François Druel, PhD

Étiquette : Réflexion(s)

Temporalités

S’il y a une notion qui a changé au cours des cinquante dernières années, c’est bien le présent. Alors, naturellement, une heure dure toujours une heure mais la surenchère technologique a tout rendu efficace et donc rapide. Ce qui s’est accéléré c’est le rythme auquel nous vivons. Du four à micro-ondes à Twitter, tout va plus vite : les pâtes cuisent plus vite, les informations circulent désormais à la vitesse de l’électron. Et dans ce contexte la tentation de tout analyser à chaud est grande. On passe d’une indignation à l’autre et un clou chasse l’autre à un rythme effréné.

Or, penser et même vivre demandent du temps. Pour réfléchir il est nécessaire de prendre son temps, pour, comme dit joliment une amie, poser son cerveau. Parce que si nous tendons tous vers l’avenir, il ne faut pas oublier que nous venons du passé. Ou, pour le dire de façon plus imagée, parce que le présent réalise le passé et préfigure l’avenir.

Civilisations impériales, Éditions du Félin.

Prendre son temps pour analyser à froid, c’est ce qui fait tout l’intérêt de la démarche historique et c’est même pour cela que nombre d’archives sont mises au secret pendant cinquante ans, voire même soixante-dix ou cent. L’histoire ne se fait pas au fil de l’eau. Elle se vit au passé. Faire de l’histoire c’est en quelque sorte poncer la vie.

Alors que le nouveau millénaire s’annonçait, le professeur Jean Mathiex publiait Civilisations impériales. En deux tomes, on peut ainsi découvrir la Grèce et Rome mais aussi l’Inde et le Portugal, la Russie, les mondes chrétiens et musulmans. Et comme il s’agit d’un ouvrage d’historien, il est tout à fait possible de s’y replonger aujourd’hui. Le style a vieilli mais les analyses permettent d’éclairer nombre de réalités du quotidien.

Ce livre est épuisé. Il faudra donc aller le lire en bibliothèque. Mettre Twitter en pause, arrêter de vivre au rythme de BFM et prendre son temps pour comprendre d’où nous venons. Cela permettra aussi d’éclairer les directions à prendre. Une activité à faire en couvre feu, somme toute.

À demain, 21heures.

Architecture

La durée est certainement ce qui frappe le plus quand on s’intéresse à l’architecture. Construire, en effet, c’est bien sûr s’inscrire dans l’espace mais c’est aussi et peut-être surtout s’inscrire dans le temps. C’est sans doute pour cela que l’architecture est un art aussi conceptuel. Il faut imaginer, envisager et prévoir. L’architecture permet de donner corps à une vision du monde qu’on peut proposer ici et maintenant mais qu’on peut également proposer aux générations futures.

Une émission de la série Architectures

Depuis 1996, la série Architectures analyse des constructions qui ont marqué le temps. Je suis toujours frappé et séduit par l’esthétique de cette série : des épisodes courts, un style minimaliste, un commentaire qui semble neutre (en apparence du moins), des plans chirurgicaux. Il y a dans la série Architectures une dimension d’intemporalité qui incarne tout à fait le rapport au temps qui est celui des constructions analysées.

Mais si l’architecture est un des beaux-arts, c’est certainement également le plus politique, au sens premier du terme : l’organisation de la cité et plus largement l’organisation d’un pays. On passe alors de l’architecture à l’urbanisme. Regarder un plan (d’un quartier, d’une ville, d’un pays) donne souvent une bonne vision de l’organisation politique sous-jacente. Prenons une carte de France. Regardons les réseaux de transport. Qu’ils soient ferroviaires ou routiers, ils font de Paris le centre du pays. Le jacobinisme qui prévaut depuis la Révolution (et qui, en réalité, remonte à Louis XIV) est en quelque sorte incarné dans les infrastructures de notre pays.

En passant des constructions à l’urbanisme, on passe de l’inerte et et de l’intemporel au social et l’historique. En réalité, étudier l’architecture, c’est étudier la vie.

À demain, 21 heures

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