François Druel, PhD

Étiquette : Culture

(ré) Écouter Jean-Michel Jarre

Tout a été dit (ou presque) sur Jean-Michel Jarre, sa personnalité extravagante et sa musique hors du commun. Alors que la fin des années 1970 voyait l’apogée du disco dans une ambiance de strass et de paillettes, Jean-Michel Jarre, lui, faisait sortir de leur laboratoire les incroyables expérimentations musicales de Pierre Schaeffer et Pierre Henry pour leur permettre d’être diffusées sur les ondes des grandes radios périphériques d’alors. En trouvant un style qui n’appartient qu’à lui, Jean-Michel Jarre a su rendre mélodiques des sonorités qui jusque là heurtaient l’oreille.

Jean-Michel Jarre en 2016 à Berlin (© A.Savin, WikiCommons)

Je passe sur les réactions que cette musique alors nouvelle a suscitées. Il s’agissait, une fois encore, d’un conflit de générations opposant, comme toujours, les anciens et les modernes. Et dans ce type de conflit, à long terme les modernes finissent toujours par gagner. Non parce qu’ils sont les plus forts mais faute de combattants, en quelque sorte, les anciens finissant par mourir, tout bêtement. De plus, pour les gens de ma génération, la musique de Jean-Michel Jarre a le goût de l’enfance. Dans les années 1980, Jean-Michel Jarre c’était moderne, jeune, rafraichissant, planant… et surtout, il y a dans la musique de Jean-Michel Jarre un indéniable côté abstrait qui la rend unique.

Piet Mondrian Composition en rouge, jaune, bleu et noir (1921)

Écouter la musique de Jean-Michel Jarre c’est aussi, en quelque sorte, s’ouvrir à l’art conceptuel, au cubisme, à Jackson Pollock et à Piet Mondrian. La musique de Jean-Michel Jarre ouvre l’esprit.

La musique de Jean-Michel Jarre, c’est plus que de la musique. Aujourd’hui patinée par le temps, elle n’est plus à la mode. Elle offre ce petit côté désuet qui permet de l’écouter avec le recul qui permet de prendre sa vraie dimension culturelle.

À demain, 21heures.

Sondage

J’aime bien les sondages de PC INpact, excellent site de news français. Ces sondages sont parfois étonnants, dans le thème abordé et aussi dans les réponses recueillies.

Aujourd’hui, le sondage porte sur la télévision et Internet. La réponse préférée des sondés est : Internet n’y est pour rien, la télé meurt toute seule. Voilà une réponse étonnante et intéressante. Il faut s’arrêter sur cette réponse et pour deux raisons au moins.

D’une part cette réponse va à l’encontre des poncifs habituellement colportés par les professionnels de la télévision ! Et d’autre part, parce que les répondants à ce sondage sont les lecteurs de PC INpact et que leurs caractéristiques sociologiques sont remarquables à plus d’un titre.

A écouter les analyses sur l’érosion de l’audience télévisuelle, Internet est une des causes majeures de la perte d’influence de la télévision. À bien regarder les grilles de programmes qui se succèdent les unes aux autres, cependant, la télévision ne se remet pas en question et ne sait que reproduire, saison après saison, les mêmes bonnes vieilles recettes qui sont maintenant éculées (le fameux Des chiffres et des lettres est toujours à l’antenne… comme il y a quarante ans, sans aucun changement !). La télévision de 2008 est toujours à l’image de celle des années 60 analysée par Marshall Mc Luhan : pour l’essentiel, c’est de la radio filmée.

Aucune remise en question. La télévision vit d’une rente de situation et il est évident qu’elle est passée à côté de la révolution Internet. C’est pourquoi je souscris totalement à la réponse majoritaire de ce sondage.

Plus grave, cette réponse est fournie par les lecteurs de PC INpact. Or, pour bien connaître ce site, les lecteurs sont jeunes et technophiles, bref ce sont des fans d’informatique, comme disent nos anciens. Bien entendu, on peut se dire que c’est assez peu représentatif de la population. On aura raison et on se rassurera… mais c’est oublier que c’est la majorité de la population de demain (d’ici 5 à 10 ans). Et c’est pour ça que je crois que la télévision a du mauvais sang à se faire.

Technophile, certes, cette population est aussi très éduquée (cf. les pourcentages de ces classes d’âges arrivant au niveau du baccalauréat) et son sens critique a été développé par le système éducatif qu’elles ont parcouru depuis 20 ans maintenant. Bref, ce sont tout sauf des moutons de panurge prêt à avaler tout rond des réalités savamment emballées par les spécialistes de l’audio-visuel.

Cette génération montante préfère l’interactivité d’un MMURPG, le temps réel d’un Instant Messaging et WikiPedia à la Marche du Siècle… Elle a découvert Joost et utilise YouTube. Partant, vu la richesse de ces services, il n’est pas étonnant qu’elle trouve la télévision dépassée et il ne faut pas lui en vouloir : la télé de Papa, c’est du passé.

Finalement, les dirigeants de Canal Plus et des autres chaînes ont raison : à force de dénigrer Free ou Orange, ils sont en train de creuser leurs propres tombeaux.

Progressisme, kezako ?

Progressisme ? Goût de l’avenir ? Comme dirait ce sympathique HPC, cela peut paraître insensé, voire relever de l’imposture… alors, de quoi parle-t-on ? 

