Au nombre des serpents de mer à même de sensibiliser l’opinion publique, il y a la retraite ! Qu’il s’agisse de son mode de calcul, de son type (par répartition, par capitalisation), de son montant… la retraite aiguise l’intelligence des foules !

En France, le principe de la retraite par répartition semble acquis. En conséquence, ce sont les actifs qui financent la retraite des inactifs. Grâce aux avancées de la médecine, on vit de plus en plus vieux et donc, indépendamment de leur poids démographique, les retraités pèsent de plus en plus sur les actifs.

Depuis quelques temps, ce serpent de mer a refait surface, cette fois sous l’angle de l’âge légal du départ en retraite. Les positions défendues par les différents acteurs sont, en grande partie, doctrinaires : au nom des acquis sociaux, certains acteurs considèrent que l’âge légal actuellement fixé à 60 ans ne saurait être remis en cause. Au contraire, les partisans d’une évolution de cet état de fait invoquent un principe de réalité pour le faire évoluer.

Comme toujours, il faut couper la poire en deux : si la retraite à 60 ans continue de se justifier pour des activités pénibles, il faut reconnaitre que les métiers de service (qui sont majoritaires) peuvent tout à fait s’exercer jusqu’à 65 ans et au delà.

De plus, il faut prendre en compte le fait que l’arrivée dans le monde du travail se fait maintenant de plus en plus tard, grâce, notamment au fait que le temps consacré aux études s’est considérablement allongé : en 1936 on comptait 2,7 % de bacheliers par classe d’âge , en 1970 cette proportion était de 20 % et en 2006 on comptait 63,8 % de bacheliers dans une classe d’âge (source ministère de l’Education nationale). Si on considère que l’entrée à l’université se fait aux alentours de 19 ans (comme le démontre cette étude malheureusement un peu ancienne), l’arrivée sur le marché du travail va se faire globalement entre 21 et 26 ans… il est loin le temps où on entrait dans la vie active à 14 ans, après le certificat d’études !

Et maintenant, prenons un exemple, le mien, tout simplement : né en 1968, j’ai eu mon bac à 19 ans et j’ai terminé mes études à 24 ans. Je ne suis entré sur marché du travail qu’à 26 ans, une fois mon service militaire effectué.

Sachant qu’il faut 42 années de cotisations pour prétendre à une retraite à taux plein, je ne pourrai donc faire valoir mes droits qu’à partir de 2034. Naturellement, je pourrai retrancher une année pour cause de service militaire et les quelques mois engrangés à l’occasion de mes boulots d’été, mais je devrai également tenir compte de mes périodes d’inactivité. Bref, je pourrai en théorie prétendre à la retraite aux alentours de 2036… j’aurai alors 68 ans !

La conclusion est kafkaïenne : faudra-t-il partir à 60 ans, mais avec une retraite amputée ou bien continuer à travailler pour prétendre à une retraite à taux plein que je ne pourrai prendre que bien après 65 ans ?

Comme vous sans doute, je suis entre le marteau et l’enclume !