Je suis toujours frappé d’entendre des entreprises et même des individus dire qu’ils font de l’innovation. Et ce, pour deux raisons :
D’une part l’innovation ne se décrète pas, elle se constate
C’est ce que j’appelle le paradoxe de Druel : pour innover, il faut se projeter dans l’avenir et chercher à détecter et travailler des besoins émergeants. Une fois qu’on a proposé quelque chose, c’est le marché qui sert de juge de paix. Si l’idée ou le produit ou le service nouveau est adopté alors on a innové.
Plus largement, l’innovation ne relève pas de décisions politiques ou d’un processus de sélection qui tient plus du concours de beauté ou du comice agricole qu’autre chose !
Il ne s’agit pas tant de sélectionner quelques projets sur des critères abscons que de développer un terreau favorable permettant à tout projet de se lancer.
Là est bien le soucis de la création de valeur en France : Comme nous avons la phobie de l’échec, personne ne veut se planter et un porteur de projet doit donc passer sous d’innombrables fourches caudines. Un porteur de projet va de subventions en subventions, de ronds de jambes en ronds de jambes et de lobby en lobby. C’est presque darwinien au sens propre du terme : seuls les plus forts résistent et se sont tellement épuisés dans des marathons du financement qu’ils n’ont plus d’énergie pour faire avancer leurs idées. Pour un projet qui résiste à cette lessiveuse, dix n’osent pas se lancer.
C’est bien là la différence entre la France et d’autres pays du Monde où la création d’entreprise (qui est consubstantielle de l’innovation) est un modèle en soi. On a une idée, on crée une entreprise. On a sa chance. On se plante ? Même pas mal ! On peut se relever et recommencer…
D’autre part parce qu’on ne fait pas de l’innovation
J’ai l’impression que certains font de l’innovation comme d’autres font la Grèce ou les lacs italiens : en touristes !
Ils visitent tout un tas de sujets, de produits, de services, d’idées et cherchent à remettre à plat. Evidemment, quand on prend l’innovation dans ce sens là on a jamais fini et on innove réellement jamais…. on se fait plaisir en brassant des concepts et en se gargarisant de mots.
Champions toutes catégories de ceux qui font de l’innovation, les porteurs de projets. Ces innovateurs là ne sont rien moins que des imposteurs qui vont de projet en projet, qui pensent qu’l existe des méthodes pour innover mieux ou bien.
Il y a dans l’innovation une dimension initiatique au sens propre du terme : on a une idée, on la sent au plus profond de ses tripes, on fait tout pour la faire émerger, on remue ciel et terre… pas besoin de porteur de projet ou de gestionnaire : quand on a son projet chevillé au corps on met tout en œuvre pour le faire aboutir.
A ce propos, j’aime beaucoup cette citation de Pierre-Gilles de Gennes (prix Nobel de chimie 1991) :
Le vrai point d’honneur n’est pas d’être toujours dans le vrai. Il est d’oser, de proposer des idées neuves, et ensuite de les vérifier. Il est aussi bien sûr, (…) de savoir reconnaître publiquement ses erreurs (…) L’honneur du scientifique est absolument à l’opposé de l’honneur de Don Diègue. Quand on a commis une erreur, il faut accepter de perdre la face.
Je crois que tout est là : l’innovation n’est pas une méthode ou une marotte, c’est avant-tout la volonté de faire émerger une idée, de se confronter au marché en proposant quelque chose de concret.
Pensons à Louis Renault, à Jean Mantelet, à Steve Jobs ou à qui vous voulez : ils ne cherchaient pas à faire de l’innovation mais à résoudre des problèmes avec des produits différents…