Le goût de l'avenir

François Druel, PhD

Dictionnaires

Le Grand Larousse et le Petit Robert, le Gaffiot et le Bailly mais aussi Tout l’univers, L’Encyclopædia Universalis et le Quid. Il fut un temps où la connaissance n’était disponible qu’avec parcimonie et réservées aux lecteurs des bibliothèques. Un temps où l’orthographe s’apprenait… C’était une certaine idée du savoir. La pertinence du fond n’allait pas sans une certaine élégance de la forme.

Il est intéressant de constater qu’à l’heure du fact checking (qu’on pourrait considérer comme un doute cartésien étendu à la planète entière), on questionne généralement le fond sans réellement mettre la forme en cause. Untel, unetelle a dit çi ou ça. D’accord, mais dans quelles conditions ? À quelle occasion ? Dans quel contexte ? Sur quel support ? C’était le domaine de l’herméneutique, la lecture de la forme des messages.

Une page de dictionnaire

En réalité, depuis des années, les correcteurs orthographiques, Wikipédia et quelques autres outils ont, en quelque sorte, automatisé la mise en forme de nos réflexions. On ne vérifie plus l’orthographe, Word s’en occupe. On ne vérifie plus tel ou tel fait, Wikipédia le sait. Les hashtags et les influenceurs font la vérité. Le numérique n’est plus un outil, c’est un état d’esprit qui modèle notre manière de réfléchir.

Mais surtout, de même qu’on pense avec des mots, on travaille avec des outils. Ce qu’il convient de maîtriser aujourd’hui ce sont des outils techniques (les logiciels de traitement de texte et de présentation, les applications de dessin et, pourquoi pas, les expressions régulières, ou même un peu d’HTML), faute de quoi mettre en forme ses idées et les diffuser devient un exercice périlleux.

Du code HTML

De même que les dictionnaires permettaient de penser avec élégance, les outils numériques permettent de communiquer avec efficacité.

Au temps des dictionnaires on faisait des mots croisés, à l’heure des outils numériques on fait des sudoku. Ce n’est ni mieux ni moins bien qu’avant, c’est la réalité d’aujourd’hui.

À demain, 21 heures

Rideaux

Avec les beaux jours arrive le grand nettoyage de printemps ! Ce véritable rituel est tombé en désuétude mais il donnait à nos grands-mères l’occasion d’ouvrir les armoires, de retourner les matelas et de nettoyer les rideaux…

Les rideaux nous semblent naturels. Il y en a partout aux fenêtres et c’est même parfois un des premiers ameublements qu’on installe pour se sentir véritablement chez soi. Or, en réalité, les rideaux sont avant tout culturels. Il suffit de voyager pour s’apercevoir qu’il existe des pays à rideaux et des pays sans rideaux.

À première vue il est tentant de se dire qu’on trouve les pays sans rideaux au nord et les pays avec rideaux au sud. On aura pas tord mais une approche plus subtile est également possible. Bien souvent les pays sans sont de culture protestante et les pays avec sont de culture catholique.

Au delà de la quantité de lumière, les rideaux en disent long sur le rapport des peuples à la pudeur. Il suffit d’aller faire un sauna dans un pays sans rideaux pour s’en rendre compte en pratique.

Du temps où certains soldats français faisaient leur service militaire dans une Allemagne alors occupée, ils découvraient avec surprise que les douches des casernes allemandes ne comportaient pas de cabines… normalité pour les uns, horreur pour les autres.

Et, de l’intimité à la vie privée il n’y a qu’un pas. Cette différence se retrouve également dans le rapport des populations à leurs données personnelles. Pas étonnant que le pays de la Loi informatique et libertés, soit, justement, un pays à rideaux.

Impasse des deux palais par N. Mahfouz

Mais surtout, les rideaux nous rappellent que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Quand le rideau se fait moucharabieh, on peut voir sans être vu et distinguer un espace sans forcément le séparer d’un autre. D’ailleurs, le moucharabieh est un des personnages centraux d’Impasse des deux palais des un très beau roman de Naguib Mahfouz qu’on pourra (re)lire avec plaisir.

un moucharabieh égyptien

En réalité, les rideaux questionnent notre rapport à l’intimité et donc notre rapport au monde.

À demain, 21 heures

Podcast

Le cinquantième billet de ce blog a été posté le 24 mars dernier et je vous annonçais une petite surprise (qui me trottait dans la tête depuis quelques temps déjà). Et bien, pour célébrer ce premier point de passage, les articles de 21 heures.com seront désormais disponibles en podcast !

Plus facile à faire qu’une vidéo et plus pratique à écouter, ce podcast fera de 21 heures.com une sorte de radio émettant deux minutes par jour. Cela peut paraître modeste mais après tout, les plus long voyages commencent par un premier pas, qu’il s’agisse d’aller découvrir le monde ou de partir sur le chemin de la résilience.

Désormais, chaque chronique sera disponible en audio. Petit à petit, toutes les chroniques (il y en cinquante-quatre avec celle que vous lisez actuellement) seront disponibles en audio également.

21 heures.com est disponible sur Anchor.fm. Il est très facile de vous y abonner via Spotify et quelques autres services de diffusion.

