Le goût de l'avenir

François Druel, PhD

Ne pas être diabolique…

FB_IconLors de son lancement, Google avait osé une affirmation qui avait surpris les analystes : nous ne serons pas diaboliques. Cette petite phrase a été analysée, disséquée, étudiée. Je ne vais pas refaire ici les démonstrations,fort nombreuses, à propos de cet engagement. Ce que j’en retiens, c’est que Google s’engage à ne pas prendre les gens pour des imbéciles, à les considérer avec intelligence. C’est un contrat moral que Google prend avec ses futurs utilisateurs : ils ne chercheront pas à tromper le monde et proposeront des services utiles.

Comme souvent, ce qui paraissait étonnant aux yeux de l’économie 1.0 est devenue une sorte de règle d’évidence de l’économie 2.0 : une entreprise responsable considère que ses clients ont un minimum de plomb dans la cervelle et elle les traite en êtres responsables et plus en moutons de Panurge.

Or, cette après-midi, j’ai regardé une étape du Tour de France cycliste. A la lumière de l’économie 2.0, ce « spectacle a caractère sportif » est tout simplement insupportable.

  • Je veux bien que les coureurs cyclistes soient des sur-hommes, mais quand même : comment font-ils pour dépasser la barre des 60 km/h sur un vélo dans le contre la montre d’aujourd’hui ? Comment cela est-il possible quand depuis plus de 15 jours, ils font environ 200 km de bicyclette par jour ? (à 40 km/h de moyenne, excusez du peu)… ne sont-ils jamais fatigués ces supermen de la petite reine ?
  • Je veux bien que le matériel ait sa part dans les « performances » de ces gladiateurs des temps modernes, mais quand même : est-ce que cela explique qu’on puisse grimper des cols de 8 % de pente à 30 à l’heure ? A cette vitesse là, certaines voitures claquent le joint de culasse tellement elles chauffent !
  • Et je passe sur la beauté du sport dont des médias complices se gargarisent. Tout ces exploits sont autant de duperies.

Qui ose encore croire que tous ces soi-disant exploits se font exclusivement en buvant de l’eau claire et en mangeant des pâtes au petit déjeuner ?

Le sport ça existe : c’est une saine activité récréative, à pratiquer à titre amateur pour se maintenir en forme et passer agréabmement le temps avec ses potes. Mais ce que le Tour de France nous donne à voir, comme tous les autres spectacles professionnels à caractère sportif d’ailleurs, ce n’est rien d’autre qu’un espèce de grand n’importe quoi qui tient à là fois de la prostitution (ils vendent leurs corps pour vivre) et du combat de gladiateurs (morituri te salutant).

Alors, messieur d’ASO (et tout l’éco-système de ce cirque diabolique), arrêtez de nous prendre pour des jambons ! Arrêtez d’être des matadores de taureaux innocents (bien que consentants). Arrêtez la boucherie ! Cette après-midi je voyais ce pauvre Laurent Fignon. Lui qui se bat contre un cancer dont le dopage est une des causes vient commenter l’étape du jour : c’est l’hopital qui se fout de la charité !

Messieurs les proxénètes des temps modernes, regardez-vous dans une glace : arrêtez d’assassiner à petit feu les victimes de votre cupidité sans limite, car je n’oublie pas que cette épreuve n’a été créée que pour faire vendre le papier, (jaune d’ailleurs, comme maillot du même nom) d’un journal aujourd’hui disparu et dont l’insupportable « L’Equipe » est l’héritière.

Vive le sport, le vrai, celui qui entretien le corps et l’amitié !

Bruqa, tolérance et construction

Encore ! Encore une fois on pointe du doigt nos concitoyens musulmans. Après l’interdiction des signes religieux extérieurs à l’école (ce qui peut se comprendre) l’Assemblée Nationale vient de créer une mission d’information sur le port de la burqa et du niqab. Bien que la mission paraisse ouverte, elle porte, à n’en pas douter, la réponse dans la question qu’elle pose : encore une fois on ne va pas chercher à construire une société consensuelle mais forcer, presqu’au forceps, nos concitoyens musulmans à s’intégrer à la société française.

