François Druel, PhD

Auteur/autrice : François Page 9 of 39

François Druel, PhD.
Consultant, enseignant, auteur
rédacteur de ce site

Nouveau

Parmi les arguments publicitaires, nouveau est certainement le plus le plus utilisé. Nouveau est une sorte de panacée universelle de la communication. Plus largement, quand une marque n’a rien à dire, elle peut toujours en appeler à la nouveauté. L’attrait et le pouvoir de la nouveauté sur les consommateurs est proprement fascinant. Dans les années 1970, Coluche en avait fait un sketch d’une incroyable drôlerie.

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Dans le même ordre d’idée, quand on demandait à Enzo Ferrari quelle était sa meilleure voiture, il répondait du tac au tac : la prochaine. Nouveau est un des moteurs de la société de consommation.

La nouveauté questionne notre rapport au progrès, naturellement. Mais surtout, la nouveauté interroge notre confiance. Confiance dans le monde qui nous entoure et, bien entendu, confiance en nous-mêmes. Pour se lancer dans quelque chose de nouveau, il ne faut pas trop se poser de questions et il faut accepter de partir — au moins un peu — à l’aventure ; il faut être suffisamment sûr de son coup.

Un taxi pour Toubrouk (1961), film de Denys de la Patellière
Michel Serres, philosophe Montreuil, 2014 Crédit photo : Bruno LEVY/CHALLENGES-REA

Est-ce que ce sera mieux pour autant ? Cette question amène une réflexion sur l’optimisme, qui va de pair avec la confiance et qui en quelque sorte, créée un cercle vertueux. C’est d’ailleurs ce que démontre le philosophe Michel Serres dans un petit livre qui est aussi profond qu’agréable à lire : C’était mieux avant (Le Pommier, 2017). En proposant une suite à Petite poucette (Le Pommier, 2012), Michel Serres construit une véritable éthique de l’optimisme.

Quand on manque de confiance ou qu’on se pose des questions, on fini par en appeler à la nostalgie. La nostalgie est comme ce vieux pull usé qu’on garde au fond d’un placard. Il nous rappelle des bons souvenirs. Pourtant quand on l’enfile on ose pas sortir en se disant ce n’est quand même pas possible.

Alors que la période de confinement nous pousse à l’introspection et à la réflexion, il faut rester optimistes. Aujourd’hui est mieux qu’hier et demain sera mieux qu’aujourd’hui.

À demain, 21 heures

Numérique

Après avoir parlé d’informatique, puis de digital, le terme consacré aujourd’hui est numérique. Toute la question est de savoir qu’il désigne ! Le numérique, comme ses prédécesseurs, est un concept assez vague, en réalité, qui va des services en ligne aux voitures intelligentes, et de la téléphonie mobile à la maison connectée (ne surtout plus dire domotique !), sans parler de l’intelligence artificielle ou du mouvement des makers.

Maurits Cornelis Escher, Montée et descente (1960)

Parce que son histoire est assez récente (les premiers ordinateurs dignes de ce nom ont moins de soixante-dix ans) et parce que sa progression a été fulgurante, le numérique donne l’impression d’être une sorte de génération spontanée perpétuelle : il se passe toujours quelque chose de nouveau et ce qui était à la mode hier est totalement dépassé aujourd’hui.

Le numérique a son propre vocabulaire, ses pratiques propres, ses méthodes propres. Le numérique a créé une véritable culture avec ses référents, ses blagues, son histoire. Et parce que le numérique s’est immiscé partout où il pouvait, il a aujourd’hui envahit nos vies. Sans surprise, le numérique a construit un écosystème avec ses héros et ses anti-héros, ses géants et ses stars déchues.

Boite de Télécran

Ce qui frappe avec le numérique c’est qu’il est finalement assez peu conceptuel. Le numérique ne demande pas une grande capacité d’abstraction : le numérique est une invitation à l’apprentissage en mode essais-erreurs. Manipuler du logiciel, c’est un peu comme jouer avec le Télécran de notre enfance. Si on est pas satisfait, on efface et on recommence. Pour les français que nous sommes, habitués à l’abstraction, il n’est pas toujours facile d’y comprendre quelque chose.

