Depuis une formule d’André Malraux restée célèbre, on ne se posait pas beaucoup de questions sur la nature du XXIeme siècle : il sera religieux ou ne sera pas… d’ailleurs, depuis quelques années, les analystes ne se sont pas privés de noter, si ce n’est de stigmatiser, la montée de toutes les formes de spiritualités, ce qui n’a fait que souffler sur les braises d’altérités d’autant plus difficiles à accepter qu’elles sont nouvelles.
Par ailleurs, de même que historiens ont fait débuter le XXeme siècle en 1914, je pense qu’on pourra faire débuter le XXIeme siècle en 2008, année marquée par deux événements majeurs : l’élection du premier président noir des USA (qui, signe supplémentaire, a nommé une femme hispanique à la Cour Suprême) et la crise financière mondiale, qui, je le crois, va marquer les esprits (à défaut de changer les pratiques immédiates, qui suivront à une génération de distance).
En 2009, pour répondre à la crise et dans l’esprit de l’assertion de Malraux, les dirigeants ont, assez unanimement appelé à une moralisation de l’économie mondiale et, plus largement, le facteur humain se rappelle au bon souvenir des gestionnaires (parfois douloureusement, comme c’est le cas chez France Telecom actuellement). On pourrait voir dans ces phénomènes une corrélation des deux propositions que je viens de rappeler.
Or, je pense qu’il en n’est rien : je crois qu’il ne s’agit avant-tout que du signe avant-coureur d’une mutation très profonde des nations, la mutation de la mixité. Les vastes mouvements de populations que le Monde a vécu depuis les 60 dernières années (c’est à dire, faut-il le rappeler, 3 générations, à l’échelle humaine) ont changé radicalement la nature même des nations. Aux Etats-Unis, les statisticiens ont montré que les blancs seront minoritaires dès 2042 environ : à partir de cette année là (et sans doute avant) les blancs (qui aujourd’hui représentent environ 60 % de la population) seront minoritaires, les autres races (hispaniques, noirs, asiatiques, multi-raciaux) représentant 54 % de la population. L’Europe (dont la France) connaissant des mouvements démographiques comparables, elle va elle aussi prendre une tendance équivalente.
Naturellement, la nature humaine ayant horreur du changement, cette évolution inéluctable ne se fera pas sans heurts : les communautarismes en tous genres se sont déjà installés et ils vont durer. Les racismes aussi. La cohabitation de ces deux mouvements ne se fera pas dans l’harmonie (les propos abjects de Brice Hortefeux en sont la preuve vivante). La poussée aux extrêmes est même prévisible, les deux positions se radicalisant.
Un mouvement de métissage va, lui aussi, inéluctablement se produire : des individus de toutes ces races vont se mélanger, créant une population nouvelle. C’est dans ce nouveau groupe de population que je place mon espoir : elle n’aura d’autre choix, en effet, que d’avoir son identité devant elle. Elle devra regarder vers l’avenir pour construire une nation et un pays neufs.
De 1789 à 1914, il aura fallu 125 ans (c’est à dire presque 7 générations) à notre pays pour construire la nation qui a connu son apogée dans les 30 glorieuses : la France chrétienne-démocrate du gaullisme triomphant. Des métissages ethniques naitra une vraie mixité sociale et partant la construction d’une nation nouvelle, avec des règles nouvelles, des pratiques nouvelles, une vie nouvelle. Combien de temps faudra-t-il pour construire cette nation ? Sans doute moins car le rythme est plus soutenu. De plus il est entretenu par des initiatives courageuses, d’ailleurs actuellement surtout publiques (qui aurait imaginé de voir un jour des noires ou des beurettes ministres ?). De ce métissage nécessaire, naitront des Fourier, des Rousseau des Godin et des Le Corbusier… qui par petites touches, dans un mouvement de bas en haut, feront naître la société nouvelle.
Depuis la révolution industrielle, la technique et le progrès ont porté l’humanité. Avec l’irruption des technologies de l’information, c’est la société toute entière qui est entrée dans une sorte de folie technologique. N’en déplaise aux prospectivistes et autres futurologues, je pense que les choses sont maintenant trop engagées et que ce qui doit arriver arrivera. D’ailleurs le cinema d’anticipation nous en donne régulièrement une vision poétique qui touche parfois à l’angoisse : les méga-réseaux feront naître une citoyenneté électronique et nous vivrons dans l’ubiquité. Les technologies, nano ou autres, nous permettront de repousser toujours les limites de la connaissance et des capacités. La Terre va continuer à vivre à son rythme (étalon de mesure du rythme terrestre : le million d’années) et s’adaptera…
L’homme, face à son destin, a devant lui le défi du progrès social, sans quoi rien n’est possible.
Francois
PS : les données démographiques viennent du Dessous des cartes émission diffusée sur Arte.
PS 2 : A regarder également, Architectures, toujours sur Arte.
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