Dimanche 14 mars, fiers de notre devoir de citoyen, nous irons voter. Nous irons exprimer nos convictions. C’est la démocratie.

Et puis, dimanche soir, à partir de 20h00, va commencer sur toutes le chaînes de télévision et de radio la même émission, aussi pitoyable quelque soit la chaîne : l’insupportable école des fans des soirs d’élections.

Quelques soient les résultats des urnes, en effet, tout le monde aura gagné ! Ce sera merveilleux, chacun à sa place, chacun jouant son rôle (et s’il veut en sortir, les journalistes rappelleront à ce subversif homme (ou femme) politique quelle partition il (ou elle) doit jouer).

Naturellement, les trois partis qui ont été portés sur le trône de la grandeur par les analystes et les sondages (PS, UMP, Verts) seront satisfaits et heureux des résultats qui, comme par hasard, démontreront la pertinence de leurs analyses et de leurs propositions (souvent brandies telles des boucliers de vertu et trop souvent réduites à la surface d’un timbre poste, quand on a pris le soin d’en expurger l’inutile et le superflu). Naturellement, le FN et le Front de Gauche auront le monopole du rôle de trublion, comme toujours… et les autres partis seront oubliés !

Clou du spectacle, le président de la République, qui a foulé aux pieds le principe de neutralité qu’il devrait respecter, va lui aussi aller patauger dans ce marigot de la félicité mais, cerise sur le gâteau, non seulement il ne tirera pas de leçon du scrutin (et il a déjà eu l’outrecuidance de l’annoncer ! On croit rêver) mais il ne prendra même pas la peine de remanier en profondeur un gouvernement usé jusqu’à la corde… Si certains ministres sont battus aux Régionales il y a de fortes chances qu’ils restent au gouvernement… qui va se transformer en ramassis de loosers ! Vive la France et bonjour chez vous.

Bref, une fois encore, les médias imposeront à la France entière l’image non pas de ce qu’elle est mais de ce qu’ils souhaiteraient qu’elle soit : une bonne vieille démocratie bien vieillotte, avec deux grands courants bien définis. Il faut dire que ça facilite les soi-disantes analyses de la plupart des éditorialistes.

Pourtant, il suffit de regarder autour de soi pour voir que ce tableau qu’on voudrait imposer n’a plus grand chose à voir avec les réalités de la France de 2010. Les tendances, les signaux faibles et les innovations sont dans des partis qui sont qualifiés de petits pour surtout les écarter de la scène politique. Debout La République, le Modem, Désirs d’Avenir voire le NPA et quelques autres, pourtant, mériteraient qu’on s’y arrête car, au contraire des bon vieux partis qu’on nous impose comme grands, ils foisonnent d’idées, de trucs intéressants, de tout un tas de choses réellement innovantes.

Au premier tour, j’irai voter pour l’un de ces petits partis. Ma voix ne sera qu’une goutte d’eau dans l’océan mais je pense que c’est plus constructif que de s’abstenir. Si ça se trouve, j’irai même dépouiller (à défaut d’être scrutateur). Le 21 mars, j’irai voter mais je n’aurais malheureusement pas d’autre choix que de m’orienter vers un de ces grands partis qui resteront et qui feront ronronner les choses jusqu’au prochain scrutin.

Encore une fois la caravane électorale passera et la démocratie restera en plan.