François Druel, PhD

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François Druel, PhD.
Consultant, enseignant, auteur
rédacteur de ce site

Circumnavigation

Depuis Magellan, partir autour du monde c’est partir à l’aventure. Après avoir été prétexte au développement du commerce (qui constituait la motivation première du projet de Magellan), et aux découvertes scientifiques (l’expédition de La Pérouse ou le deuxième voyage du Beagle restant des exemples célèbres parmi d’autres) faire le tour du Monde relève avant tout aujourd’hui de l’exploit sportif — le dernier Vendée Globe et ses diverses péripéties le démontrant une fois encore.

Un planisphère ancien

On l’oublie trop souvent, mais que seraient les échanges mondiaux sans tous les navires qui parcourent la terre en tous sens et par tous les temps ? Les marins de commerce ont leurs héros, du capitaine Haddock à Corto Maltese, naturellement. Et les marins ont les ports. Partout dans le monde, les ports sont des lieux particuliers et presque en déphasage d’un monde que, paradoxalement, ils connectent. Jacques Brel en a d’ailleurs fait une de ses plus belles chansons.

Amsterdam, par Jacques Brel (Olympia, 1966)
Joshua, le bateau de Bernard Moitessier

Mais surtout, le tour du monde incite au voyage et à l’évasion. En prenant un pari incensé Philéas Fogg, héros moderniste s’il en est courait — déjà — contre le temps.

La littérature de voyage compte également de nombreux récits d’anti-héros qui prennent leur temps. Joshua Slocum est le premier de cette série d’aventuriers des temps modernes, aux côtés Bernard Moitessier, qui d’ailleurs nomma son bateau en hommage à son prédécesseur.

Croquis de Damien

L’aventure de Gérard Janichon et Jérôme Poncet, Damien, est particulièrement touchante. Avec une grande économie de moyens et une volonté très affirmée, les deux protagonistes partent vers le nord et le froid pour une navigation qui, au total, durera presque quatre ans.

Il faudrait parler d’Antoine et de quelques autres… au delà de ces quelques exemples, tous les récits de voyages sont autant d’Odyssées fantastiques qui, en réalité, nous révèlent des aventuriers d’eux-mêmes dont les rêves nourrissent nos introspections.

En nous connectant au monde, les aventuriers nous connectent à nous-mêmes.

À demain, 21 heures

Le Papier

Depuis la nuit des temps, le papier accompagne l’activité humaine. Bien entendu, sous sa forme actuelle, le papier est une création somme toute récente mais, même produit à partir de papyrus ou de peau, le papier permettait déjà des usages proches de ceux qui sont encore en cours aujourd’hui.

La versatilité n’est pas la moindre des qualités du papier qui permet, naturellement, d’écrire du texte mais aussi de la musique, du dessin, du calcul… versatilité qui, d’ailleurs, se retrouve dans des usages qui vont de l’art pictural à l’emballage du poisson, en passant par les livres, les journaux ou les affiches !

D’une certaine manière, le papier a également structuré la vie des affaires. Que seraient les ventes immobilières sans les titres de propriété paraphés, signés et tamponnés ? Que serait le commerce sans les contrats qu’il faut signer ? Des métiers du papier, le documentaliste n’est pas le moins important, et même peut-être le plus drôle, quand on sait que c’est celui de Gaston Lagaffe qui passe sa vie à tenter de ranger les bureaux de la société qui l’emploie (à rien faire, comme chacun sait).

Gaston Lagaffe

Le papier était tellement présent dans les entreprises que dès le milieu des années 1990, c’est en s’attaquant au papier que les ordinateurs personnels ont envahit les bureaux. Le concept (et mythe éternel !) de bureau sans papier a donné naissance à la bureautique, terme désormais tombé en désuétude tellement les outils numériques se sont imposés comme des évidences.

Mais surtout, parce qu’il nous incite à la créativité, le papier a encore de beaux jours devant lui ! Armé d’un stylo ou d’un crayon, il est possible de passer du texte au croquis et même au dessin. Le papier permet de projeter sa pensée et permet de lui donner une forme assez libre. De plus, s’exprimer sur du papier ne demande pas nécessairement une grande maitrise technique.

Et il est même possible de fabriquer ses propres carnets, ce qui permet de faire du support un moyen d’expression en soi. C’est ce que fait Ninon dans cette vidéo. Voilà une idée d’activité pendant le confinement…

Comme Ninon, lancez-vous dans la fabrication de vos propres carnets…

À demain, 21 heures

PS : cette chronique est la cinquantième de ce blog… à cette occasion, je prépare une petite évolution… affaire à suivre 😉

Construire

Les clichés ont mauvaise presse, en particulier lorsqu’il s’agit des peuples et des gens. Pour plomber une conversation, rien de mieux que de se lancer dans une tirade du style les Français sont comme ci ou bien encore les Allemands sont comme ça. Essayez, vous verrez, c’est radical !

Et pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est exactement ce que fait l’émission Karambolage, diffusée sur Arte chaque dimanche soir depuis 2004. Avec beaucoup d’humour et un habillage caractéristique, l’émission présente des spécificités allemandes et françaises de toute nature et en réalité, elle présente des clichés en détail pour mieux les déconstruire.

Le logo de Karambolage

D’un format de douze minutes environ, chaque émission se compose de plusieurs sujets (généralement trois ou quatre). Karambolage est également présente sur Youtube, ce qui permet de regarder l’émission à sa guise. Encore mieux : la plupart des sujets y sont présents individuellement, ce qui se révèle très pratique.

https://youtu.be/jKEGf28WUH0
Un amusant sujet de Karambolage sur les Playmobil

Mais surtout, sans en avoir l’air, Karambolage joue un rôle plus important qu’il n’y parait. Parce qu’elle permet aux peuples de mieux se connaitre (l’émission est disponible en français en et allemand), cette émission apparemment légère joue un grand rôle dans la construction du sentiment d’appartenance à l’Union européenne. Car face à une construction perçue comme lointaine, technocratique et abstraite, l’enjeu est bien de rendre l’Union concrète pour chacune et chacun d’entre nous.

