Le goût de l'avenir

François Druel, PhD

Économie

Depuis la Seconde Guerre mondiale, nous vivons dans la société de consommation. Bien entendu, en soixante-quinze ans les choses ont bien changé mais les fondamentaux, eux, n’ont finalement pas trop évolué. Quand on vit en 2020, s’intéresser à l’économie permet de comprendre le monde dans lequel on vit, tout simplement.

Toute la question est de savoir comment s’y prendre…et face à un sujet aussi vaste, ce n’est pas chose facile. C’est d’ailleurs la première leçon de cette science humaine : en économie, les contraires ne s’opposent pas forcément et plusieurs chemins peuvent permettre d’atteindre le même résultat.

Jean Fourastié

Autre avantage de l’économie, comme c’est une science humaine, on y trouve parfois de très bons auteurs, agréables à lire. C’est le cas de Jean Fourastié dont l’ouvrage le plus connu est également le manifeste de toute une époque, les Trente glorieuses. Paru en 1979, cet ouvrage est naturellement dépassé mais pose les fondamentaux du monde qui est le notre encore aujourd’hui.

Economix

Plus léger et plus complet mais plus anglo-saxon dans son approche, Economix a l’avantage d’être une bande dessinée. Bien que publié assez récemment (2012) ce livre est très classique dans son approche et pose les fondamentaux de l’histoire économique. Disponible en édition originale (anglaise, à couverture verte) et traduit en français (couverture rouge), Economix fait partie de ces ouvrages (tout comme les Découvreurs) qui permettent de prendre beaucoup de hauteur.

Demain ne meurt jamais

Lever la tête du guidon, voilà l’enjeu. Nous vivons à un rythme fou, dans un monde ultra connecté où chacun aimerai déjà être à demain, tout comme Elliot Carver, le héros de Demain ne meurt jamais. En moins de vingt ans, les Gafa, ont inventé une nouvelle économie qui tend vers l’avenir chaque jour d’avantage.

Comme ils semblent ne pas avoir d’histoire, les Gafa donnent l’impression de tout graver dans le sable. Or, pour autant, le monde d’aujourd’hui nous vient du passé. Tout comme en biologie, la génération spontanée n’existe pas. Même l’innovation la plus radicale est le fruit d’une évolution.

Et c’est là tout l’intérêt de l’économie, qui pour comprendre, met les choses en perspective. En 2020, l’économie ne peut plus se contenter d’être une science humaine réservée aux élites universitaires et aux étudiants des écoles de commerce. En réalité, l’économie est une science du quotidien qui doit faire partie de notre culture générale, tout comme les beaux arts ou l’histoire.

À demain, 21 heures

Traditions

Les traditions ont un indéniable côté rassurant : on a toujours fait comme ça, alors on continue. Les traditions se transmettent de générations en générations. Nos parents avant nous les pratiquaient, nous les pratiquons depuis l’enfance et nous serons heureux de les transmettre à nos propres enfants. Les traditions construisent les cultures.

Et comme les traditions ont un petit côté fractal, il en existe à toutes les échelles : le pays, la famille ou soi-même car, avouons-le, chacune et chacun de nous vit avec ses petites traditions. Les traditions vont au delà des simples habitudes. Elles permettent de créer des rituels qui rythment nos existences.

À première vue, les traditions ne posent pas de questions, elles sont. On les respecte et on les pratique, tout simplement. À première vue du moins car les traditions posent en réalité beaucoup de questions.

Les Recettes faciles

Parce qu’elles se transmettent par la pratique, les traditions posent rarement la question du comment et c’est d’ailleurs ce qui dénote leur ancrage culturel. Amusons-nous à chercher la recette des œufs au plat, par exemple… et bien même dans les fameuses Recettes faciles de Françoise Bernard, on ne la trouve pas ! Dans le même ordre d’idée, dans certains restaurants, je suis toujours amusé de voir des touristes manger une soupe à l’oignon à déjeuner…

Les traditions posent la question du pourquoi. Certes on fait telle ou telle chose depuis toujours, mais sait-on vraiment ce qui justifie cette pratique ? En cela les traditions ne sont pas forcément si rassurantes que ça, car elles nous remettent face à nous mêmes. Pourquoi fait-on comme ci ou comme ça ? Est-ce encore justifié ? Ne pourrait-on pas faire mieux ou autrement ? Avant de nous lancer dans la reproduction mécanique d’un geste ou d’une pratique, les traditions questionnent cette pratique en elle-même.

Parce qu’elles nous permettent de remettre les choses en question, les traditions nous permettent chaque jour de nous remettre nous-mêmes en question.

À demain, 21 heures.

Simplicité

Tout a été dit, ou presque, sur la simplicité et la difficulté de faire simple. De la petite robe noire de Chanel à l’iMac de Steve Jobs, dans la vie des affaires, la simplicité a tout de la quadrature du cercle. Ne garder que l’essence même de ce qu’on cherche à faire passer, est un défi incroyable.

Henri Bergson

Du point de psychologique également, il est difficile de faire simple et nombre d’entre nous se font souvent des nœuds au cerveau pour pas grand chose, quand il suffit généralement prendre un peu de hauteur ou de parler, de poser sa pensée par la parole, comme disent les spécialistes. Là encore les ouvrages et les réflexions pullulent, à commencer le fameux Essai sur les données immédiates de la conscience d’Henri Bergson.

