François Druel, PhD

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François Druel, PhD.
Consultant, enseignant, auteur
rédacteur de ce site

Bic

Qui ne connait pas le stylo Bic ? Qu’il soit Cristal ou Orange, le Bic est devenu l’icône même du stylo. Tout ou presque a été dit sur ce produit, sur l’idée géniale qui a consisté à le concevoir pour être jeté et sur le lobby — non moins génial — fait par la marque auprès des instituteurs pour en assurer durablement la promotion et le succès.

Concevoir l’innovation industrielle (CNRS Éditions, 2001)

Une innovation est une bonne idée, industrialisée, qui trouve un marché. Telle est la définition que propose Jacques Perrin (in Concevoir l’innovation industrielle, CNRS Éditions, 2001) et qui offre l’avantage de ne pas oublier que l’empilement de technologie ne suffit pas à faire un bon produit. Le stylo Bic offre à cette définition un exemple très parlant.

Les stylos Bic ne sont pas chers et pour autant ce sont des produits de qualité. Il suffit pour s’en convaincre d’utiliser des imitations encore moins chères. Les stylos Bic ne sont pas des produits low cost. C’est certainement une des raisons de leur succès.

Qu’il s’agisse de la démarche industrielle ou de l’approche commerciale, il y a dans le stylo Bic des leçons à prendre pour tous les entrepreneurs en mal d’innovation.

Marcel Bich

Mais le plus étonnant dans le stylo Bic reste encore Marcel Bich, le créateur de la marque. Industriel génial et commercial hors pair mais au parcours atypique, Marcel Bich n’a pas inventé le stylo qui a fait son succès. Il fait partie de ces héros invisibles qui resteront à jamais dans l’ombre de leur produit.

Alors que ses stylos ont marqué des générations, qu’il doit être frustrant de ne pas laisser de trace dans l’histoire. Et Dieu sait si Marcel Bich a essayé, allant jusqu’à financer — sans succès là non plus — de coûteuses campagnes à la conquête de l’America’s Cup, étant le premier français à y participer.

Qu’il s’agisse du stylo ou de l’industriel, il y a dans l’aventure Bic des leçons d’humilité. Faire des grandes choses et passer derrière ses réalisations, chercher en soi-même comment rectifier pour, finalement, arriver à trouver la résilience. Des leçons à méditer en confinement.

À demain, 21heures

Mare liberum

Au début du 17ème siècle alors que les explorateurs portugais, anglais et néerlandais se lançaient à la découverte du monde, une question faisait l’actualité : la haute mer est-elle libre ? La haute mer se situe au delà de la bande côtière, c’est la partie de la mer qui n’appartient à personne. Autrement dit, est-il possible de naviguer librement partout et sur toutes les mers ?

C’est pas sorcier consacré à l’activité maritime

Les anglais défendaient l’idée que les routes maritimes appartiennent à ceux qui les découvrent et qu’il est possible de faire payer des droits de passage à ceux qui les empruntent. En cela ils proposaient d’appliquer à la mer le bon vieux principe de l’octroi.

Grotius

Avec le livre De mare liberum (De la liberté des mers, 1609), le juriste Grotius démontrait tout l’intérêt du contraire. C’est ce principe qui a prévalu et qui, d’ailleurs, prévaut encore aujourd’hui. L’histoire a retenu que c’est ce qui a permis le développement des échanges commerciaux internationaux.

Au delà d’une discussion sur le rapport entre liberté et commerce, l’intérêt de la réflexion de Grotius est de proposer un droit nouveau et spécifique à un domaine d’activité lui-même nouveau et spécifique, favorisant ainsi l’émergence de ce qu’on appellerait aujourd’hui un écosystème.

Passer du contrôle de la rareté à l’organisation de l’abondance

Aujourd’hui il ne s’agit plus de transporter des marchandises sur les mers mais de diffuser des contenus sur les réseaux. Depuis des années les professionnels de l’industrie culturelle et des médias tentent de transposer les règles de l’ancienne économie à la nouvelle. Or, sur les réseaux, à l’heure où copier un fichier est simple comme un clic, il ne s’agir plus de contrôler la diffusion de biens ou de contenus, mais, au contraire, d’organiser leur abondance.

C’est ce qu’on compris les géants du web et c’est précisément ce qui fait leur force. Google — par exemple — en indexant le maximum de contenus, ne fait que renforcer l’intérêt de son moteur de recherche.

Les géants du web ne sont pas là pour contrôler ce que nous faisons mais pour nous permettre d’en faire toujours plus.

À demain, 21 heures

(re)Lire la presse

À L’heure des réseaux sociaux et des médias en continu, lire la presse peut sembler anachronique. Imprimés en grand format sur du papier qui salit les mains, les journaux ne sont que quotidiens et donc forcément jamais à la page. Mais quand on les compare aux deux cents caractères des tweets ou aux légendes des photos sur Snapchat, les journaux permettent de prendre de la hauteur et de creuser les sujets.

D’ailleurs il s’agit d’une évolution intéressante, quand on sait qu’il y a moins de trente ans la presse quotidienne était vue comme un support assez superficiel, ne permettant que de rendre compte que des événements, l’analyse en profondeur étant le domaine réservé du livre. C’était quand pour un journal, le destin final consistait à emballer du poisson.

En devenant électronique et donc continue, la communication ne nous a pas libérés que de la contrainte du temps, elle nous a également libérés de la contrainte d’espace. Sur un blog ou sur un site web, on peut écrire en faisant abstraction de la notion de page et même de volume. La page web nous fait revenir au temps du rouleau de parchemin ou de papier, comme celui qu’utilisa Jack Kerouac pour écrire son fameux Sur la route (1957). La page web permet de se répandre et de déborder à l’envi.

