François Druel, PhD

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Simplicité

Tout a été dit, ou presque, sur la simplicité et la difficulté de faire simple. De la petite robe noire de Chanel à l’iMac de Steve Jobs, dans la vie des affaires, la simplicité a tout de la quadrature du cercle. Ne garder que l’essence même de ce qu’on cherche à faire passer, est un défi incroyable.

Henri Bergson

Du point de psychologique également, il est difficile de faire simple et nombre d’entre nous se font souvent des nœuds au cerveau pour pas grand chose, quand il suffit généralement prendre un peu de hauteur ou de parler, de poser sa pensée par la parole, comme disent les spécialistes. Là encore les ouvrages et les réflexions pullulent, à commencer le fameux Essai sur les données immédiates de la conscience d’Henri Bergson.

Souvent, cependant, les plaisirs les meilleur sont également les plus simples et il est parfois nécessaire de ne pas trop se poser de questions, de ne pas trop penser, en quelque sorte. Et c’est exactement ce qui m’est arrivé quand un de mes amis m’a fait parvenir un support de recharge pour mon Apple Watch.

Alors, oui, en pratique c’est un morceau de plastique sur lequel on pose sa montre pour la recharger. C’est confondant de simplicité mais le plaisir de recevoir ce cadeau tout simple m’a rempli de joie pour un bon moment. J’en ai même fait une vidéo.

Unboxing et présentation du stand Elago W3 pour Apple Watch

À demain, 21 heures

Courbes

Pierre Bézier fait partie de ces rares personnages dont on utilise les créations tous les jours, sans même le savoir. Au début des années 1960, pour résoudre des problèmes de conception industrielle, il a créé les courbes qui portent son nom. Ce sont des objets géométriques complexes à décrire de manière théorique mais dont la manipulation pratique est d’une simplicité enfantine. C’est ce qui fait toute leur puissance.

Une courbe de Bézier
Logo d’Inkscape

Les courbes de Bézier permettent le dessin vectoriel qui a la caractéristique d’être impossible à réaliser sans ordinateur. Mieux, le dessin vectoriel permet, dans une certaine mesure, d’abolir la notion d’échelle (voir la chronique consacrée aux fractales). Encore mieux : le dessin vectoriel fait se rejoindre description mathématique et expression artistique. Pour découvrir le dessin vectoriel, rien de plus facile, il existe de très nombreux logiciels le permettant. Inkscape, par exemple. Mais le géant du dessin vectoriel reste Illustrator, créé par la société Adobe.

Fonte vectorielle

La vraie innovation d’Adobe, cependant, n’est pas tant Illustrator ou la fameuse Créative Suite mais un langage informatique, PostScript. Les usages de ce langage sont incroyables de puissance et de diversité : les documents PDF, les polices d’affichage de votre ordinateur ou de votre téléphone portable, les pages de votre imprimante… tout ça doit quelque chose — directement ou indirectement — à PostScript et à ses descendants. L’importance de ce langage est telle qu’une de ses applications (le format PDF) est devenu une norme technique régulée par l’ISO.

Les héros sont parfois discrets et ils n’en sont que plus fascinants. Les courbes de Bézier, le langage Postscript et ses dérivés sont d’une discrétion totale. À tel point qu’on ne les voit plus. Et pourtant leur absence changerait certainement la face du monde d’aujourd’hui.

Au cours de la ruée vers l’or, dit la légende, les seuls à être devenus riches sont les marchands de pelles et de pioches. Dans la grande famille des géants du numérique, Adobe fait figure de héros discret. Un véritable manifeste pour les timides.

À demain, 21 heures

Fractales

Mises en lumière à la fin des années 1970 par le mathématicien Benoît Mandelbrot, les courbes fractales ont la propriété étonnante de présenter une structure similaire à toutes les échelles. Cerise sur le gâteau les équations qui permettent de les générer peuvent être assez simples. En pratique, on a beau zommer encore et encore sur la courbe, elle a toujours le même aspect. Sans être aisé à faire à la main, le calcul fractal ne demande pas non un ordinateur d’une grande puissance, si bien que dans les années 1980, les courbes fractales ont fait fureur dans la presse de vulgarisation scientifique.

Représentation de l’ensemble de Mandelbrot

Avec ce qu’on appelait alors un micro-ordinateur familial il était assez aisé d’écrire un programme de calcul de courbes fractales. C’était récréatif et rafraichissant. Naturellement, la théorie des fractales a trouvé des applications dans le domaine de la finance et quelques autres domaines de l’économie.

Benoit Mandelbrot (1924-2010)

Au delà des mathématiques, il est possible de regarder le monde au travers d’un prisme fractal. De très nombreuses constructions humaines ont un aspect de reproduction à l’identique avec l’échelle comme seule variation. L’organisation administrative est souvent fractale. Prenons la France : les communes, les départements, les régions, l’état (voire même parfois l’Union européenne). Les postes restent les mêmes, les responsabilités et les rôles restent les mêmes, seule change l’échelle. Le maire, le préfet, le préfet de région, le ministre de l’Intérieur. Chacun à son échelle traite le même problème.

Dans les entreprises ou les structures associatives on trouve également des organisations fractales : un vendeur, sur le terrain, qui rapporte à un directeur des ventes dans une agence locale, qui lui même rapporte à un directeur régional… et ainsi de suite jusqu’au directeur commercial monde, pour peu qu’on soit dans une multinationale. Vu sous cet angle, le monde est fait de poupées russes… et de toute la tringlerie de communication qui va avec !