Mon Petit Larousse édition 2000 donne du progressisme une définition lapidaire : 

Doctrine politique progressiste : qui a des idées politique, sociales avancées

Pour l’édition francophone de l’incontournable WikiPedia, le progressisme peut se définir comme suit : 

Le progressisme est la volonté d’instaurer un progrès social, des réformes, par opposition au conservatisme.

Une pensée est qualifiée de progressiste, par exemple, lorsqu’elle conçoit le présent comme un progrès par rapport à une époque passée jugée plus primaire, plus difficile, ou encore plus ignorante.

Pour l’excellent Trésor de la Langue Française informatisé, le progressisme est : 

– Doctrine ou attitude se fondant sur l’idée de progrès continu et ascendant de l’homme. Il est capital de mener simultanément le combat de l’adaptation et le combat de la fidélité. Le problème est d’éviter deux tendances également redoutables: l’une qui, en voulant sauver et conserver l’essentiel, conserve en même temps ce qui ne l’est pas et qui nous fait tomber dans le mauvais traditionalisme, dans l’intégrisme; l’autre qui, en voulant changer ce qui doit être changé, change aussi ce qui ne doit pas l’être et qui nous conduit au progressisme, au modernisme (J. DANIÉLOU, Et qui est mon prochain? Paris, Stock, 1974, pp.234-235).
– POL. Mouvement politique et religieux (des années 1945) se recrutant parmi les catholiques et cherchant à intégrer au christianisme certaines conceptions du marxisme communiste (d’apr. FOULQ.–ST–JEAN 1962). [Dans le sein du catholicisme] l’ascension du clergé indigène, la naissance du progressisme (…) divisent et inquiètent l’église romaine (Philos., Relig., 1957, p.44-7).
P. ext. Attitude des chrétiens ayant des idées politiques très avancées (d’apr. Foi t.1 1968). Le miracle de la multiplication des pains (…) voilà ce qu’est l’Église (…) c’est par ce côté qu’elle me tient. Que je me sens étranger, au fond, à la bataille du progressisme et de l’intégrisme! (MAURIAC, Bloc-Notes, 1957, p.307).
– MUS. ,,Toute forme de jazz qui tente de renouveler la manière d’improviser ou le style orchestral, sans craindre, parfois, de faire appel à des éléments étrangers à la tradition négro-américaine«  (TÉNOT 1967). Boris Vian écrivait: «Tous ceux qui enterrent le bop depuis dix ans, et le «progressisme» et le reste (…) ne se sont pas aperçus que toutes les recherches harmoniques des novateurs, et les recherches de sonorités, ont complètement imprégné ce qu’ils continuent à prendre pour du jazz «traditionnel» (…)» (L’Est Républicain, 14 octobre 1984, p.5, col. 1).

 

Voilà pour le progressisme. C’est un état d’esprit et une posture intellectuelle qui me plaît car avoir confiance dans l’avenir et parier sur le futur me semble être la seule attitude constructive. je refuse le conservatisme et le confort intellectuel de la bourgeoisie : cette posture n’a jamais fait avancer le Monde. 

Le goût de l’avenir, quant à lui, c’est, pour Max Weber, la définition de la politique. La politique c’est l’art et la manière de vivre ensemble. De partager et aussi de construire pour faire ensemble une société qui nous ressemble hic et nunc.

Pour chercher le progrès, je me nourris de connaissance. Je ne crois pas, en effet, que sur un sujet particulier, on puisse penser par soi-même sans, au préalable, étudier le sujet. On s’aperçoit alors de l’ampleur des connaissances, de la petitesse de son propre savoir et de la difficulté de construire une pensée nouvelle. Penser par soi même sans étude préalable, voilà l’imposture !

Non que je nie l’Histoire ou le passé sont à laisser dans l’ombre, au contraire, il faut la connaître et même l’étudier en détails. Mais il faut aussi parfois l’oublier et en faire table rase. Consciemment, volontairement, pour aller de l’avant et progresser. Pour progresser librement et en conscience. 

J’espère donc pouvoir porter sur le monde un regard de progrès et d’avenir. Un regard parfois détaché ou même narquois,  mais un regard qui se voudra intelligent et progressiste. Rien de moins mais on n’obtient pas de grande réalisations sans grandes ambitions.

Par ailleurs, a vie nous donne aussi nombre d’occasions de ressentir des émotions, de faire des expériences diverses et variées. En ce qui me concerne, cela concerne souvent la technologie, la gastronomie et autres sujets amusants et passionnants qui me donneront de la matière pour quelques sujets plus futiles et plus légers. 

Kiraz au musée Carnavalet

Kiraz fait l’objet d’une belle expo au musée Carnavalet. Depuis que, dans Jours de France, j’ai découvert ces longues silhouettes féminines, sortes de Barbie de papier, j’apprécie l’esthétique de ces parisiennes que leur auteur fait vivre depuis maintenant 60 ans. 

L’exposition présente une centaine de gouaches originales. J’ai été frappé par la maîtrise technique de Kiraz : les gouaches sont simplement superbes. J’ai apprécié aussi la justesse d’un trait qui n’a pas varié d’un iota en 60 ans. C’en est même étonnant : les gouaches de 2003 ont la même fraîcheur que celles des années 50. 

Elles n’ont pas d’âges, ces petites mignonnes dont les habitudes sont celles des héritières des beaux quartiers. Les décors sont intemporels, les lignes filiformes aussi et finalement les sujets également : en 60 ans, le temps n’a pas eu de prise sur le monde de Kiraz. Peut-être les archétypes se sont-ils un peu modifiés mais la futilité est la même…

Que tout cela est bourgeois !

 

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