Vous ne commencez pas une révolution en combattant l’état mais en présentant les solutions

Le Corbusier

Ce que Le Corbusier disait de l’architecture peut s’appliquer à de nombreux domaines, dont la construction de l’Union européenne. Tout comme les compagnies aériennes low cost permettent de découvrir les grandes villes de l’Union, Karambolage permet de rendre tangible les similitudes et les différences. Autrement dit Karambolage permet aux peuples de mieux se connaître.

On pourra regretter qu’il n’existe pas un Karambolage par pays membre de l’Union mais surtout, on se félicitera qu’une telle émission existe pour construire des ponts entre les peuples.

À demain, 21 heures.

Monsieur Hulot

Tout, ou presque, a été dit sur monsieur Hulot et son génial créateur (Jacques Tati) qui cherchait à personnifier une certaine idée non pas de la France, mais des français. Ce personnage lunaire et fantasque court d’un film à l’autre, pointant du doigt les archétypes d’une nation.

Monsieur Hulot (Jacques Tati) dans Mon Oncle (1958)

Pour s’en faire une idée, on pourra (re)voir avec bonheur Les vacances de monsieur Hulot (1953). C’est un film enraciné dans la culture populaire française qui est formellement très travaillé et d’une grande dimension artistique. Les mouvements de caméra, les angles de prise de vue, la photo en noir & blanc, les innombrables bruitages… tout l’art cinématographique de Tati saute aux yeux. On comprend vite pourquoi ce film a reçu autant de prix.

Une des affiches des Vacances...

Il est de bon ton de dire que ce film n’a pas pris une ride… Or cette affirmation revient à ignorer le monde qui nous entoure ! Du point de vue artistique, certes, les films de Tati sont des grands classiques et ils ont marqué l’histoire du cinéma. Du point de vie sociologique, en revanche, ces films, qui ont été tournés entre 1949 et 1974 sont totalement dépassés. La société française de 2021 n’a plus l’homogénéité culturelle qui prévalait encore durant les Trente glorieuses.

La France d’aujourd’hui est totalement perdue face à l’image de la France d’hier car un grand nombre de références culturelles autrefois évidentes nous échappent. Les vacances de monsieur Hulot appartient au patrimoine du cinéma français et mondial… mais, plus de soixante-cinq ans après sa sortie, du point de vue sociologique, il est ridé et poussiéreux. Il doit rester ce qu’il est devenu : un témoignage humoristique et caustique sur une époque révolue.

Mais surtout, on pourrait se demander si monsieur Hulot existe encore aujourd’hui. Si oui, à qui pourrait-il ressembler ? Quel serait son sexe ? Son genre ? Sa culture et son éducation ? Est-il franchement vegan ou un peu flexitarien ? Bref, existe-t-il encore un français moyen dont on peut se moquer gentiment sans s’attirer les foudres des pro-ceci et des anti-cela ?

Venu du passé, monsieur Hulot nous met face à notre présent et nous interroge sur notre avenir.

À demain, 21heures.

John Ludd

Alors que la Révolution industrielle permettait la mécanisation de l’artisanat, John Ludd, ouvrier de légende, tentait de se battre contre les machines, allant notamment jusqu’à exiger qu’on leur applique les mêmes horaires de travail qu’aux tisserands voire, allait jusqu’à détruire les machines.

John Ludd dans l’imaginaire collectif

Force est de constater que plus de deux cents cinquante ans après, les luddites existent toujours. Ils tentent maladroitement de lutter contre le progrès non pas tellement au motif que c’était mieux avant mais que la préservation du statu-quo serait une situation préférable.

Or, lorsqu’une innovation s’impose (de l’automobile à l’aspirateur en passant par le smartphone) rien ne peut la retenir. Et c’est précisément parce qu’elles ont des impacts majeurs que les innovations importantes deviennent des phénomènes de société.

Le chapitre consacré aux prométhéens et aux pastoralistes de l’essai Breaking smart de Venkatesh Rao résume parfaitement les choses pour le numérique mais il est tout à fait possible d’étendre l’analyse à d’autres domaines.

Prométhéens et pastoralistes

La résultante du conservatisme est connue. Ses partisans deviennent dogmatiques et finissent par être laminés par la vague de fond contre laquelle les piètres digues qu’ils tentaient de construire ne peuvent rien. C’est ce qui est arrivé à la tristement célèbre — et pour ainsi dire mort-née — Hadopi il y a quelques années.

Mais surtout, John Ludd et son mouvement nous interrogent sur le progrès et sur l’inexorable fuite du temps que, bien entendu, on ne saurait arrêter. Déjà dans sa fable Le chêne et le roseau Jean de Lafontaine vantait les mérites de l’adaptabilité. Plus près de nous, dans L’origine des espèces, Charles Darwin le démontrait scientifiquement. Dans le même esprit, E. Rogers analysait, quant à lui, la diffusion des innovations et démontrait, dans un ouvrage qui fait encore référence, que ce qui doit s’imposer finit toujours par l’être, s’imposant inéluctablement dans toute la société.

Cycle de diffusion de l’innovation, d’après Everett Rogers

Il est naturellement possible de faire des pas de côté, mais face à une innovation majeure (technologique ou sociétale), la question n’est pas tant de savoir si on va l’adopter, mais quand on l’adoptera.

À demain, 21 heures

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