Cliquez sur la montre pour découvrir le Podcast

Mais surtout, cela n’a vraiment rien d’un exploit, comme pourraient peut-être le penser celles et ceux qui ont connu le monde d’avant (avant internet, les ordinateurs, les smarphones). Diffuser un podcast (ou une vidéo sur Youtube) est même à la portée du premier venu disposant d’un smartphone, d’un peu de temps et d’une idée, aussi petite soit-elle ! Tous ces outils sont tellement évidents que plus personne ne les pense comme des innovations. Tout cela n’est que la normalité d’aujourd’hui.

Un livre pour mieux connaitre les Gafa

Et c’est d’ailleurs ce qui fait la force des services proposés par les Gafa. En s’ancrant dans le concret, ils nous offrent des outils pour faire et pas des concepts pour penser. Alors que pendant des siècles le savoir (avant tout abstrait) se transmettait par l’éducation, les Gafa nous font entrer dans le monde de l’apprentissage, où la transmission se fait par le geste. Il ne s’agit plus d’avoir raison ou tord mais de se confronter au réel et d’essayer, puis de progresser.

Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends

Nelson Mandela

Parce qu’ils nous proposent des outils, les Gafa font de nous des apprentis du quotidien.

À demain, 21 heures

Académique

Dire classique c’est souvent penser musique classique, qu’on oppose généralement à musique populaire, avec parfois un brin de condescendance. Or cette distinction a quelque chose de perturbant car la notion de classique évolue au fil du temps.

Peut-être conviendrait-il de parler de musique académique en ne l’opposant plus à populaire mais à progressive, par exemple. Avec cette approche, on pourrait classer les Beatles dans la musique classique, ce qu’il sont devenus, presque soixante ans après leurs premiers succès. Autrefois rebelle, en effet, la musique des Beatles est aujourd’hui d’un conformisme absolu.

The Beatles, à l’époque de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band

En matière d’éducation on a longtemps opposé les études classiques (qu’on appelle aujourd’hui littéraires) aux études modernes (aujourd’hui scientifiques) alors qu’il peut être d’une grande modernité d’étudier les auteurs classiques et d’un conformisme absolu d’étudier les sciences. D’ailleurs, les universités ont d’ailleurs gardé cette approche en silos, séparant les étudiants de lettres et ceux de sciences, la culture d’un côté, le savoir de l’autre… tant et si bien qu’on finit par former ou bien des cultivés ignorants ou bien des sachants incultes !

Mais surtout, opposer classique et moderne permet de s’interroger sur l’académisme. Depuis l’antiquité, une académie rassemble des savants reconnus par leurs pairs. Bref, qu’il soit littéraire ou scientifique (et même médical), le savoir académique, c’est le savoir officiel, reconnu… fréquentable, en quelque sorte.

Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis

André Gide

Face à toute cette bien pensance académique, il est parfois utile de se souvenir de cette belle citation d’André Gide (par ailleurs prix Nobel de littérature, Gide n’étant jamais à un paradoxe près !) qui nous interroge sur la rapport entre conservatisme et progressisme. Le savoir académique, par sa nature même, est conservateur. Partant, comment peut-il nourrir le progrès ? Pour progresser faut-il commencer par s’approprier le savoir académique avant de mieux s’en détacher ?

« Du passé faisons table rase » chantent les révolutionnaires dans l’Internationale. Peut-être y a-t-il là une leçon plus profonde qu’il n’y parait !

L’Internationale en français

À demain, 21 heures

Résilience

Parmi les mots à la mode actuellement, résilience est certainement le champion ! Il y a encore dix-huit mois, c’était un obscur concept réservé aux amateurs de développement personnel mais le contexte sanitaire actuel a beaucoup changé les choses, tant et si bien que la résilience a envahit notre quotidien.

Édition originale du Tao de Pooh

Naturellement des spécialistes n’ont pas manqué d’apparaître et de courir les médias pour pontifier sur le sujet. Il faut reconnaitre que le concept n’est pas facile à aborder. Pourtant, dans Le Tao de Pooh, Benjamin Hoff propose une approche originale : présenter les principes du Tao en mettant en scène les personnages de Winnie l’ourson. La démarche est étonnante et le résultat aussi amusant qu’efficace. Paru en 1982, ce livre a été récemment retraduit et réédité en français. Bien entendu il est question de Tao mais pas seulement. Ce livre constitue également une excellente introduction au concept de résilience.

Pour aborder la résilience, il faut aussi s’attaquer à l’authenticité. Et c’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y parait car être authentique nous renvoie à nous-mêmes et à nos faux semblants. Être authentique ne consiste pas seulement à tomber le masque mais avant-tout à faire en sorte d’être en phase avec soi-même et, en quelque sorte, de sonner juste.

Mais surtout la résilience invite à nous ancrer dans le concret. La résilience ne s’explique pas, elle s’apprend un pas après l’autre et elle se pratique au quotidien. La résilience se cache dans les détails, somme toute.

Comprendre la résilience ne relève pas de l’éducation mais de l’apprentissage. S’approprier la résilience passe avant tout par le geste et donc par l’exemple.

Alors qu’elle traversait une mauvaise passe, Clémence a pris le taureau par les cornes. Avec beaucoup de pragmatisme, cette Maman économe a cherché des solutions pour s’en sortir.

Clémence a beaucoup d’énergie et prend la vie avec autant d’humour que de philosophie. Clémence nous invite à nous mettre en marche.

La résilience est un road movie sur les chemins de la vie.

À demain, 21 heures.

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