B existe, ambitieux et constructif : celui d’une Europe fédérale, qui serait conçue en partant de structures nouvelles. Il s’agit, en conscience, de faire table rase du passé, de remettre les compteurs à zéro pour projeter notre continent dans une structure nouvelle et ambitieuse. Un structure qui s’appuie sur des Régions autonomes adhérant à une fédération repensée.
Cela peut paraître utopique, mais après tout, les projets les plus utopiques sont aussi les plus porteurs d’espoir. Je ne doute pas que cela arrive un jour, mais ça va prendre du temps, beaucoup de temps…