En juillet, alors que je ne pensais pas partir en vacances, je suis allé à l’Arlequin, voir Les vacances de monsieur Hulot en version remasterisée. Comme la plupart des oeuvres de Tati, ce film est enraciné dans la culture populaire française. Enfant, je l’avais vu plusieurs fois à la télévision et j’en gardais un vague souvenir : la partie de tennis, les scènes de restaurant, la vieille auto pétaradante…

Mais là, j’ai eu un choc ! D’abord parce que le grand écran redonne à ce film formellement très travaillé sa pleine dimension artistique : les mouvements de caméra, les angles de prise de vue, la photo en noir & blanc, les innombrables bruitages… tout l’art cinématographique de Tati saute aux yeux sur un écran de cinéma alors que la télévision l’avait émasculé, si je peux m’exprimer ainsi.

(Re)voir ce film sur grand écran est une réelle découverte artistique. Il y a quelqujes années, j’étais allé voir Mon oncle (au Balzac) mais je n’avais été aussi frappé par le soin presque maniaque qui Tati a apporté aux vacances (la critique sociale est le coeur de Mon oncle alors que Les vacances se cantonne en fait à une observation à la limite du caustique). Je comprends mieux pourquoi Les vacances a reçu autant de prix.

Ensuite, parce que ce film m’a laissé assez dubutatif, finalement : lors de la resortie du film, la critique a été unanime : le film n’a pas pris une ride… C’est à ce demander si les critiques regardent le monde qui les entoure ! ! Du point de vue artistique, certes, ce film est un grand classique. Du point de vie sociologique, en revanche, ce film, qui date de 1953, est totalement dépassé.

La société française de 2009 n’a plus l’homogénéïté culturelle qui prévalait encore dans les années 1950. Il se trouve que je suis allé voir ce film avec une amie française de culture marocaine : la pauvre était totalement perdue car un grand nombre de références culturelles lui ont échappé. La pension de famille, la cloche qui appelle les clients à dîner, la galanterie… autant de notions (entre autres) que j’ai dû lui expliquer.

Les vacances de monsieur Hulot appartient au patrimoine du cinéma français de culture française… mais, presque 60 ans après sa sortie, du point de vue sociologique, il est ridé et poussiéreux. Il doit rester ce qu’il est : un témoignage humoristique et caustique sur une époque révolue.