Manuscrit de Sur la route de Jack Kerouac

Parce que dans un journal la place est comptée, il faut choisir. C’est le métier du rédacteur en chef qui doit en permanence peser le pour et le contre pour définir la ligne éditoriale de son journal. C’est aussi le métier du journaliste qui doit respecter la contrainte de volume s’il veut voir son papier publié. À l’heure de la surabondance d’informations, il s’agit de vraies prouesses.

Choisissez un journal et n’en lisez qu’un mais lisez-le en entier tous les jours

Raymond Aron

Techniquement, il est possible de s’informer soi-même en temps réel mais comme personne n’y arrive réellement, on s’en remet en réalité aux algorithmes affinitaires des réseaux sociaux dont la finalité est publicitaire, ce qui biaise forcément les choses.

C’est ici que le conseil que Raymond Aron donnait à ses étudiants prend tout son sens. Lire la presse ne permet pas seulement de s’informer de manière pratique (avec l’habitude, lire un journal peut se faire assez rapidement, surtout en PDF), c’est aussi — et surtout — une façon de se laisser surprendre par les choix de la rédaction. Une façon de se poser des questions.

En un mot une façon de réfléchir. Et donc une façon de s’occuper utilement en confinement.

À demain, 21 heures

Mc Donald’s

Il est de bon ton, en France, de dénigrer McDonald’s au nom de la malbouffe ou de l’esprit revanchard, de la mondialisation, du grand capital ou que sais-je encore. Et pourtant, qu’on ait raison ou qu’on ait tord, cette entreprise mérite qu’on s’y arrête car elle est de celles qui modèlent notre époque, comme un sculpteur modèle de la terre glaise.

Tout comme aller au cinéma a marqué la génération du baby boom, aller au McDo est une expérience qui a forgé la culture d’une génération. Ce type d’expérience transcende les classes sociales ou les localisations géographiques. Cela créée ce que les philosophes appellent des archétypes, sortes de référents culturels qui permettent à ceux qui savent de se comprendre au delà des mots.

Les archétypes ont cela d’intéressant qu’ils sont inexplicables. Aller au McDo : ou bien cela vous parle et il n’est pas nécessaire de vous l’expliquer puisque vous savez ; ou bien cela ne vous parle pas et il est inutile de tenter la moindre explication, vous ne pouvez pas comprendre. Pas facile dans ces conditions d’établir le dialogue entre générations… thème dont Maxime Le Forestier a fait une très jolie chanson.

Maxime Le Forestier, Dialogue, en concert à Bobino, 1982
Le McBaguette

À moins naturellement, qu’on arrive à trouver un métissage, c’est-à-dire un compromis. En matière de gastronomie, comme ailleurs, on ne coupe pas la poire en deux, on invente une solution médiane : les chefs étoilés cuisinent de snobs burgers à la française et McDonald’s inonde le marché de McBaguette. La vérité — si tant est qu’il y en ait une — n’est ni dans l’un ni dans l’autre mais dans la démarche qui a permis aux deux de voir le jour.

Le métissage est l’avenir des générations qui, l’une après l’autre, inventeront ainsi leur culture propre. Ce ne sera ni mieux ni moins bien, mais juste le reflet du temps présent à ce moment là.

À demain, 21heures.

Hérétique

L’Hérétique est le bateau qu’Alain Bombard a utilisé en 1952 pour traverser l’Atlantique, ce qui, à l’époque, a constitué une véritable provocation. Le nom de son bateau symbolisait à lui seul tout le projet de Bombard : ramer à contre-courant — littéralement — pour faire surgir sa vérité à la face du monde.

Naufragé volontaire, 1953

En démontrant qu’on pouvait survivre à un naufrage, Alain Bombard a révolutionné le sauvetage en mer et a contribué au développement des loisirs nautiques. Alain Bombard a raconté cette aventure dans un livre paru en 1953, Naufragé volontaire.

Or, ce qui est hérétique dans cette aventure, ce n’est pas tant l’exploit que la méthode. La vérité, en effet, est le fruit d’un consensus. Ce qui est vrai est reconnu comme tel par le plus grand nombre. Ou, pour le dire de manière plus algorithmique, quelque chose est vrai tant que la majorité s’accorde sur ce point. Avec une telle définition, ce qui est vrai ici et maintenant (hic et nunc, comme disent les latinistes) peut naturellement changer. Et si Alain Bombard a tant marqué les esprits c’est parce, justement, il a réussi seul contre l’avis de tous.

La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes

Winston Churchill

C’est aussi parce qu’elle manifeste un consensus que la démocratie peut être vue comme une vérité et d’une certaine manière, la démocratie peut également être vue comme un optimum à un moment donné. Il ne s’agit pas, cependant, de savoir si ce système politique est bon ou pas, comme le dit Churchill mais de se dire que le vote entérine un consensus. L’élu désigné par un vote n’est ni le meilleur ni le pire, c’est juste celui qui a su cristalliser un consensus à un moment donné.

Le consensus n’est pas — et de loin — la méthode de gouvernance la plus efficace. Il y a dans le consensus un petit côté esthétique. Le consensus est une solution satisfaisante pour l’esprit.

De la même façon, les hérétiques sont des esthètes de la démonstration. Ils n’y arrivent pas souvent, mais quand ils y arrivent ça a de la gueule et c’est ce qui les rend fascinants.

À demain, 21 heures

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