François Druel, PhD

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François Druel, PhD.
Consultant, enseignant, auteur
rédacteur de ce site

Mesurer

Derrière le mètre, se cache une démarche très profonde et très structurante. Une démarche que seule la Révolution pouvait mener à bien. Au delà de ses aspects historiques et politiques, en effet, la Révolution propageait également une volonté de tout changer. De ce point de vue, la Révolution constitue un virage à cent quatre-vingts degrés par rapport au système pluri-centenaire qu’elle entendait remplacer.

La Révolution a changé l’organisation administrative de notre pays, l’a doté de Lois nouvelles, a proposé un calendrier nouveau et nombreuses autres innovations. La Révolution portait également un projet de modernisation de la société dont fait partie le système de poids et mesures comportant le mètre. Ce système a beaucoup évolué au fil du temps mais nous l’utilisons encore aujourd’hui.

Un des fameux mètre étalon par Chalgrin. Celui-ci est situé 36 rue de Vaugirard à Paris.

Évidemment, en 2020, cela peut sembler étonnant ou saugrenu mais remis dans le contexte de la fin du XVIIIème siècle, cette démarche était très innovante. Disposer d’un système unifié sur tout le territoire a permis le développement du commerce (comme ce fut le cas de la liberté de navigation en haute mer) et a contribué à l’unification de la République.

La confiance n’exclue pas le contrôle

aphorisme bien connu des auditeurs financiers.

Au milieu du XIXème siècle, en s’appuyant sur le nouveau système de mesure, Félix Potin révolutionne le commerce en proposant des quantités mesurées et des prix marqués. Qu’on y pense : sans système de mesure, le commerce — et plus largement la société de consommation — devient compliqué à souhait.

Mais surtout, le mètre est aussi pour chacune et chacun d’entre nous une invitation à évaluer et mesurer. L’objectif n’est pas tant de ranger nos vies dans des cases de feuilles de calcul, mais de chercher à séparer le bon grain de l’ivraie.

Au delà de l’optimisation financière, mesurer permet de se mettre sur le chemin de ce que Pierre Rabhi appelle la sobriété heureuse. Il ne s’agit pas tant de retourner à la terre que de se dépouiller du superflu et de se concentrer sur l’essentiel.

Mesurer constitue le premier pas sur le chemin du bonheur.

À demain, 21 heures.

Pollock

Jackson Pollock est un artiste surprenant. Et tout chez lui est surprenant, de son parcours personnel à sa démarche artistique. Avec ses tableaux les plus connus, il cherche à peindre ses états d’âme. Pas facile quand on on évolue dans un milieu assez académique et qu’on est tiraillé par des tendances antinomiques.

Et pourtant, surprenante à souhait elle aussi, et totalement personnelle, la réponse que propose Jackson Pollock a constitué une des plus grandes innovations du XXème siècle en peinture.

Jackson Pollock Convergence (3,90m x 2,37m), 1952

Que n’a-t-on pas dit de ces immenses toiles multicolores ? Nombreux sont celles et ceux qui aujourd’hui encore les trouvent toujours insensées. Les toiles de Jackson Pollock, pourtant, sont pleines de sens car à un époque (le XXème siècle) où la photographie a supplanté la peinture dans sa fonction représentative, que peut-il rester à cette forme d’art, sinon la matérialisation de l’esprit ?

Aujourd’hui ce raisonnement semble assez évident, mais ce qui n’était pas le cas dans les années 1950. Jackson Pollock s’est prêté à un certain nombre de reportages dans lesquels il explique sa démarche.

Jackson Pollock by Hans Namuth (1950). Ce film est en anglais mais très facile d’accès.
Affiche du film Pollock d’Efd Harris (2000)

En 2000, l’acteur Ed Harris a consacré à l’artiste un film biographique aussi instructif que touchant, qui analyse en détails le cheminement qui a amené Jackson Pollock à proposer au monde une réponse unique.

Mais surtout, Jackson Pollock et ses toiles nous appellent à repenser nos états d’âmes ou, plus exactement, la manière dont nous pouvons les exprimer. Il est habituel de chercher à exprimer ses ressentis par les mots et d’ailleurs cette démarche a permis le romantisme, mais peut-on les exprimer par la peinture ? Peut-on aller au delà des mots ?

En réalisant des toiles insensées à première vue, Jackson Pollock a proposé une réponse mais surtout, il nous propose de faire un pas de côté et de considérer les choses autrement.

Les toiles de Jackson Pollock nous invitent à nous regarder autrement.

À demain, 21 heures

Rire

Qu’il s’agisse de rire ou d’humour, le sujet a passionné les philosophes depuis des millénaires. Henri Bergson, y a consacré un ouvrage magistral et, finalement, le rire constitue un des personnages centraux du Nom de la rose dont Jean-Jacques Annaud a fait un film resté célèbre.

Si le sujet fascine tant, c’est certainement parce qu’il s’agit d’une de ces composantes qui font le propre de l’homme (selon le bon mot de Rabelais).