Certains évoquent, une fois encore, la sacro-sainte laïcité pour justifier une telle interdiction. Or, c’est très dangereux car, faut-il le rappeler, dans son article 1, la loi de 1905 dispose que : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. C’est un principe sur lequel on ne saurait revenir.

Alors, évidemment, vient au grand galop une autre justification : l’ordre public et les bonnes moeurs, qui est un autre principe régalien fondamental (affirmé dès l’article 6 du Code Civil). La burqa doit être interdite parce qu’elle ne permet pas (entre autre) la vérification d’identité à tout moment. Par exemple lorsqu’une maman vient chercher un enfant à l’école. C’est tordu mais c’est fondé.

Et nous voilà au coeur du sujet : une position à trouver entre une légitime volonté de pratiquer librement un culte et l’obligation régalienne de respecter l’ordre public et les bonnes moeurs.

Demander à nos concitoyens musulmans de s’intégrer revient en fait à renier leurs racines aux profit de celles, judéo-chrétiennes, qui sont celles de la France depuis 2000 ans et qui sont devenues consubstantielles de notre société. Je ne pense pas que cette position soit tenable : l’organisation d’un pays se doit d’être le reflet de la nation qui la compose. Et aujourd’hui, contrairement à ce qui était le cas depuis des années (et à tout le moins depuis la période révolutionnaire), la France n’est plus une société culturellement homogène.

Ce qu’il s’agit donc de faire ce n’est pas de stigmatiser, une fois encore, nos concitoyens musulmans et de chercher des moyens de les intégrer à toute force à un modèle devenu obsolète. Au contraire, cette mission parlementaire est une occasion de chercher à construire ensemble un consensus permettant à tous les français, de toute race et de toute religion, de vivre en harmonie. Tous libres, de pratiquer sa religion, tous égaux devant la loi en nous reconnaissant tous comme des frères.

Laissons aux parlementaires le bénéfice du doute, mais je crains qu’une fois de plus cette mission aboutisse à une nouvelle humiliation.

Réseaux sociaux… ou miroirs aux alouettes ?

FB_IconLinked-In, Viadeo, l’incontournable Facebook, Twitter, le petit qui monte, qui monte, Copains d’Avant et tant d’autres… les réseaux sociaux ont envahit le web. La mode est aux communautés électroniques… et elles foisonnent !

Naturellement, dans un panurgisme assez désopilant, chacun veut y être, voire en être. On croise un quidam dans un dîner en ville et hop, quelques heures après, il faut être devenu « ami » sur Facebook, suivre untel ou untel sur Twitter et j’en passe.

Après avoir testé Facebook, comme tout le monde, j’ai finalement clôturé mon compte : ce service dangereux pour la vie privée est un océan de futilité. Ce site est un coming out permanent et creux. Naturellement, on peut avoir des centaines « d’amis » sur Facebook. Cela a-t-il une réelle utilité ? Qui peut garder le contact avec des centaines de personnes ?

Récemment, j’ai vu le comble de l’onanisme sur Viadeo : un quidam, Gilles de Backer, que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, me demandait d’être le 1400eme membre de son réseau ! ! Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer le contenu du mail qu’il m’a fait parvenir :

Gilles De Backer * souhaite vous ajouter à ses contacts.
Bonjour cher membre de ce Hub,

Je constate que vous êtes aussi membre du Hub Innovation, pourrions-nous mettre en commun, nos différents contacts afin de faciliter de futurs échanges et d?augmenter notre propre réseau. Je souhaite pouvoir échanger dans le domaine de l?innovation qui est mon activité principale.

