François Druel, PhD

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Dictionnaires

Le Grand Larousse et le Petit Robert, le Gaffiot et le Bailly mais aussi Tout l’univers, L’Encyclopædia Universalis et le Quid. Il fut un temps où la connaissance n’était disponible qu’avec parcimonie et réservées aux lecteurs des bibliothèques. Un temps où l’orthographe s’apprenait… C’était une certaine idée du savoir. La pertinence du fond n’allait pas sans une certaine élégance de la forme.

Il est intéressant de constater qu’à l’heure du fact checking (qu’on pourrait considérer comme un doute cartésien étendu à la planète entière), on questionne généralement le fond sans réellement mettre la forme en cause. Untel, unetelle a dit çi ou ça. D’accord, mais dans quelles conditions ? À quelle occasion ? Dans quel contexte ? Sur quel support ? C’était le domaine de l’herméneutique, la lecture de la forme des messages.

Une page de dictionnaire

En réalité, depuis des années, les correcteurs orthographiques, Wikipédia et quelques autres outils ont, en quelque sorte, automatisé la mise en forme de nos réflexions. On ne vérifie plus l’orthographe, Word s’en occupe. On ne vérifie plus tel ou tel fait, Wikipédia le sait. Les hashtags et les influenceurs font la vérité. Le numérique n’est plus un outil, c’est un état d’esprit qui modèle notre manière de réfléchir.

Mais surtout, de même qu’on pense avec des mots, on travaille avec des outils. Ce qu’il convient de maîtriser aujourd’hui ce sont des outils techniques (les logiciels de traitement de texte et de présentation, les applications de dessin et, pourquoi pas, les expressions régulières, ou même un peu d’HTML), faute de quoi mettre en forme ses idées et les diffuser devient un exercice périlleux.

Du code HTML

De même que les dictionnaires permettaient de penser avec élégance, les outils numériques permettent de communiquer avec efficacité.

Au temps des dictionnaires on faisait des mots croisés, à l’heure des outils numériques on fait des sudoku. Ce n’est ni mieux ni moins bien qu’avant, c’est la réalité d’aujourd’hui.

À demain, 21 heures

Podcast

Le cinquantième billet de ce blog a été posté le 24 mars dernier et je vous annonçais une petite surprise (qui me trottait dans la tête depuis quelques temps déjà). Et bien, pour célébrer ce premier point de passage, les articles de 21 heures.com seront désormais disponibles en podcast !

Plus facile à faire qu’une vidéo et plus pratique à écouter, ce podcast fera de 21 heures.com une sorte de radio émettant deux minutes par jour. Cela peut paraître modeste mais après tout, les plus long voyages commencent par un premier pas, qu’il s’agisse d’aller découvrir le monde ou de partir sur le chemin de la résilience.

Désormais, chaque chronique sera disponible en audio. Petit à petit, toutes les chroniques (il y en cinquante-quatre avec celle que vous lisez actuellement) seront disponibles en audio également.

21 heures.com est disponible sur Anchor.fm. Il est très facile de vous y abonner via Spotify et quelques autres services de diffusion.

Cliquez sur la montre pour découvrir le Podcast

Mais surtout, cela n’a vraiment rien d’un exploit, comme pourraient peut-être le penser celles et ceux qui ont connu le monde d’avant (avant internet, les ordinateurs, les smarphones). Diffuser un podcast (ou une vidéo sur Youtube) est même à la portée du premier venu disposant d’un smartphone, d’un peu de temps et d’une idée, aussi petite soit-elle ! Tous ces outils sont tellement évidents que plus personne ne les pense comme des innovations. Tout cela n’est que la normalité d’aujourd’hui.

Un livre pour mieux connaitre les Gafa

Et c’est d’ailleurs ce qui fait la force des services proposés par les Gafa. En s’ancrant dans le concret, ils nous offrent des outils pour faire et pas des concepts pour penser. Alors que pendant des siècles le savoir (avant tout abstrait) se transmettait par l’éducation, les Gafa nous font entrer dans le monde de l’apprentissage, où la transmission se fait par le geste. Il ne s’agit plus d’avoir raison ou tord mais de se confronter au réel et d’essayer, puis de progresser.

Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends

Nelson Mandela

Parce qu’ils nous proposent des outils, les Gafa font de nous des apprentis du quotidien.

À demain, 21 heures

Personnaliser

Dans un open space, alors que tous les outils sont standardisés, il n’est pas facile d’exprimer sa personnalité. Tout le monde utilise les mêmes ordinateurs et les mêmes logiciels et, en théorie du moins, les mêmes modèles de documents. Pour exprimer sa personnalité, il est courant de recouvrir son ordinateur (le plus souvent portable) d’autocollants sensés refléter des idées ou des engagements mais là encore, la chose est loin d’être aisée…

Intérieur de l’immeuble de la Johnson Wax, par F. lloyd Wright (1936), à Racine aux USA.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas personnaliser ses logiciels et ses documents ? Après tout puisqu’on utilise des ordinateurs à longueur de journée, autant essayer de créer un peu d’intimité numérique.

Logo du projet Dracula

Dracula est un thème sombre disponible pour un grand nombre d’outils et assez facile à installer. La démarche sous-jacente consiste à créer un environnement de travail homogène. Au premier abord, cela peut sembler étrange mais c’est en réalité assez reposant de retrouver le même code de couleurs d’une application à l’autre. Et si vous ne trouvez pas votre bonheur, le site publie la palette de couleurs pour vous permettre de contribuer au projet.