Le rire a également cette caractéristique d’être à la fois totalement intraduisible ou totalement universel selon la forme qu’il prend. C’est ce qui lui donne une dimension unique qui permet de transcender les cultures et les époques. En cela, le rire rassemble.

Rire est le plus court chemin d’un homme à un autre

Georges Wolinski

Mais surtout, le rire permet de relativiser les choses et les situations. Un peu comme on donne un coup de pied dans un téléviseur avec l’espoir que cela améliorera la réception, l’humour nous permet de remettre les choses à leur place. Un bon mot ou un trait d’esprit, quelque soit la forme qu’ils prennent, peuvent se révéler salvateur.

C’est exactement ce que font les Goguettes en trio (mais à quatre) dans cette chanson parodique qui pousse l’humour jusqu’à détourner une chanson qui, en sont temps, été interdite d’antenne car jugée trop séditieuse.

Prenons quelques minutes pour rire, cela nous aidera à porter le fardeau des réalités.

À demain, 21 heures

Silence

Un fameux proverbe chinois affirme qu’il faut trois ans pour apprendre à parler et une vie pour apprendre à se taire. En quelques mots, tout est dit : le silence s’apprend. Le silence n’est pas une absence ou un vide mais un espace à habiter et un outil à maîtriser.

Quand le monde est bruit et mouvement, le silence est un apaisement qui incite à la réflexion et à l’introspection. Quelque soit la forme qu’on lui donne, c’est pour cela que la méditation se fait en silence. Ici le silence est un outil de vérité car rechercher l’apaisement et la sérénité, c’est en quelque sorte chercher à être vrai avec soi même.

Vue de la planète mars

Le silence peut aussi se faire contemplation. Ici le silence devient matière première, en quelque sorte. Contempler en silence, ce n’est pas rester passif. C’est s’ouvrir à a beauté.

La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence.

Miles Davis

Le philosophe Emmanuel Kant a démontré (dans l’analytique du beau) que ce qui est beau procure une satisfaction désintéressée. Pas la peine de s’extasier, ce qui est beau se suffit à lui même. Et Miles Davis ne dit pas autre chose. Le silence contribue à donner à ce qui est beau une dimension d’universalité.

Mais surtout, le silence nous apprend la sobriété. Il y a des silences qui en disent plus que des longs discours. Garder le silence et s’exprimer en peu de mots, avec sobriété, permet bien souvent de donner plus de poids au message qu’on fait passer. Le silence devient une énergie qui permet de rayonner.

Dans un monde d’abondance et de futilité, garder le silence permet de se concentrer sur l’essentiel et de se suffire à soi même, en quelque sorte. Cet appel au dépouillement est en réalité une véritable discipline.

Le silence est un appel à transcender la réalité. Le silence est un appel à se dépasser soi même.

À demain, 21 heures

Nostalgie

C’était mieux avant… combien de fois n’avons nous pas entendu ce poncif de la philosophie de comptoir. Cette réflexion, en effet, est un vrai mouvement perpétuel : à l’heure des zazous, c’était mieux du temps des années folles, à l’heure des hippies, c’était mieux sous l’Occup’. Quand le rap faisait son apparition, certains regrettaient le bon vieux rock des années 1960… et encore aujourd’hui, certains pensent que c’était mieux dans les années 1980. Bref, c’était toujours mieux avant.

Était-ce vraiment mieux avant ?

Quand tout semble s’effondrer sous nos pieds, la nostalgie est une tentation facile. Un peu comme le sucre adoucit le café, la nostalgie se rappelle à nous dans les moments de petite forme. Et cet état d’esprit prend parfois une dimension fractale. La nostalgie envahit alors la société… et la mode est alors au néo-rétro car en réalité, la nostalgie est une plus une inspiration qu’un réel — et impossible — retour en arrière.

D’ailleurs la nostalgie envahit aussi parfois la politique. À l’heure des auto-entrepreneurs et de l’uberisation du travail, certains se souviennent avec nostalgie du bon vieux temps de la lutte des classes. On est souvent tenté d’opposer nostalgie et optimisme. Face au temps qui passe, inexorablement, on manque parfois d’énergie. C’est d’ailleurs ce que fait Michel Serres dans C’était mieux avant (Le Pommier, 2017).

Meux ? Vraiment ?

Mais il s’agit d’une vision finalement assez réductrice car si la nostalgie permet de mieux accepter l’imparable fuite du temps, elle constitue avant tout un appel à l’introspection. Qu’est-ce que ce bon souvenir nous rappelle ? Qu’est-ce que cette recette de grand’mère faire remonter à notre esprit ? Bien souvent la nostalgie adresse une ambiance ou une époque. En quoi cela permet-il de nourrir le présent ? Nous vivons au présent et nous tendons vers l’avenir mais, pour autant, il ne faut pas oublier que nous venons du passé.

C’est certainement pour cela que la nostalgie se rappelle parfois à notre bon souvenir. La nostalgie est une énergie douce, pour mieux se propulser dans l’avenir

À demain, 21 heures

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