LI_IconJe suis estomaqué : faciliter des échanges et augmenter notre réseau ! Je crois très sincèrement qu’il y a une erreur quelque part : Viadeo est un réseau professionnel. Ce qui signifie que ce monsieur imagine un jour pouvoir faire un jour des affaires avec moi ? Tout à fait honnêtement, je crois que j’aurais gagné le gros lot au Loto avant de faire le moindre centime de business avec ce drôle d’oiseau dont le seul plaisir (sans doute onanique) est d’avoir un gros réseau (jouer à celui qui pissera le plus loin peut amuser les gamins à la sortie du cours moyen, et encore)… pour attirer l’attention de ce nième quidam, il me faudrait déployer beaucoup d’énergie (vous savez, ce fameux rapport signal/bruit dont on rabâche les oreilles des élèves de 2nde en classe de physique). Je n’ai pas envie de déployer cette énergie, ce qui serait en pure perte, assurément.

Que les réseaux soient des business rentables, je n’en doute pas : Viadeo (et d’autres) sont certainement de belles affaires (et je ne parle même pas des réseaux sociaux « de rencontre », Meetic est l’un des acteurs les plus rentables du web en Europe). Il faut, néanmoins raison garder et se poser cette question simple : quel est l’intérêt de ces sites ? ont-il une utilité réelle ?

Les réseaux sociaux se construisent, vivent et se développent dans la vie réelle, avec des vrais gens. L’amitié est un bien rare. Un réseau utile se compose des personnes avec qui on partage des expériences enrichissantes.

Or, des expériences enrichissantes, ça ne se créé pas par l’entremise des électrons des réseaux d’internet. Des expériences enrichissantes, ça se partage dans la vraie vie, ça a une dimension initiatique, ça donne des émotions et ça crée des souvenirs. Bref, c’est humain !

D’ailleurs, comme moi, j’en suis certain, si vous avez senti des affinités avec tel ou tel quidam rencontré sur les réseaux, vous avez cherché à le rencontrer, à vous asseoir à un guéridon en sa compagnie pour boire une bière ou un café.

Le vrai réseau social est humain car la vraie vie est humaine.

‘info

Sens-Info J’aime les dimanches soirs ! Je trouve que cette période particulière de la semaine, où tout est terminé et où on attend plus que la reprise du lundi a quelque chose de reposant et de rassurant. Moment privilégié de la flemme, le dimanche soir est le soir où les mamans peuvent prendre du repos (des souvenirs d’oeuf dur, macédoine, mayonnaise remontent à mes papilles 😉 ) et celui où la France du petit écran se vautre dans le canapé devant le cinéma du dimanche soir (ça passe toujours ce truc ? Il faudrait que je regarde la télévision, moi, tiens).

Mais pourtant, dans cette parenthèse de torpeur, chaque semaine, mon esprit est mis en éveil par le sens de l’info, une chronique de Michel Serres, animée par Michel Polacco. Ces 6 mn (environ) de bonheur passent sur France Info.

Amateur des Propos d’Alain, je retrouve dans cette sympathique chronique le même éclectisme et le même ton. Cette chronique qui n’est ni dilettante ni pédante survole tous les sujets avec légèreté mais sans amateurisme et propose souvent des points de vues intéressants car surprenants et qui, finalement, permettent, dans l’ambiance si spéciale du dimanche soir de se creuser un peu les méninges.

J’apprécie tellement cette chronique que je l’écoute en Podcast (cliquez ici pour vous abonner au flux XML ou bien là pour installer le PodCast dans iTunes). Cela me permet de ne jamais la louper et de la garder dans mes petites archives.

Depuis quelques jours, le Podcast n’était plus accessible, mais heureusement les journalistes de la chaîne sont à l’écoute de leurs auditeurs et aujourd’hui le Podcast a été remis en ligne. Ouf… et merci à Michel Polacco et Frédéric Wittner pour leur promptitude à répondre aux mails.

du P2P au pire, tout pire !