Breaking Smart

En 2016, Venkatesh Rao, a publié sous le titre Breaking smart, une série de dix-sept articles consacrés au numérique. Avec une approche très littéraire et très conceptuelle, Breaking smart offre — enfin — une explication à la fois poétique et rationnelle du numérique. Et la bonne nouvelle c’est que ce texte clairvoyant est traduit en français.

Prendre de la hauteur, réfléchir, envisager, imaginer et comprendre. Exactement de quoi s’occuper utilement en confinement.

À demain, 21 heures

Diversité

Qu’il s’agisse de biotope ou de culture ; de politique ou d’orientations sexuelles, la diversité semble s’être immiscée partout. Elle est devenue une sorte d’argument marketing incarnant un besoin de reconnaissance. Revendiquer la diversité permet d’exister par soi-même et de se distinguer de la masse.

Or, pris dans cette acception, le terme diversité change de sens. Il devient altérité, c’est-à-dire non pas ce qui est différent mais ce qui est d’une autre identité.

En quelques lignes on découvre tous les trésors du vocabulaire. Et pour joindre le geste à la réflexion, on pourra aller parcourir le Trésor de la langue française informatisé , créé il y a des années par une équipe de recherche de l’université de Lorraine. Bien entendu, il n’est pas forcément au goût du jour… et alors ? Après tout, c’est aussi l’occasion de s’apercevoir que le sens même des mots change avec le temps. Et et c’est là un point crucial : les mots sont des organismes vivants.

Quand on parle vocabulaire, la grammaire n’est jamais loin… on peut alors sortir le fameux Bon usage de Maurice Grévisse. D’aspect imposant, cette véritable institution est pourtant d’un abord assez facile.

Naturellement, on ne lit ni le Grévisse ni le dictionnaire comme des romans (quoique), mais leur lecture fait du bien. En enrichissant son vocabulaire et sa grammaire on ne fait pas que se cultiver, en réalité on enrichit son esprit car, comme les linguistes l’ont démontré, on pense avec des mots et pas l’inverse.

C’est pourquoi le sens des mots est important. C’est à la fois le début de l’éducation politique et du marketing. C’est d’ailleurs ce que démontre Franck Lepage avec maestria.

Franck Lepage : on pense avec des mots

Franck Lepage a le mérite d’être un marxiste sincère. Cela permet de ne pas avoir de doute sur ses prises de positions. Pour autant, ses démonstrations ne manquent ni d’à-propos ni même de sens, au contraire. Il faut écouter Franck Lepage, même — voire surtout — quand on est pas marxiste.

Celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit

Antoine de Saint Exupéry

La diversité n’est pas seulement une revendication, c’est aussi — voire surtout — une pratique quotidienne, qui permet de croiser les sources et les points de vue. Une pratique qui permet de s’enrichir.

Et c’est en cela qu’il faut se méfier des réseaux sociaux. En effet, parce que se sont avant tout des supports publicitaires, les réseaux sociaux utilisent des algorithmes affinitaires. Et cette optimisation a créé un biais bien connu : cela amoindrit la diversité de points de vues. Tant et si bien qu’arrive un moment où on se retrouve dans une sorte de bulle informationnelle.

À l’heure des réseaux sociaux, la diversité informationnelle est une nécessité vitale.

À demain, 21 heures.

Le bois

Même mort, le bois est une matière vivante. D’ailleurs il arrive aux portes et aux meubles en bois de jouer, au gré des saisons. Et pour faire durer le bois dans le temps, il faut le nourrir. Le bois est une matière fascinante. Depuis la nuit des temps l’homme entretien, cultive et utilise le bois. Pour se chauffer, pour se loger et pour s’équiper.

On peut classer le bois parmi ces objets inanimés dont Lamartine se demande s’ils n’auraient pas une âme (dans le très long poème Milly ou la terre natale). Le bois est à la fois un symbole de vie et un symbole de mort. Jusqu’en 1981, les bois de justice désignaient en effet la guillotine.