Logo du projet Solarized

Dans le même esprit, le projet Solarized propose un environnement utilisant seize couleurs spécialement choisies pour reposer les yeux et permettre un travail confortable à l’écran. Disponible pour de nombreux logiciels, la palette est publiée, ce qui permet de l’adapter à ses besoins.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Tant qu’on y est autant en profiter pour utiliser des fontes de caractères qui changent des sempiternels Verdana et Times New roman ! On pourra utiliser deux fontes de caractères libres, Gentium ou Andika. Et si on préfère les fontes sans empattement, pourquoi ne pas utiliser Fira Sans ?

Les sociologues nous ont appris que la personnalisation des outils de travail permet l’appropriation des missions et développe l’efficacité et la créativité mais personnaliser ses outils de travail permet également d’aller au delà et d’exister par soi-même.

À demain, 21 heures

Le temps

Le temps est ce dont on dispose le plus puisque le temps est. Et c’est aussi ce dont on dispose le moins, puisque le temps passe. Dans la vie, donc rien n’est une question de temps et tout est une question de priorités.

Prendre le temps c’est donner la priorité au moment présent, parce que ce qu’on fait ici et maintenant est forcément plus important que tout ce qu’on pourrait faire d’autre. Occuper le temps est une affaire de choix. Parce que le temps est ce qu’on en fait, le temps nous met en face de nos responsabilités ; envers nous mêmes et aussi envers la société.

Le temps est devenu tellement important qu’il s’affiche partout : sur les téléphones, les ordinateurs, les fours, dans les stations de métro et les voitures… sur les tickets de caisse et même parfois sur les montres et les horloges. Nous naviguons d’une horloge à l’autre. Une véritable obsession collective.

Chronomètre de marine

En réalité, pour parcourir la terre en tous sens, deux instruments sont nécessaires : le sextant qui permet de s’orienter du nord au sud et le temps qui permet de naviguer d’est en ouest. À partir de la fin du XVème siècle, les premiers navigateurs ont pu partir à la découverte de la terre en s’appuyant sur l’astronomie et l’horlogerie.

Et d’ailleurs, c’est parce qu’il faisait son tour du monde contre le cours du temps que Philéas Fogg finit par gagner son pari.

Encore aujourd’hui pas de GPS précis sans horloge précise ni de navigation sur les site web sécurisés sans synchronisation entre serveurs informatiques.

Le temps est un phénomène de perspectives

Jean Cocteau

On comprend mieux que face à la déferlante d’horloges qui nous entoure, les outils les plus précieux aujourd’hui sont ceux qui permettent de s’organiser pour optimiser le présent.

Un minuteur Pomodoro

La méthode Pomodoro est aussi simple et ludique qu’efficace. Cette méthode consiste à diviser le temps en unités de concentration. C’est idéal pour le bachotage et les travaux qui demandent de la concentration. La méthode Pomodoro permet d’alléger (un peu) le travail sous contrainte.

Getting Things Done

Quant à la méthode GTD (Getting Things Done), elle est plus conceptuelle et plus algorithmique. Parue en 2001 cette méthode transforme tout en projets et si elle est assez exigeante, elle se révèle d’une grande efficacité.

Ces deux méthodes sont ludiques et efficaces. À tester d’urgence en confinement, donc !

À demain, 21 heures.

Mare liberum

Au début du 17ème siècle alors que les explorateurs portugais, anglais et néerlandais se lançaient à la découverte du monde, une question faisait l’actualité : la haute mer est-elle libre ? La haute mer se situe au delà de la bande côtière, c’est la partie de la mer qui n’appartient à personne. Autrement dit, est-il possible de naviguer librement partout et sur toutes les mers ?

C’est pas sorcier consacré à l’activité maritime

Les anglais défendaient l’idée que les routes maritimes appartiennent à ceux qui les découvrent et qu’il est possible de faire payer des droits de passage à ceux qui les empruntent. En cela ils proposaient d’appliquer à la mer le bon vieux principe de l’octroi.

Grotius

Avec le livre De mare liberum (De la liberté des mers, 1609), le juriste Grotius démontrait tout l’intérêt du contraire. C’est ce principe qui a prévalu et qui, d’ailleurs, prévaut encore aujourd’hui. L’histoire a retenu que c’est ce qui a permis le développement des échanges commerciaux internationaux.

Au delà d’une discussion sur le rapport entre liberté et commerce, l’intérêt de la réflexion de Grotius est de proposer un droit nouveau et spécifique à un domaine d’activité lui-même nouveau et spécifique, favorisant ainsi l’émergence de ce qu’on appellerait aujourd’hui un écosystème.

Passer du contrôle de la rareté à l’organisation de l’abondance

Aujourd’hui il ne s’agit plus de transporter des marchandises sur les mers mais de diffuser des contenus sur les réseaux. Depuis des années les professionnels de l’industrie culturelle et des médias tentent de transposer les règles de l’ancienne économie à la nouvelle. Or, sur les réseaux, à l’heure où copier un fichier est simple comme un clic, il ne s’agir plus de contrôler la diffusion de biens ou de contenus, mais, au contraire, d’organiser leur abondance.

C’est ce qu’on compris les géants du web et c’est précisément ce qui fait leur force. Google — par exemple — en indexant le maximum de contenus, ne fait que renforcer l’intérêt de son moteur de recherche.

Les géants du web ne sont pas là pour contrôler ce que nous faisons mais pour nous permettre d’en faire toujours plus.

À demain, 21 heures

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