Naturellement considérer le monde au travers du prisme fractal relève d’une démarche poétique, en quelque sorte. Il n’en reste pas moins que le prisme fractal permet de comprendre le monde par estimations successives. Une fois vue la structure globale il est possible de l’affiner et de la préciser mais si on ne s’est pas trompé dans sa vision initiale, on peut réfléchir avec des bottes sept lieues, en quelque sorte. Dans un monde qui semble de plus en plus complexe, prendre de la hauteur n’est pas inutile.

À demain, 21 heures

Identité

Qui suis-je ? Cette question chacune, chacun d’entre nous se l’est posée au moins une fois dans sa vie. Généralement il s’agit d’une question prise sous l’angle philosophique, psychologique voire psychiatrique : c’est la question de la personnalité.

Il y aussi un autre aspect, plus technique : l’identité, c’est-à-dire un ensemble de caractéristiques à même de nous définir non pas dans notre rapport à nous-mêmes mais dans notre rapport aux autres. Ici tout l’enjeu consiste à réduire les incertitudes : celui ou celle que j’ai en face de moi est-il ou est-elle bien celui ou celle qu’il ou elle prétend être.

Depuis toujours, pour résoudre ce problème, on pratique une triangulation : chacune des deux parties en présence se réfère à une troisième, conjointement acceptée comme référente et qui joue le rôle de garante. Évidemment, tout l’intérêt de la chose réside dans la nature du référent.

Le moyen le plus ancien est reconnaissance par la filiation : nous sommes tous fils et filles de nos parents. Cela se retrouve dans certains noms anglo-saxons : Jackson (le fils de Jack), Olavsson (le fils d’Olaf)… et quand les parents étaient inconnus, il était de coutume de nommer les enfants trouvés selon le lieu où ils avaient été trouvés : d’où des patronymes tels que Nevers, Kermadec ou autre.

La reine Elizabeth II

Le moyen le plus courant aujourd’hui est la reconnaissance de l’identité par l’État qui émet des documents officiels d’identité. D’ailleurs il suffit de bien lire la dernière page de son passeport pour s’apercevoir qu’on en est pas propriétaire. Et d’ailleurs comme au Royaume Uni les passeports sont délivrés au nom du souverain, la reine Elizabeth n’en a tout simplement pas car cela n’aurait pas de sens.

Deux tendances viennent perturber cette mécanique bien huilée. Les formes électroniques d’identité, tout d’abord. Utiliser son compte Facebook ou son adresse Gmail pour s’identifier sur le web, c’est faire de Facebook ou de Google des référents qui se substituent à l’État.

Comme tout se fait sur le web, on comprend facilement pourquoi les géants du web accordent beaucoup d’importance aux services d’identification. Et on comprend aussi pourquoi les États sont si attachés au cloud souverain. S’ils perdent la partie, les États seront uberisés, tout simplement.

Robert Nozick

L’autre tendance c’est l’identité par la communauté d’appartenance : ici nombre de paramètres peuvent entrer en ligne de compte et même se superposer : religion, sexualité, goût ou intérêt. Il existe autant de communautés que de choix possibles. Cette forme d’identité par l’adhésion est une sorte de scotch double face. Il ne suffit pas de se proclamer de telle ou telle appartenance, il faut également se faire reconnaitre comme tel. D’où l’importance de cérémonies –publiques et collectives — comme le baptême, par exemple.

En poussant un peu la réflexion on en arrive à questionner la place de même de l’État. Après tout, ne pourrait-on pas s’en passer, tout simplement ? C’est la question que pose le philosophe Robert Nozick dans un ouvrage qui a fait date : Anarchie, État et utopie (Puf).

Alors, s’identifier sur un site web, est-ce un peu détruire l’État ? Une question à réfléchir en confinement…

À demain, 21 heures

Découvrir Linux

Dans le monde du numérique, Linux a une place à part. Bien que rarement directement visible, ce système d’exploitation est partout mais assez rarement dans les ordinateurs qu’on utilise au quotidien. Linux est dans les téléphones et les box internet, dans les voitures, dans les téléviseurs, dans les consoles de jeu et les avions…

Si on veut y consacrer un peu de temps, Linux permet de découvrir une autre facette du numérique, plus technique dans son abord et qui propose des outils pratiques au quotidien. Avec un Raspberry Pi, on pourra se mettre à Linux comme un hobby et se lancer dans des expérimentations de toutes sortes. Mais surtout, se mettre à Linux permet de comprendre les logiques sous-jacentes qu’on retrouve dans les outils informatiques qu’on utilise au quotidien au bureau ou à la maison.


Tux, la mascotte de Linux

Quand on se met à Linux, l’enjeu n’est pas tellement de maitriser toutes les arcanes du système (la route est longue et semée d’embûches) ; l’enjeu est d’apprendre par le geste pour se laisser guider par sa curiosité. Se mettre à Linux est une école de patience et de minutie. C’est aussi partir à a découverte d’un monde fascinant de puissance. Apprendre par le geste n’est pas nouveau. Cela constituait déjà le fondement de la pédagogie Freinet, faite de liberté et d’autonomie. Une démarche formalisée par Seymour Papert, dans un ouvrage qui a fait référence : Jaillissement de l’esprit. Bref, se mettre à Linux c’est démontrer que la curiosité est une belle qualité.

Mais se mettre à Linux c’est surtout constater qu’il existe de nombreuses alternatives à des outils qu’on pensait uniques. En cela, apprendre Linux c’est apprendre à choisir. Et ça tombe bien, le couvre feu met à notre disposition tout le temps que cela nécessite.

À demain, 21 heures.

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