La fin de tout, tapisserie de Jean Lurçat

Selon les âges et les cultures, on attribue au bois des symboliques en tous genres, en jouant sur les différentes essences . L’olivier en particulier car il a joué un rôle important dans l’histoire de l’humanité. Dans son Chant du Monde, c’est par une branche cassée que Jean Lurçat symbolise la fin de tout.

Les racines des arbres visitent l’intérieur de la terre et leurs cimes tendent vers la voute étoilée du ciel. On peut donc voir les arbres comme un lien entre l’infiniment profond et l’infiniment élevé. En quelque sorte, le bois est un morceau d’infini.

L’arbre tordu vivra toute sa vie, l’arbre droit finit en planches

Proverbe japonais

En parlant de bois, ce proverbe japonais parle naturellement de nous-mêmes et nous incite à non pas tellement à choisir mais à peser chaque argument car pourquoi ne pas avoir un destin de planche ? Après tout, être une planche de salut peut constituer un destin enviable, non ?

En réalité, le bois nous incite à réfléchir sur la nature même des choses. De quel bois sommes-nous faits ? De quel bois nous chauffons-nous ?

Des questions à méditer auprès d’un bon feu de bois…

À demain, 21 heures

Pléiade

Depuis presque cent ans, la Bibliothèque de la Pléiade représente une consécration pour les auteurs et une référence pour les lecteurs ; bref, une certaine idée du livre et, plus largement de la culture. Composée de presque huit cents titres, cette collection est aujourd’hui devenue une institution.

Baudelaire, le premier Pléiade

Ces beaux livres sont ce que, techniquement, les professionnels de l’édition appellent des livres de statut, dont la définition est amusante : si vous en avez un, c’est qu’on vous l’a certainement offert et si vous en achetez un, c’est certainement pour l’offrir. En réalité des livres qu’on ne lit que rarement… et c’est dommage car Gallimard, qui en est l’éditeur, apporte un grand soin à la conception, l’édition et la fabrication de ces ouvrages. Lire un Pléiade est un plaisir total : pour l’esprit, bien entendu, et aussi pour les sens car ces livres sont beaux, sentent bon et les pages sont agréables au toucher.

Des Livres de poche

La Bibliothèque de la Pléiade est, en quelque sorte, la haute couture du livre. À l’heure où l’information est omni-présente et diffusée sur tout ce que la planète compte de réseaux électroniques en tous genre, il y a certainement là une piste de réflexion. Alors que les tablettes et les liseuses sont partout, le livre de poche a-t-il encore un sens ? Et plus largement, le livre ne pourrait-il être la haute couture de l’édition ?

Quand on pense au livre, ce qui vient immédiatement à l’esprit est la question du fond, ou du signifié comme disent les linguistes. Parce qu’il rend tout contenu fluide, le numérique impose de s’attaquer à la question de la forme. Bref, le livre ne devrait-il pas, lui aussi se poser la question de sa nature même ?

Après tout, dans d’autres domaines, c’est avec une approche par le haut que certaines activités ont tiré leur épingle du jeu. Les bouchers indépendants, par exemple, laissent la viande bas de gamme aux supermarchés et se concentrent sur les viandes de race.

Idem pour les boulangers de quartier qui ne vendent plus de baguette toute simple depuis longtemps. Ce pain qui colle aux dents et qui alourdi la digestion est aujourd’hui uniquement industriel. Les boulangers vendent du pain de tradition française, fait de façon artisanale avec des farines de qualité. Plus largement, dans les professions alimentaires le terroir est une véritable bouée de sauvetage.

Lire n’est pas seulement apprendre ou se cultiver ou même rêver. Lire c’est d’abord penser, laisser son esprit vagabonder. Lire est l’école buissonnière de l’imagination. Et pour cela le fond et la forme doivent se répondre et se compléter. Sauver le livre commence peut-être par une remise en question de sa nature même.

À demain, 21 heures.

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