Depuis sa démocratisation en France (qui remonte à une quinzaine d’années environ), l’internet s’est imposé comme un phénomène de société. C’est même devenu une banalité : tout le monde connaît et utilise l’internet : à titre personnel ou au boulot, on ne saurait plus s’en passer. Comme tous ceux qui l’utilisent depuis très longtemps (mes premières connexions remontent à juin 1993, dans une des salles du CRI de l’ENSMP, un grand moment dont je me souviens encore !), j’ai appris avec le temps qu’on ne lutte pas contre un raz de marée technologique : on s’y adapte. Le mail a remplacé le fax et les sites web ont tué le Minitel… Skype révolutionne la téléphonie à longue distance et la messagerie instantanée permet aux collégiens de faire leurs devoirs en mode collaboratif.

Dans d’autres industries, les exemples sont nombreux : il a fallu s’adapter à l’automobile, aux télécommunications, aux médias. C’est d’ailleurs un des fameux principes généraux du droit qui m’a été inculqué dès ma première heure de cours, en première année. Le droit se doit de refléter la vie dans la société contemporaine et il doit s’y adapter. Reprenons l’automobile : la loi n’a jamais tenté d’interdire la circulation des autos. Elle a fait en sorte que cette circulation se passe au mieux et, en extrapolant un peu, elle a participé à la chute de la traction hippomobile. Le législateur aurait pu, en effet, protéger la traction hippomobile en interdisant la circulation automobile ; mais il ne l’a pas fait. Rétrospectivement d’ailleurs, cela nous aurait semblé totalement anachronique. C’était il y a une centaine d’années environ, depuis l’apparition du permis de conduire. Depuis, les choses n’ont cessé d’évoluer (voir l’histoire du permis de conduire sur Wikipedia). Le législateur a parié sur le progrès et fait en sorte que les avancées technologiques se déploient avec cohérence et harmonie.

Vu sous cet angle, la fameuse loi création et internet dite Hadopi est évidemment rétrograde et inadaptée.

Rétrograde car elle ne protège pas les auteurs ou les créateurs, mais l’éco-système des intermédiaires qui monétisent la création. Inadaptée car elle veut lutter contre un raz de marée. La loi veut mettre les droits intellectuels et autres droits dérivés dans une sorte de bulle de protection totalement illusoire.

Les droits intellectuels ce sont toutes ces redevances dont s’acquittent des industriels désireux d’exploiter des créations intellectuelles. Le secteur est vaste : culture et divertissement mais aussi sport ou événementiel. Toutes ces activités monnayent des droits d’image auprès de médias qui s’assurent des exclusivités de diffusion en contre-partie de rémunération sonnantes et trébuchantes.

Or, à l’ère de l’internet et du partage, l’information ne peut plus être une base solide de développement d’affaires et ce d’autant plus que l’abondance d’information et la facilité de diffusion font tomber tous les mécanismes de création de rareté. Toute information, tout contenu finira toujours par se retrouver diffusé massivement d’une manière ou d’une autre.

Inadaptée car l’industrie de la production telle que nous la connaissons aujourd’hui est vouée à disparaître : entre les outils d’auto-production (home studio & co.) et les moyens d’auto-promotion (MySpace, Facebook, web, etc.) les artistes ont plus que jamais les moyens de se passer de producteurs. Aujourd’hui, ne sont connus que les artistes qui passent sous les fourches caudines de l’éco-système de la production culturelle mais le nombre d’artistes va exploser et l’offre culturelle va se démultiplier. La longue traîne de la culture ne fait que commencer !

Bref, les enjeux sont énormes, puisque le législateur a devant lui un chantier d’une importance cruciale et je suis effaré de constater que les députés français ont un niveau de connaissance pitoyable en matière de technologies internet : le site Bakchich.info (merci au site qui me permet de reprendre ici ses informations) a fait un petit reportage qui en dit long : la majorité, tancée vertement par ses chefs, va voter au canon un texte inadapté et auquel elle en comprend rien !

Je me permets donc de rappeler, une fois encore, à nos députés la définition que Max Weber donne de la politique : la politique, c’est le goût de l’avenir.

Mesdames, messieurs les députés, osez vous tourner vers l’avenir : en dépit de son coût de court terme, il est porteur d’espoir et … il fini toujours par gagner !


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