Souvent, cependant, les plaisirs les meilleur sont également les plus simples et il est parfois nécessaire de ne pas trop se poser de questions, de ne pas trop penser, en quelque sorte. Et c’est exactement ce qui m’est arrivé quand un de mes amis m’a fait parvenir un support de recharge pour mon Apple Watch.

Alors, oui, en pratique c’est un morceau de plastique sur lequel on pose sa montre pour la recharger. C’est confondant de simplicité mais le plaisir de recevoir ce cadeau tout simple m’a rempli de joie pour un bon moment. J’en ai même fait une vidéo.

Unboxing et présentation du stand Elago W3 pour Apple Watch

À demain, 21 heures

Courbes

Pierre Bézier fait partie de ces rares personnages dont on utilise les créations tous les jours, sans même le savoir. Au début des années 1960, pour résoudre des problèmes de conception industrielle, il a créé les courbes qui portent son nom. Ce sont des objets géométriques complexes à décrire de manière théorique mais dont la manipulation pratique est d’une simplicité enfantine. C’est ce qui fait toute leur puissance.

Une courbe de Bézier
Logo d’Inkscape

Les courbes de Bézier permettent le dessin vectoriel qui a la caractéristique d’être impossible à réaliser sans ordinateur. Mieux, le dessin vectoriel permet, dans une certaine mesure, d’abolir la notion d’échelle (voir la chronique consacrée aux fractales). Encore mieux : le dessin vectoriel fait se rejoindre description mathématique et expression artistique. Pour découvrir le dessin vectoriel, rien de plus facile, il existe de très nombreux logiciels le permettant. Inkscape, par exemple. Mais le géant du dessin vectoriel reste Illustrator, créé par la société Adobe.

Fonte vectorielle

La vraie innovation d’Adobe, cependant, n’est pas tant Illustrator ou la fameuse Créative Suite mais un langage informatique, PostScript. Les usages de ce langage sont incroyables de puissance et de diversité : les documents PDF, les polices d’affichage de votre ordinateur ou de votre téléphone portable, les pages de votre imprimante… tout ça doit quelque chose — directement ou indirectement — à PostScript et à ses descendants. L’importance de ce langage est telle qu’une de ses applications (le format PDF) est devenu une norme technique régulée par l’ISO.

Les héros sont parfois discrets et ils n’en sont que plus fascinants. Les courbes de Bézier, le langage Postscript et ses dérivés sont d’une discrétion totale. À tel point qu’on ne les voit plus. Et pourtant leur absence changerait certainement la face du monde d’aujourd’hui.

Au cours de la ruée vers l’or, dit la légende, les seuls à être devenus riches sont les marchands de pelles et de pioches. Dans la grande famille des géants du numérique, Adobe fait figure de héros discret. Un véritable manifeste pour les timides.

À demain, 21 heures

Fractales

Mises en lumière à la fin des années 1970 par le mathématicien Benoît Mandelbrot, les courbes fractales ont la propriété étonnante de présenter une structure similaire à toutes les échelles. Cerise sur le gâteau les équations qui permettent de les générer peuvent être assez simples. En pratique, on a beau zommer encore et encore sur la courbe, elle a toujours le même aspect. Sans être aisé à faire à la main, le calcul fractal ne demande pas non un ordinateur d’une grande puissance, si bien que dans les années 1980, les courbes fractales ont fait fureur dans la presse de vulgarisation scientifique.

Représentation de l’ensemble de Mandelbrot

Avec ce qu’on appelait alors un micro-ordinateur familial il était assez aisé d’écrire un programme de calcul de courbes fractales. C’était récréatif et rafraichissant. Naturellement, la théorie des fractales a trouvé des applications dans le domaine de la finance et quelques autres domaines de l’économie.

Benoit Mandelbrot (1924-2010)

Au delà des mathématiques, il est possible de regarder le monde au travers d’un prisme fractal. De très nombreuses constructions humaines ont un aspect de reproduction à l’identique avec l’échelle comme seule variation. L’organisation administrative est souvent fractale. Prenons la France : les communes, les départements, les régions, l’état (voire même parfois l’Union européenne). Les postes restent les mêmes, les responsabilités et les rôles restent les mêmes, seule change l’échelle. Le maire, le préfet, le préfet de région, le ministre de l’Intérieur. Chacun à son échelle traite le même problème.

Dans les entreprises ou les structures associatives on trouve également des organisations fractales : un vendeur, sur le terrain, qui rapporte à un directeur des ventes dans une agence locale, qui lui même rapporte à un directeur régional… et ainsi de suite jusqu’au directeur commercial monde, pour peu qu’on soit dans une multinationale. Vu sous cet angle, le monde est fait de poupées russes… et de toute la tringlerie de communication qui va avec !

Naturellement considérer le monde au travers du prisme fractal relève d’une démarche poétique, en quelque sorte. Il n’en reste pas moins que le prisme fractal permet de comprendre le monde par estimations successives. Une fois vue la structure globale il est possible de l’affiner et de la préciser mais si on ne s’est pas trompé dans sa vision initiale, on peut réfléchir avec des bottes sept lieues, en quelque sorte. Dans un monde qui semble de plus en plus complexe, prendre de la hauteur n’est pas inutile.

À demain, 21 heures

Page 10 of 39

Propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén